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Marchand la Foire : quand les vendeurs de rue racontent aussi l'histoire de Maurice

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Sashi Jaddoo - Publicité - Lancé jeudi le 3 septembre à Victoria Urban Station devant une salle comble, Marchand la Foire – The Untold Story of Mauritius' Street Vendors, de Faiz Hossenbocus, propose bien plus qu'une étude du commerce informel à Maurice. À travers les témoignages et les réalités vécues par les vendeurs de rue, l'ouvrage raconte une histoire profondément humaine : celle d'hommes et de femmes qui, souvent par nécessité, ont transformé la débrouillardise en métier, l'adversité en opportunité et parfois une simple activité de survie en véritable entreprise. Présenter ce livre dans un lieu aussi emblématique qu'une gare urbaine n'était d'ailleurs pas anodin. Victoria Urban Station, lieu de passage, de rencontres et de brassage, offrait un cadre particulièrement symbolique pour célébrer un ouvrage consacré à ceux qui font vivre nos rues et nos marchés. Le commerce de rue est souvent perçu à travers le prisme de l'économie informelle, des licences, de l'occupation de l'espace public ou de la concurrence. Faiz Hossenbocus choisit de déplacer le regard. Derrière chaque étal, chaque panier ou chaque petit commerce, il invite à voir un entrepreneur, un parent, un rêveur, un survivant et parfois même un véritable agent de changement. Car le commerce de rue est souvent né de la nécessité : chômage, difficultés économiques, manque d'opportunités. Mais la nécessité n'empêche pas l'ambition. Au contraire. Pour beaucoup, cette activité devient un moyen de retrouver une indépendance, de soutenir une famille et de construire progressivement une vie meilleure. Le livre met notamment en lumière le rôle du commerce de rue dans l'émancipation des femmes et des jeunes. Il montre comment, à travers une activité apparemment modeste, certains acquièrent confiance, autonomie et sens des responsabilités. L'une des idées fortes de Marchand la Foire est que la rue peut devenir une véritable « université » de l'entrepreneuriat. On y apprend sur le terrain à acheter, vendre, négocier, fidéliser une clientèle, gérer son argent, prendre des risques et surtout s'adapter. Ces compétences, acquises sans salle de classe ni diplôme, permettent à certains vendeurs de passer progressivement du petit commerce à de véritables entreprises. Le livre raconte également cette extraordinaire capacité d'adaptation face aux changements. Les vendeurs ont dû composer avec l'instabilité économique, les changements politiques, les produits importés et, plus récemment, l'essor du commerce en ligne. Et ils s'adaptent. Ils modifient leurs produits, leurs méthodes de vente et leurs lieux d'activité. Certains investissent même les plateformes numériques. Loin de disparaître, le commerce de rue se transforme. Cette capacité à se réinventer constitue sans doute l'une des grandes leçons de l'ouvrage. Mais c'est surtout la dimension humaine qui donne à Marchand la Foire sa force. Les témoignages permettent d'entendre directement la voix de personnes dont on parle trop souvent « à propos », mais rarement « avec ». Le lecteur découvre leurs difficultés, leurs stratégies, leurs espoirs, leurs réussites et parfois leurs rêves les plus simples : travailler, nourrir leur famille et offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Le commerce est aussi une affaire de transmission. Dans certaines familles, plusieurs générations participent à l'activité, transmettant non seulement un métier, mais également un savoir-faire, une discipline et une véritable culture du travail. En élargissant son regard à d'autres pays, Faiz montre par ailleurs que cette réalité dépasse largement les frontières mauriciennes. Partout dans le monde, des hommes et des femmes trouvent des moyens créatifs de travailler, de survivre et d'entreprendre en dehors des structures formelles. L'histoire mauricienne du marchand de rue est ainsi une histoire universelle. L'ouvrage rappelle également que le commerce de rue appartient à notre patrimoine culturel et historique. Les marchés, leurs couleurs, leurs odeurs, leur animation, les cris des vendeurs, les échanges avec les clients : tout cela constitue bien davantage qu'un espace commercial. Ce sont des lieux de vie, de rencontres, de diversité et d'identité. C'est pourquoi Marchand la Foire oblige à changer de regard. Après avoir refermé le livre, le « hawker » n'est plus simplement une statistique économique ou un problème d'urbanisme. Il devient une personne avec une histoire, une famille, des ambitions et une capacité remarquable à se relever et à avancer. Il existe enfin une dimension personnelle dans cette histoire. Pendant quelques mois, Faiz Hossenbocus a lui-même côtoyé cet univers auprès de ses cousins, leur donnant un coup de main et découvrant de près les réalités du terrain. Cette expérience lui a permis de comprendre de l'intérieur les mécanismes, les difficultés et les opportunités de ce monde. Il n'est donc pas uniquement le narrateur de cette histoire. Il en est aussi, à sa manière, une illustration. Son livre est captivant. On le lit avec intérêt, mais surtout avec empathie. Et c'est peut-être là sa plus grande réussite : il ne demande pas seulement au lecteur de comprendre les vendeurs de rue. Il l'invite à les regarder autrement. Marchand la Foire est finalement le récit d'une Maurice que nous côtoyons tous les jours, mais que nous prenons trop rarement le temps d'écouter.
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