La mêlée au centre de la rivalité
Depuis le deuxième Test gagné 33-26 par l'Afrique du Sud, la mêlée occupe le premier rôle face aux All Blacks. Dave Rennie a reproché aux Springboks de « marcher autour » du pack néo-zélandais, Rassie Erasmus répondant que ses hommes poussaient droit. Samedi, les Boks ont obtenu un essai de pénalité en repoussant les All Blacks derrière leur ligne, puis gagné 29-24 devant 87 976 spectateurs à Johannesburg. Ils mènent 2-1 avant la dernière manche, samedi à Baltimore.
La mêlée est presque gagnée ou perdue avant même d'avoir commencé.
Pourquoi les Boks avancent sans forcément tricher
Pour dépasser le classique « il pousse de travers, monsieur ! », Dan Biggar a invité Kyle Sinckler à relire les mêlées des trois matchs. Dans la vidéo de Biggar Thinking, le pilier anglais oppose une domination licite à un véritable « walking around », puis juge sévère une pénalité contre Thomas du Toit. Cette lecture reste celle d'un spécialiste, pas une décision officielle. Et elle évite d'accuser tout un pack à partir d'une image arrêtée.
La définition du « walking around » selon Kyle Sinckler
« Dans mon expérience, le 'walking around', c'est lorsque le pilier gauche s'écarte volontairement du pilier droit. Il retire sa tête du duel et l'emmène vers l'extérieur. En faisant cela, il entraîne son propre pilier droit dans l'espace entre le pilier gauche et le talonneur adverses. Il cherche délibérément à obtenir un avantage. Lorsque l'engagement est neutre et que le pilier gauche commence ensuite à contourner son adversaire, le 'walking around' devient très clair. »
Sa lecture de l'essai de pénalité éclaire la mécanique. Ox Nché place son épaule droite sous celle de Malcolm Marx, créant le verrou du pilier gauche et du talonneur. Wilco Louw répond au montage néo-zélandais en visant l'épaule gauche d'Asafo Aumua, afin d'ouvrir la jointure avec son pilier. Pour Sinckler, cette bataille reste légale : l'angle résulte de l'avancée sud-africaine. Les cinq hommes derrière la première ligne bok sont aussi mieux connectés. Une mêlée se gagne à huit, pas sur la seule nuque d'un pilier.
Crédit : Biggar Thinking: Rugby Analysis et The Rugby Pod
Le ballon introduit change aussi la photographie. Sur leur possession, les All Blacks peuvent talonner vite en « channel one » et sortir avant l'installation de la pression. Les Springboks profitent au contraire d'une sortie plus lente lorsque le ballon reste dans le tunnel, prolongeant la poussée pour obtenir une pénalité. Voilà pourquoi le duel paraît équilibré sur introduction néo-zélandaise et étouffant sur ballon sud-africain. Comme sur un pick and roll au basket, le geste compte autant que le tempo : la défense n'affronte jamais exactement la même action.
Crédit : Biggar Thinking: Rugby Analysis et The Rugby Pod
Sinckler donne pourtant raison aux critiques sur la 55e minute du premier Test. Selon lui, le pilier gauche sud-africain retire sa tête du duel, part vers l'extérieur et entraîne son droitier dans l'intervalle adverse. Le pack contourne l'opposition au lieu de la repousser. Matthew Carley avait sanctionné les Boks, une décision que Sinckler juge juste. À l'inverse, il trouve sévère la pénalité du troisième match contre Thomas du Toit : le droitier cible le talonneur après avoir gagné l'engagement, puis la mêlée tombe avant tout contournement manifeste. Deux images proches peuvent avoir deux causes différentes.
Crédit : Biggar Thinking: Rugby Analysis et The Rugby Pod
Siffler vite, sans choisir un coupable au hasard
Faut-il sévir plus rapidement ? Oui pour arrêter le danger, pas pour deviner le coupable. La loi 19 de World Rugby exige des packs carrés, stables et immobiles avant l'engagement, puis une poussée droite et parallèle au sol. Elle demande un coup de sifflet immédiat lorsque la mêlée s'écroule. Mais sans infraction identifiable, le texte prévoit de recommencer ; l'écroulement volontaire vaut pénalité. Comme le rappelle Sinckler, un genou au sol peut provoquer la chute ou la subir. Sanctionner automatiquement le joueur le plus bas donnerait une réponse nette, parfois fausse.
Quelques centimètres feront foi à Baltimore
Aucun camp ne sort de ce décryptage avec une étiquette de tricheur. Les Boks exploitent mieux les marges du règlement grâce à leur engagement, leur cohésion et leur tempo ; les All Blacks ont toutefois raison, selon Sinckler, sur une action irrégulière. Les deux camps savent que cette bataille se joue aussi dans l'œil de l'arbitre. Rennie et Erasmus ont d'ailleurs partagé une bière après leur échange public, détail presque comique dans cette guerre de centimètres. À Baltimore, il faudra distinguer l'angle subi de l'angle recherché : le premier appartient au rapport de force, le second mérite la pénalité.
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