Porter un appareil auditif avant 70 ans pourrait faire plus que simplement mieux entendre. Une étude publiée en 2025 dans la revue JAMA Neurology, basée sur la cohorte Framingham Heart Study, associe le port précoce d'aides auditives à une réduction de 61 % du risque de démence chez des personnes déjà malentendantes. Une piste de prévention qui intrigue les chercheurs alors que les cas de démence augmentent.
L'étude ne prouve pas que les appareils empêchent directement la maladie d'Alzheimer ou d'autres formes de déclin cognitif. Elle montre en revanche que, chez les adultes de 60 ans et plus, traiter une perte auditive avant 70 ans s'accompagne d'un risque moindre de "démence toutes causes" par rapport aux malentendants non appareillés. Un résultat fort, mais limité à cet âge pivot, qui soulève une question : combien de personnes arrivent trop tard à l'appareillage ?
Aides auditives et démence : ce que montre l'étude Framingham
Dans cette étude observationnelle menée par l'équipe de neurologie dirigée par Sudha Seshadri à l'Université du Texas, 2 953 participants de 60 ans ou plus, sans démence au départ, ont passé un test auditif puis été suivis jusqu'à vingt ans. Environ 20 % ont développé une démence au cours du suivi. Les chercheurs ont distingué trois groupes selon la présence de perte auditive et l'usage déclaré d'aides auditives.
Chez les moins de 70 ans souffrant de perte auditive, ceux qui portaient un appareil présentaient un hazard ratio (HR) de 0,39 par rapport aux malentendants non appareillés, soit un risque réduit d'environ 61 % (IC 95 % 0,17–0,89 ; p=0,03). Les personnes sans perte auditive dans cette tranche d'âge avaient aussi un risque plus faible, avec un HR de 0,71, soit environ 29 % de risque en moins. "Cette découverte souligne l'importance d'une intervention précoce pour la perte auditive pour une possible prévention de la démence", résument les chercheurs.
Pourquoi l'âge de 70 ans change tout pour le cerveau
L'effet protecteur n'a pas été retrouvé chez les personnes déjà âgées de 70 ans ou plus au moment du test auditif, même lorsqu'elles portaient des aides auditives. Les auteurs évoquent une "fenêtre d'intervention" : la perte auditive non traitée favoriserait l'isolement social et la sous-stimulation du cerveau. "Maintenir une bonne santé cérébrale en vieillissant demande de la stimulation", rappelle Carolyn Bossinas, pour qui un cerveau privé d'informations sonores reçoit moins de matière à traiter.
Pour la neurologue Gayatri Devi, à l'hôpital Lenox Hill de New York, la correction auditive fait partie des facteurs sur lesquels il est possible d'agir. Elle souligne que "40 % des cas de démence sont évitables avec des facteurs de risque modifiables, comme la correction de la perte auditive, qui favorise la socialisation, une autre variable associée à la prévention de la démence". L'étude rappelle aussi qu'à peine 17 % des personnes avec perte auditive modérée à sévère utilisent un appareil.
Perte auditive : repérer les signes et parler d'aides auditives tôt
La perte auditive liée à l'âge, ou presbyacousie, survient souvent insidieusement, au point que l'entourage s'en aperçoit avant l'intéressé. "En général, quand nous avons du mal à suivre une conversation au restaurant ou dans un lieu bruyant, c'est un bon moment pour faire contrôler notre audition", note Gayatri Devi. Autre signe typique, le fait de demander fréquemment à ses proches de répéter ou d'augmenter le volume de la télévision.
Les spécialistes encouragent un dépistage précoce, d'autant que l'adaptation aux aides auditives semble plus facile lorsque la perte reste modérée. Carolyn Bossinas observe que les patients s'habituent mieux quand le changement n'est pas trop brutal, tout en restant très bénéfique. En pratique, le parcours débute souvent par le médecin traitant, qui oriente vers un ORL puis un audioprothésiste afin d'évaluer la perte auditive et discuter d'un éventuel appareillage.
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