Laurent Guérin, maître de maison : "Le lien, c'est le premier levier en Maison d'enfants"

Laurent Guérin, maître de maison : "Le lien, c'est le premier levier en Maison d'enfants"
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Category: Entertainment
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Une alimentation saine qui allie plaisir et qualité Au sein du foyer, Laurent Guérin continue de faire de la cuisine un levier central. Il prépare tous les repas en semaine, anime des commissions 'menus', travaille avec des produits locaux, du bio quand c'est possible, avec des producteurs vendéens, commande en gros pour l'épicerie sèche, gère les stocks, pense les quantités. Avec un budget de 8,50 euros par jour et par jeune pour les trois repas et le goûter, la marge de manœuvre reste contrainte, mais il défend une autre manière de nourrir : pas de produits transformés, des préparations maison. Moins de déchets, plus de sens. Pour lui, cette attention à l'alimentation participe pleinement de l'accompagnement éducatif. Il montre aux jeunes qu'avec des produits simples, on peut bien manger, cuisiner, inventer, se faire plaisir. Certaines y restent indifférentes ; d'autres s'y révèlent. Trois jeunes filles se sont ainsi orientées vers la cuisine. L'une d'elles, arrivée à 13 ans après un parcours très lourd, longtemps fermée et inaccessible, s'est peu à peu ouverte. En cuisine, elle s'est révélée créative, intuitive, douée. Elle a ensuite poursuivi en CAP cuisine, a trouvé du travail. Pour Laurent Guérin, ces trajectoires rappellent qu'il faut parfois un levier très concret pour remettre un jeune en mouvement. Tenir et savoir durer Le maître de maison remarque des situations de jeunes de plus en plus complexes. Le lien tissé avec chaque jeune devient pour lui le principal levier. Il se souvient d'une jeune fille de 13 ans, victime d'abus sexuels, qu'il a accompagnée en 2023 dans toutes les étapes qui ont suivi les faits : prise en charge, dépôt de plainte, rendez-vous médicaux. Deux ans plus tard, alors qu'elle n'était plus accueillie à la Mecs, elle l'a rappelé pour lui demander de l'accompagner lors du procès aux assises de son agresseur. Il y a passé deux jours auprès d'elle, jusqu'au verdict : 14 ans de prison. Pour Laurent Guérin, cet épisode dit tout du métier : être là, tenir, rassurer, accompagner jusqu'au bout. Après plus de vingt ans sur le terrain, Laurent Guérin estime être à sa place. Son métier exige selon lui de la tolérance, de la solidité, des limites claires, et la capacité à tenir son rôle sans empiéter sur celui des autres professionnels. Face aux jeunes filles, "il faut savoir désamorcer par la parole, rester droit dans ses bottes, garder un cap dans des situations parfois très dures," confie-t-il.Il tient aussi à rappeler aux jeunes filles qui vont bientôt sortir de la Mecs que la fondation garde ses portes ouvertes aux anciens et anciennes. Certaines reviennent dire merci, donner des nouvelles, partager leur parcours. Ces retours comptent beaucoup pour lui. Pour tenir, Laurent Guérin a appris à couper une fois le portail franchi. C'est, à ses yeux, une petite victoire indispensable pour durer. Il se consacre à sa fille, aujourd'hui âgée de 14 ans. Il se ressource grâce au billard, qu'il pratique en compétition... En toutes circonstances, le maître de maison garde au cœur une conviction : toutes les avancées comptent, même les plus ténues.

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