Guerre en Ukraine: l'ONU "horrifiée" de l'utilisation alléguée par la Russie d'un drone autonome tueur
Lundi 7 septembre, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme s'est dit "horrifié" par des informations faisant état de l'utilisation par l'armée russe d'un drone ayant mené en Ukraineune frappe meurtrière de manière autonome.
De la fumée s'élève d'un entrepôt détruit à la suite d'une attaque de drones russes dans la banlieue de Kiev, en Ukraine, le 27 août. AP/ Francisco Seco.
"Je suis horrifié par les informations selon lesquelles des drones entièrement autonomes lancés par la Fédération de Russie ont tué trois Ukrainiens le mois dernier", a déclaré Volker Türk devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève. "L'Ukraine aurait également procédé à des essais de telles armes sur le terrain", a-t-il souligné.
Le New York Times a affirmé le 24 août qu'un drone russe autonome piloté par l'intelligence artificielle aurait tué trois personnes le 6 juillet à Zaporijjia. Selon le journal, il devait frapper une station-service mais aurait finalement choisi de manière autonome sa cible précise, probablement des réservoirs de propane. Le journal britannique The Guardian a de son côté évoqué un seul mort, affirmant que cette attaque avait été perpétrée par un drone Molniya.
Interrogés sur ces informations le 25 août lors d'une conférence de presse sur les drones autonomes, de hauts responsables de l'ONU et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) n'avaient pas souhaité les commenter.
"Je tiens simplement à souligner que les technologies d'IA et les systèmes d'armes autonomes relèvent de questions quelque peu différentes", avait précisé aux journalistes Carolyne Mélanie Régimbal, directrice à Genève du Bureau des affaires de désarmement de l'ONU. "L'IA est une technologie susceptible d'être intégrée dans un système d'armes autonome, mais elle ne constitue pas, en soi, une arme autonome", avait-elle estimé.
Les armes autonomes sont généralement définies comme des armes capables de sélectionner leurs cibles et d'employer la force sans intervention humaine. Ces systèmes, tels que les drones d'attaque autonomes, sont déjà utilisés sur les champs de bataille.
"Franchir une ligne rouge morale"
La pression des organisations internationales et des ONG pour réguler les armes létales autonomes, souvent qualifiées de "robots tueurs", s'est considérablement intensifiée ces dernières années. "Je m'associe aux appels en faveur d'une interdiction urgente des armes capables de tuer sans intervention humaine", a affirmé lundi 7 septembre Volker Türk.
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Le 25 août, les chefs de l'ONU et du CICR avaient alerté sur le risque que le développement des armes autonomes conduise très prochainement à "franchir une ligne rouge morale", en laissant à des machines la décision de tuer des êtres humains.
Après plusieurs années de discussions, 128 pays ont trouvé samedi 5 septembre un accord à l'ONU sur un rapport définissant les armes autonomes. En novembre, les États décideront de la suite à donner et s'ils ouvrent des négociations sur un traité encadrant ces armes, une décision qui devra toutefois faire consensus. Ces discussions étaient menées par le groupe d'experts gouvernementaux (GGE) sur les systèmes d'armes létales autonomes.
Opposition des États-Unis, de la Russie ou d'Israël
Selon Nicole van Rooijen, directrice exécutive de la coalition internationale Stop Killer Robots, qui a suivi de près les discussions, le texte final "donne une définition des armes autonomes". "Il aborde également la manière dont le droit international humanitaire doit s'appliquer à ces armes et affirme la nécessité d'un contrôle humain significatif sur ce genre d'armes. C'est le point majeur", a-t-elle expliqué à l'AFP.
"Ce qui manque dans le rapport, c'est toute la question des armes autonomes antipersonnel. Il s'agit vraiment d'une grosse omission", a-t-elle indiqué. Elle distingue des systèmes autonomes destinés à frapper des objectifs militaires et des systèmes capables de sélectionner et d'attaquer directement des personnes. Selon elle, ces derniers devraient faire l'objet d'une interdiction totale.
Selon Nicole van Rooijen, "plusieurs États, notamment les États-Unis, la Russie et leurs alliés, ont cherché à affaiblir progressivement le texte" au cours de la semaine. En novembre, les Etats décideront de la suite à donner au rapport et s'ils ouvrent des négociations sur un traité encadrant ces armes, une décision qui devra faire consensus.
Selon Lex International, un fonds philanthropique basé à Genève, "les États-Unis, la Russie, l'Inde et Israël figurent parmi les principaux opposants aux négociations". Et "les gouvernements du Brésil, de l'Irlande et de la Norvège mènent les efforts visant à lancer de telles négociations en novembre".
Cette semaine à Genève, le Brésil, au nom de 47 États, et l'Algérie, au nom des États africains, ont appelé à l'ouverture de négociations. Cela porte à plus de 70 le nombre d'Etats favorables à cette démarche.
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