Signes d'alerte, profils à risque et réflexes à adopter sont passés au crible, avec insistance sur l'urgence d'agir dès que la situation inquiète.
Un museau froid qui se pose sur la joue, quelques léchouilles sur la bouche des enfants, un fou rire, une photo souvenir... Dans beaucoup de familles, laisser son chien lécher son visage fait partie des petits rituels tendres du quotidien. On imagine rarement que ce geste anodin puisse envoyer quelqu'un en réanimation quelques heures plus tard.
C'est pourtant ce qui est arrivé à Manjit Sangha, une ancienne pharmacienne de Birmingham. Après avoir joué avec son chien, les médecins pensent qu'un simple léchage sur une petite coupure a suffi pour laisser passer des bactéries dans son sang. En moins de 24 heures, elle a sombré dans un sepsis foudroyant, ce qui alarme aujourd'hui de nombreux soignants.
Quand une léchouille de chien finit en septicémie fulgurante
Un samedi, Manjit va bien. Le lundi soir, elle est plongée dans un coma artificiel. Retrouvée inconsciente sur son canapé, les lèvres bleues et les membres glacés, elle présente les signes typiques du choc septique. Pour le Dr Gérald Kierzek, urgentiste, "le sepsis, c'est quand l'infection ne reste pas localisée mais qu'elle diffuse dans tout l'organisme, entraînant un dysfonctionnement des organes (cœur, poumons, reins)".
Chez Manjit, l'infection a déclenché une coagulation intravasculaire disséminée, la fameuse CIVD : le sang forme des caillots partout, bouche les petits vaisseaux, les extrémités se nécrosent. Six arrêts cardiaques, 32 semaines d'hospitalisation, puis une quadruple amputation et l'ablation de la rate ont été nécessaires pour la sauver. Le médecin rappelle que "en cas de suspicion de sepsis, chaque heure compte. Plus l'antibiothérapie est débutée tôt, plus les chances de survie augmentent". Il insiste aussi sur un signe d'alerte : "une tache rouge ou violette sur la peau qui ne s'efface pas quand on appuie dessus... C'est le purpura fulminans, une urgence absolue".
Salive canine, Capnocytophaga et porte d'entrée par le visage
La bouche d'un chien abrite naturellement une bactérie discrète, Capnocytophaga canimorsus. Chez l'animal, elle ne fait aucun dégât. L'Institut Pasteur la décrit comme "une bactérie commune qui peut coloniser la peau ou le nez, sans nécessairement provoquer de maladie". Le problème commence "si elle pénètre dans le corps via une coupure, une éraflure ou une autre lésion cutanée" : elle peut alors gagner la circulation sanguine et provoquer une infection grave, parfois une septicémie.
Le visage est une zone exposée, avec une peau fine, des microfissures liées aux boutons, au rasage, aux gerçures, à l'eczéma, sans parler des muqueuses de la bouche, du nez et des yeux. Les autorités sanitaires rappellent que la salive d'un chien peut poser problème si elle entre en contact avec une plaie ou une muqueuse fragilisée. Chez la plupart des adultes en bonne santé, le système immunitaire contrôle l'intrus. Le risque grimpe en revanche chez les personnes âgées, immunodéprimées, sous traitements immunosuppresseurs ou vivant sans rate, pour qui l'infection peut évoluer vers la gangrène et l'amputation.
Les bons réflexes si votre chien vous lèche le visage
Il ne s'agit pas de bannir les câlins, mais d'adopter quelques automatismes, surtout en cas de terrain fragile. Les gestes suivants limitent nettement le risque :
éviter que le chien lèche les yeux, le nez ou la bouche, surtout en présence de plaies ou de boutons ouverts ;
laver le visage et les mains à l'eau et au savon après une léchouille appuyée ;
désinfecter toute morsure, griffure ou plaie qui a été en contact avec la salive canine ;
protéger particulièrement les personnes immunodéprimées ou sans rate, en tenant le chien éloigné de leurs plaies.
Après un léchage sur plaie ou muqueuse, mieux vaut surveiller son état pendant une semaine environ. Fièvre brutale, frissons, douleurs musculaires, maux de tête, essoufflement, confusion, peau marbrée ou extrémités très froides doivent conduire à consulter en urgence. En présence de taches rouge-violet qui ne blanchissent pas à la pression, ou d'une dégradation rapide de l'état général, l'appel au 15 ou au 112 s'impose sans attendre. Les médecins rappellent que ces complications restent rares, mais qu'agir vite fait toute la différence.
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