Congo-Kinshasa: Ebola au pays - Une riposte face aux réalités du terrain

Congo-Kinshasa: Ebola au pays - Une riposte face aux réalités du terrain
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Category: Health
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En RDC, la 17e épidémie d'Ebola met en lumière les défis persistants de la riposte. Le Dr Bélizaire, directrice des urgences de l'OMS pour l'Afrique revient sur la lutte contre le virus. Avec plus de 3 000 décès enregistrés en RDC,Ebola continue de mettre à l'épreuve les effortsde riposte. Au-delà des moyens médicaux, la confiance et l'adhésion des communautés restent déterminantes pour le Dr. Bélizaire, directrice des urgences de l'OMS Afrique DW : Docteur Bélizaire, avant d'aborder les défis de la riposte, pouvez-vous nous dresser un état des lieux de l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo à ce jour ? Restez informé des derniers gros titres surWhatsApp|LinkedIn Dr Bélizaire :À la date du 2 septembre 2026, la RDC a enregistré 6 342 cas confirmés et 3 072 décès, soit un taux de létalité de 48,4 %. Comme vous l'avez souligné, l'épidémie touche désormais 60 zones de santé réparties dans six provinces. Cette épidémie présente plusieurs particularités qui la rendent particulièrement complexe. D'abord, elle évolue dans un contexte d'insécurité marqué par des attaques récurrentes qui compliquent les interventions sur le terrain. Ensuite, certaines zones affectées sont des régions minières où les populations sont très mobiles, ce qui favorise la propagation de la maladie. Par ailleurs, les manifestations cliniques de cette souche peuvent être confondues avec celles du paludisme. Les malades présentent souvent de lafièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires. De plus, nous n'avons pas observé un taux élevé de saignements chez les patients infectés, ce qui réduit le niveau d'alerte au sein des communautés et retarde parfois le recours aux soins. DW : Vous évoquez justement des symptômes proches de ceux du paludisme. Une question revient souvent : pourquoi a-t-il fallu du temps avant que l'ampleur réelle de l'épidémie ne soit identifiée ? La première alerte date du 15 mai, mais certains éléments laissent penser que les premiers cas pourraient remonter à janvier. Cette similitude avec le paludisme explique-t-elle ce retard ? Dr Bélizaire :Effectivement, c'est l'une des principales explications. Les symptômes initiaux, comme la fièvre, les céphalées ou les douleurs musculaires, peuvent facilement être assimilés à ceux du paludisme, ce qui peut tromper la vigilance de la population. Mais d'autres facteurs ont également joué un rôle. Il y a notamment des facteurs culturels. Au début de l'épidémie, certaines communautés attribuaient les décès à des phénomènes de sorcellerie. On se souvient notamment des rumeurs autour d'un supposé « cercueil volant ». Ces croyances ont contribué à retarder la reconnaissance de la maladie. Il existe également une question de confiance envers le système de santé. Dans plusieurs localités, les habitants ont davantage recours aux tradipraticiens qu'aux structures médicales modernes. Tous ces éléments se sont combinés pour ralentir la détection des premiers cas. Enfin, il faut rappeler que les premiers tests réalisés étaient négatifs pourle virus Ebola Zaïre, qui est la souche la plus fréquemment rencontrée. Le système de surveillance était donc principalement orienté vers cette forme du virus. Ce n'est qu'après l'envoi d'échantillons à Kinshasa que l'agent responsable a pu être identifié avec précision. DW: La RDC fait pourtant face à sa 17e épidémie d'Ebola. On pourrait penser que les populations connaissent désormais mieux cette maladie. Comment expliquez-vous qu'après tant d'épidémies, la sensibilisation semble encore insuffisante dans certaines communautés ? Dr Bélizaire :Il faut d'abord prendre en compte le facteur humain. Les habitudes culturelles sont profondément ancrées. Lorsqu'une personne a toujours accompli certains gestes d'une certaine manière, il est difficile de lui demander de changer du jour au lendemain. L'exemple le plus parlant concerne lesenterrements dignes et sécurisés. Dans nos sociétés, le respect des défunts et les rites funéraires occupent une place essentielle. Pendant une épidémie d'Ebola, il est demandé aux familles de renoncer à certaines pratiques traditionnelles, notamment le lavage des corps ou certains rituels de deuil, parce qu'ils présentent un risque élevé de transmission. Pour les communautés, ce changement peut être vécu comme une remise en question de pratiques ancestrales. Il faut donc du temps pour comprendre le risque, l'accepter et adapter progressivement les comportements. Imaginez une personne qui, depuis quarante ans, agit d'une certaine manière. Du jour au lendemain, on lui explique que cette pratique comporte un danger et qu'elle doit changer ses habitudes. Une telle évolution ne se fait pas instantanément. Elle nécessite un travail d'explication, d'écoute et d'accompagnement. C'est pourquoi il est essentiel que les scientifiques et les acteurs de la riposte adaptent leurs approches auxréalités culturelles des communautés. L'objectif n'est pas d'opposer la science et la culture, mais au contraire de créer un dialogue entre les deux. Aujourd'hui, nous travaillons à humaniser davantage la riposte en intégrant pleinement les dimensions anthropologiques et culturelles dans nos interventions. Cela permet de mieux prendre en compte les préoccupations des populations, de renforcer la confiance et de réduire les tensions ou les réticences qui peuvent exister entre les communautés et les équipes de réponse.

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