Les Rencontres de Nérac entendent donner des pistes sur ce que sera le monde en 2035. L'intelligence artificielle ou le climat, l'évolution de l'enseignement figurent parmi les thèmes abordés
La quatrième édition des Rencontres de Nérac aura lieu samedi 12 septembre, au cinéma Le Margot, et proposera huit conférences en partenariat avec l'IAPTSEM (1) présidé par le Professeur Jean-François Trinquecoste, dont la mission principale est de créer un pont entre l'information scientifique ou technique et le grand public. On posera la question « À quoi ressembleront la France et le monde en 2035 ? ...
La quatrième édition des Rencontres de Nérac aura lieu samedi 12 septembre, au cinéma Le Margot, et proposera huit conférences en partenariat avec l'IAPTSEM (1) présidé par le Professeur Jean-François Trinquecoste, dont la mission principale est de créer un pont entre l'information scientifique ou technique et le grand public. On posera la question « À quoi ressembleront la France et le monde en 2035 ? », avec des perspectives présentées par des universitaires et experts autour de grands enjeux de notre avenir : démographie, climat et biodiversité, économie, intelligence artificielle, évolution de nos sociétés, enseignement ou encore, droit international. Une journée pour mieux comprendre les transformations en cours et envisager différents scénarios pour les années à venir.
Rencontre avec Benoit Le Blanc, professeur à Bordeaux INP, spécialisé dans l'intelligence artificielle et les sciences cognitives, sur lesquelles il travaille depuis près de quarante ans, et qui sera l'un des intervenants de ces Rencontres.
L'ouverture de l'IA au grand public en 2022 est-elle l'une des grandes nouveautés dans ce secteur ?
Comme beaucoup, fin 2022, je suis resté stupéfait par les capacités qu'a ouvertes ChatGPT, cette possibilité de communication avec une machine en langage direct avec une réponse en français, clair, sans faute, bien organisé. Le problème, c'est que c'est tellement propre et bien fait qu'on en oublie que c'est une machine qui parle. Et donc, on en oublie qu'il peut y avoir des travers et des choses qui sont liées à la programmation elle-même. Mais je trouve que les gens fantasment beaucoup par rapport à l'IA : les interactions qu'on a avec les agents conversationnels sont tellement de bonne qualité que les gens en demandent plus. Ils s'attendent à ce que la machine soit capable de leur retrouver les clés qu'ils ont égarées dans leur maison…
Fantasme-t-on sur l'IA ?
Les gens sont fascinés encore une fois par les exploits de la machine. On va être en capacité de discuter franchement avec les machines, mais le résultat qu'on aura comme retour, ce n'est pas le résultat de quelqu'un, c'est le résultat d'une machine. C'est un outil qui, quand on sait ce qu'on lui demande, ne pose aucun problème pour pouvoir l'utiliser et le faire très honnêtement.
Faut-il la réguler ?
Oui, ça c'est évident. Meta est par exemple aujourd'hui en procès, et si on ne régule pas des sociétés comme celle-là, elles ne vont pas le faire par elles-mêmes : elles ne sont pas dirigées pas des philanthropes. Protéger les jeunes, c'est une évidence. Ils n'ont pas l'esprit critique, ils n'ont pas le recul, ils n'ont pas la capacité à anticiper les conséquences de ce qu'ils sont en train de faire.
Doit-on en avoir peur ?
L'IA actuellement, ça sert à la guerre. Quand un pays choisit d'attaquer en même temps plusieurs dizaines ou centaines de cibles, c'est grâce à l'IA. Mais je ne pense pas qu'il faut en avoir peur : quand on sera dans un monde pacifié, parce que la guerre ne va pas durer, on aura sans doute des drones qui, au lieu d'aller porter des bombes sur des gens, seront capables d'aller porter des colis. Ce progrès-là, une fois qu'il pourra être partagé parce qu'il ne sera plus l'objet d'un conflit, il va servir à la société. Les progrès en médecine vont être sans doute très importants. Il ne faut pas avoir peur des machines, il faut avoir peur des humains qui utilisent les machines.
Peut-on imaginer ce que sera l'IA dans 10 ans vu sa vitesse de développement ?
Non, et ce n'est pas mon métier. Je peux expliquer ce qui est en train de se passer, mais je ne suis pas futurologue, je suis professeur d'informatique et d'intelligence artificielle. Il faut avoir l'humilité de regarder ce qui s'est passé ces six dernières années : une pandémie mondiale, des perturbations climatiques de plus en plus fortes, un président américain corrompu et antidémocrate, des guerres de tranchées entre l'Ukraine et la Russie, au Moyen-Orient, et ChatGPT est sorti. Si vous me demandez ce que sera l'IA en 2035, je vous répondrai que je n'en sais rien parce que je ne sais pas ce que sera la société en 2035. Au rythme où vont les choses, c'est impossible.
(1) IAPTSEM : Institut d'analyse et de prospective des tendances sociétales, économiques et managériales de Bordeaux.
(0)Comments