Avec un taux directeur de la BNS à 0%, contre 1% au Japon, le franc est redevenu une monnaie de financement particulièrement attractive.
Le carry trade, qui consiste à emprunter dans une devise à faible taux pour investir dans des actifs plus rémunérateurs, est en train de changer de carburant. Après des années dominées par le yen, le franc suisse semble prendre le relais. Avec un taux directeur de la BNS à 0%, contre 1% au Japon, le franc est redevenu une monnaie de financement particulièrement attractive. La hausse de la volatilité du yen et le risque d'intervention des autorités japonaises renforcent encore cette tendance.
Cette évolution se reflète déjà dans les positions des investisseurs internationaux. Selon les données de la CFTC (agence de régulation des marchés de dérivés), les positions nettes vendeuses sur le franc ont récemment atteint un plus haut de près de deux mois, tandis que les positions vendeuses sur le yen se réduisaient. Les investisseurs empruntent des francs, les convertissent en devises offrant des rendements supérieurs et placent ces capitaux sur des marchés étrangers. Ces flux exercent mécaniquement une pression baissière sur le franc.
Ce mécanisme pourrait expliquer, au moins en partie, une évolution paradoxale: malgré un environnement géopolitique particulièrement incertain, le franc, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, s'est déprécié ces derniers mois. Sa faiblesse ne traduit donc pas nécessairement une détérioration des fondamentaux suisses, mais pourrait être amplifiée par des flux spéculatifs.
Pour l'économie helvétique, un franc moins cher soutient à court terme la compétitivité des exportateurs et réduit les risques déflationnistes. Pour la Banque nationale (BNS), cette évolution comporte toutefois un risque. La banque centrale n'a jamais été particulièrement favorable à une spéculation excessive sur le franc, qu'elle considère comme susceptible de provoquer des mouvements de change désordonnés. Si la devise devait s'affaiblir durablement, l'inflation importée finirait en outre par augmenter, alors que la stabilité des prix reste au cœur de son mandat.
La BNS pourrait d'abord agir sur la liquidité afin de limiter l'attrait du franc comme monnaie de financement. Mais si cette tendance s'installe, une réponse plus structurelle deviendrait nécessaire: réduire l'écart de taux avec les autres grandes économies. La BNS pourrait ainsi être amenée à resserrer sa politique monétaire dans le courant 2027.
Par ailleurs, le carry trade repose sur une faible volatilité: au moindre choc financier ou géopolitique, le débouclage simultané des positions courtes pourrait provoquer une appréciation brutale du franc.
Pour les investisseurs, la faiblesse actuelle de la devise pourrait donc n'être qu'une parenthèse. La montée en puissance du franc comme monnaie de financement constitue à nos yeux un facteur supplémentaire susceptible d'inciter la BNS à normaliser ses taux en 2027. Et lorsque le carry trade se retournera, la valeur refuge helvétique pourrait rapidement retrouver ses réflexes.
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