Mistral AI porterait-il mal son nom ? En annonçant une levée de 3 milliards d'euros menée par Samsung Electronics ce mardi 8 septembre, la société d'Arthur Mensch poursuit la trajectoire exponentielle qui fait la fierté de la French Tech. Mais en dépit de sa valorisation de 21 milliards d'euros, elle a aujourd'hui disparu de la course aux grands modèles de langage. À des années-lumière des géants américains et chinois dans les comparatifs, le meilleur modèle de la start-up est même distancé par des modèles émiratis ou coréens. Pire, Mistral loue ses capacités de calcul aux entreprises américaines, Microsoft en tête, et a annoncé accueillir des modèles chinois sur sa plateforme. La promesse initiale de devenir une troisième voie de l'IA semble loin.
Si la tentation de crier à la trahison est forte, les décisions de l'entreprise témoignent en réalité d'une preuve de sagesse. Malgré 1,7 milliard d'euros levé en septembre dernier, elle n'avait pas les moyens de lutter contre les géants américains ni contre les modèles subventionnés par Pékin, d'autant que l'irruption des versions gratuites de ces derniers a remis en cause toute perspective de rentabilité.
Reculer pour mieux sauter
L'apathie technologique de l'Europe, qui a perdu la bataille du cloud et ne dispose pas d'infrastructures de calcul d'ampleur, a achevé de convaincre Mistral de changer de cap : c'est dans la construction de centres de données que la société a investi la majorité de sa dernière levée… et devrait engager une large part des trois milliards d'euros qu'elle vient de rassembler. Des infrastructures génératrices de revenus colossaux, tant la demande explose.
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