l'essentiel Pierre Ratier, fils du fondateur de l'usine Ratier à Figeac, vient d'être reconnu Juste parmi les Nations par l'État d'Israël. Décédé en 1967, le Lotois a caché la famille Lubtchansky à partir de 1943 dans une maison appartenant à son père, Paulin Ratier, et située dans le village de Corn dans la vallée du Célé. Il devient le quatrième Figeacois à recevoir cette médaille exceptionnelle, la plus haute distinction civile décernée à ceux qui ont sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Une cérémonie de remise officielle devrait avoir lieu dans les prochains mois.
Indissociable de l'histoire de Figeac, le nom de Ratier est désormais reconnu comme Juste parmi les Nations par l'État d'Israël. Le fils du célèbre fondateur de l'usine lotoise, Pierre Ratier (1904 - 1967), vient en effet de recevoir à titre posthume la médaille qui représente la plus haute distinction civile décernée à des personnes non juives qui ont sauvé des Juifs au péril de leur vie pendant la Seconde Guerre mondiale. La nouvelle de cette distinction exceptionnelle a été communiquée durant le mois d'août à la famille du Lotois, notamment à ses petits-fils, Pierre-Nicolas et Emmanuel Ratier, qui ont découvert les actions de leur grand-père grâce aux recherches menées par Pascal Mallet.
A Corn en 1944, de gauche à droite : Jean-Claude Lubtchansky, Nicole Eizner, Sarah Lubtchansky, William et Paulette Berman. Tous les cinq ont survécu.
Photo fournie par la famille.
Une famille cachée dans la maison d'été de Paulin Ratier
Passionné par l'histoire locale, ce Figeacois qui a initié la démarche de reconnaissance s'est retrouvé un peu par hasard sur la piste du sauvetage de Pierre Ratier. "C'est en lisant les mémoires de Peter Feigl, réfugié à Figeac en 1943, que j'ai entendu parler d'une certaine famille Bernard cachée dans le village de Corn", raconte Pascal Mallet qui a pu reconstituer le fil de leur histoire, restée jusque-là méconnue.
Fin 1943, Pierre Ratier - qui dirige alors l'usine Ratier - accueille dans le Lot Léon Lubtchansky, "un très bon camarade de la promotion 1923" rencontré pendant ses études à l'école d'ingénieur Bréguet qui vient se réfugier avec sa femme Sarah, ses deux fils Jean-Claude et William, et deux nièces Nicole Eizner et Paulette Berman. Tous les six sont installés par Pierre Ratier dans une maison d'été, la Mouline, que possède son père Paulin Ratier (mort en 1939) dans la vallée du Célé, au cœur du petit village de Corn. "La famille Lubtchansky était partie de la région parisienne pour la Côte d'Azur et avait pris le nom de Bernard. On sait que la famille a fait le voyage de Cannes à Figeac en train accompagnée par deux ingénieurs de l'usine Ratier. J'ai rencontré des habitants qui les ont connus à cette époque. Les enfants sont d'ailleurs allés à l'école à Figeac", précise Pascal Mallet.
Le 8 mai, la petite-fille de Léon Lubtchansky a pris la parole lors de la cérémonie en hommage à son grand-père dont le nom est désormais gravé sur le monument aux morts du village de Corn.
DDM
Le 4e Figeacois reconnu Juste parmi les Nations
Le parcours de cette famille est malheureusement marqué le 11 mai 1944, la veille de la terrible Rafle de Figeac, par l'arrestation de Léon Lubtchansky. Déporté, celui qui gardera dans les camps le nom de Léon Bernard fait partie du convoi 75 qui l'a conduit comme une soixantaine d'autres Juifs à Auschwitz. Il mourra à Buchenwald en 1945. Jusqu'à la Libération, les cinq autres membres de sa famille réfugiée à Corn n'ont pas été inquiétés. Ils ont quitté le Lot avant la fin de l'année 1944 pour retourner vivre en région parisienne. Les deux fils, Jean-Claude et William, ont fait tous les deux une belle carrière dans le cinéma. Leurs descendants notamment les petites-filles de Léon Lubtchansky, Nathalie et Gabrielle, ont témoigné de l'aide apportée par Pierre Ratier dans le dossier de demande de reconnaissance de Juste parmi les Nations déposé il y a près de deux ans et demi à Yad Vashem. Le 8 mai dernier, le nom de Léon Lubtchansky, mort pour la France, a été gravé sur le monument aux morts de la commune de Corn, sa dernière résidence.
Pierre Ratier est désormais le quatrième Figeacois à être reconnu Juste parmi les Nations, après Louise Gardère (directrice de l'école des filles), Noël Gozzi (principal du collège Champollion) et Élie Puech, tailleur de profession qui a reçu cette médaille en 1979 à l'âge de 92 ans. Une cérémonie de remise officielle de la médaille devrait être organisée dans les prochains mois dans le village de Corn.
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