Al andalous est a qui?

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Category: Politics
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yahyapoesiesPoésie philosophie politique = PPP Abonné·e de Mediapart 39 Billets 1 Éditions Billet de blog 8 septembre 2026 yahyapoesiesPoésie philosophie politique = PPP Abonné·e de Mediapart J'interroge les anachronismes qui transforment Al-Andalus en propriété nationale ou dynastique. Ni legs marocain, ni monopole arabe, amazigh ou espagnol, elle fut un monde pluriel, né de conquêtes, de circulations et de créations. Son propos : refuser la confiscation du passé et restituer à l'histoire sa complexité.yahyapoesiesPoésie philosophie politique = PPP Abonné·e de Mediapart Ce blog est personnel, la rédaction n'est pas à l'origine de ses contenus. PrologueJe ne suis pas historien. Je suis essayiste.Je n'ai ni archives inédites à exhumer, ni prétention à trancher les débats d'érudition. Mon geste est autre : interroger les manières dont nous projetons sur le passé nos catégories présentes, nos appartenances contemporaines et nos appétits de possession mémorielle.Al-Andalus, plus que presque n'importe quel autre nom, attire ces projections. On la revendique, on la compte en années, on la rattache à des dynasties, à des peuples, à des États qui n'existaient pas encore sous les formes que nous leur connaissons. On la traite comme un bien dont il faudrait établir le titre de propriété.Ce texte n'entend pas « rendre » Al-Andalus à quiconque. Il cherche seulement à rappeler qu'elle ne se laisse pas réduire à une filiation nationale, dynastique ou identitaire. Elle échappe, par sa complexité même, à ceux qui voudraient en faire leur bien exclusif.C'est en essayiste, non en historien, que j'écris ces pages : pour interroger la légitimité de nos anachronismes plutôt que pour réécrire l'histoire. Anachronisme méthodologique : Al-Andalus, propriété de tous et de personne Al-Andalus ne saurait être réduite ni à un legs alaouite, ni à une possession marocaine, ni à un simple épisode de la narration nationale espagnole contemporaine. Elle ne relève d'aucun titre de propriété mémoriel, dynastique ou territorial susceptible d'être distribué, des siècles plus tard, entre des États-nations qui n'existaient pas encore. La question fondamentale n'est donc pas seulement : « Qui a gouverné Al-Andalus ? » Elle consiste d'abord à interroger la légitimité même de nos projections identitaires contemporaines sur un passé dont les acteurs ne pensaient ni l'État, ni le peuple, ni le territoire selon nos catégories actuelles. Affirmer que « les Marocains ont régné sur Al-Andalus durant \(781\) ans » ne constitue pas une simple imprécision historique. C'est une reconstruction téléologique : elle traduit le passé dans le langage de l'État-nation moderne, comme si le Maroc, entité politique unifiée, territorialement stable et nationalement définie, avait existé sous cette forme dès le VIIIe siècle. Or le Maroc médiéval fut lui-même un espace mouvant, traversé de dynasties, de confédérations, de villes autonomes, de réseaux religieux et commerciaux, ainsi que de rapports variables avec les territoires de la péninsule Ibérique. Symétriquement, soutenir qu'« Al-Andalus est espagnole parce qu'elle se trouve aujourd'hui sur le territoire de l'Espagne » relève du même contresens méthodologique. Une telle affirmation projette sur le Moyen ge les frontières politiques, l'imaginaire national et les institutions de l'Espagne contemporaine. Or l'Espagne de \(711\), celle de Cordoue, celle de Grenade ou même celle de \(1492\), ne correspond pas sans reste à l'État-nation espagnol tel qu'il s'est progressivement constitué à l'époque moderne et contemporaine. Al-Andalus n'est pas un territoire ancien en attente d'une attribution nationale rétrospective. L'histoire ne se répartit pas comme une succession de titres de propriété. Conquête et civilisation L'une des confusions les plus fréquentes consiste à assimiler une conquête militaire à une civilisation, puis à transformer cette civilisation en patrimoine exclusif des conquérants ou de leurs supposés héritiers. La conquête islamique de la péninsule Ibérique à partir de \(711\) fut incontestablement un événement militaire et politique majeur. Elle modifia profondément les structures de pouvoir, les équilibres sociaux, les circuits économiques et les formes de légitimité dans une grande partie de la péninsule. Mais l'acte de conquête ne se confond pas avec les siècles de formation historique qui suivirent. Al-Andalus fut façonnée par des pouvoirs venus d'Orient et d'Afrique du Nord, mais aussi par les populations locales, par les convertis, par les communautés chrétiennes et juives, par les élites urbaines, les savants, les artisans, les paysans, les soldats, les administrateurs et les dynasties successives. La civilisation andalouse ne fut pas déposée intacte sur un sol conquis ; elle s'élabora progressivement, dans la conflictualité autant que dans l'échange. Postuler l'équivalence suivante — conquête militaire, puis droit perpétuel à l'héritage civilisationnel — revient à produire une histoire absurde. Si ce principe était généralisé, chaque conquête passée deviendrait un titre de propriété éternel, contradictoire avec toutes les conquêtes qui l'ont précédée ou suivie. L'histoire humaine se réduirait alors à un cadastre imaginaire fondé sur la violence militaire. La civilisation andalouse ne peut donc être assimilée à l'armée victorieuse de \(711\), pas plus qu'elle ne peut être traitée comme le butin symbolique durable d'un État contemporain. Employer « colonialisme » avec rigueur Le terme de « colonialisme » exige une prudence particulière. Il peut être utile, dans un sens large, pour désigner une expansion militaire, l'installation de nouveaux groupes dirigeants, une réorganisation des terres, une domination politique et l'intégration d'un espace à une puissance extérieure. Sous cet angle, la conquête de \(711\) peut être étudiée à travers certaines logiques de domination et de recomposition impériale. Mais il devient trompeur lorsqu'il suggère que le colonialisme moderne des XIXe et XXe siècles existait déjà, sous une forme identique, au VIIIe siècle. Le colonialisme moderne repose sur des dispositifs spécifiques : idéologies racialisées, économies extractives à grande échelle, administration bureaucratique, ségrégation institutionnelle, mise en dépendance économique durable et articulation à l'État-nation industriel. L'univers politique du haut Moyen ge était tout autre. Il était structuré par des empires, des califats, des dynasties, des royaumes, des principautés, des fidélités tribales, religieuses et personnelles. Les frontières y étaient fluctuantes, les souverainetés imbriquées, et les appartenances souvent plus complexes que ne le laisse entendre le vocabulaire national moderne. Il est donc plus rigoureux de dire que la conquête d'Al-Andalus fut une expansion militaro-politique menée dans le cadre de l'empire omeyyade, avec une participation décisive de contingents majoritairement berbères sous des commandements divers. Elle entraîna une profonde recomposition des pouvoirs dans la péninsule et ouvrit une longue période de formation d'une société andalouse plurielle. Cette formulation évite à la fois l'hagiographie conquérante et l'anachronisme colonial simplificateur. Ni exclusivement arabe, ni exclusivement amazighe (berbère) Réduire Al-Andalus à une identité arabe constitue une erreur majeure. La société andalouse fut, dès ses origines, composite et changeante : populations ibériques converties à l'islam, chrétiens vivant sous domination musulmane, communautés juives, Arabes venus de diverses régions, Berbères d'Afrique du Nord, esclaves affranchis, mercenaires, savants, migrants et élites locales. Les Berbères jouèrent un rôle déterminant dans la conquête et dans l'implantation militaire initiale. Ils occupèrent une place considérable dans les dynamiques politiques d'Al-Andalus, notamment sous les Almoravides et les Almohades. Il serait historiquement intenable de les reléguer à une présence secondaire dans une histoire prétendument exclusivement arabe. Toutefois, substituer une appropriation berbérisante à une appropriation arabisante ne résout rien. Les Almoravides et les Almohades furent des dynasties d'origine berbère, mais ils ne furent pas des États-nations berbères au sens contemporain. Ils constituèrent des ensembles impériaux transrégionaux, reliant des espaces du Maghreb, du Sahara et de la péninsule Ibérique, et gouvernant des populations linguistiquement, religieusement et socialement diverses. Al-Andalus ne fut donc ni une pure extension de l'Arabie, ni une simple province berbère, ni une annexe intemporelle du Maroc actuel. Elle fut un espace historique propre, relié à plusieurs mondes sans se laisser absorber entièrement par aucun d'eux. Al-Andalus n'est pas « espagnole » au sens moderne La thèse selon laquelle Al-Andalus serait intrinsèquement espagnole est tout aussi insuffisante, dès lors que l'on donne au mot « espagnole » son sens politique et national contemporain. Certes, Al-Andalus s'inscrit dans l'histoire de la péninsule Ibérique ; elle appartient de manière indissociable à l'histoire des territoires qui forment aujourd'hui l'Espagne et le Portugal. Nier ce fait serait absurde. Cordoue, Séville, Tolède, Grenade, Murcie ou Saragosse sont des lieux de l'histoire péninsulaire, dont les traces matérielles, architecturales, linguistiques et culturelles demeurent présentes dans les sociétés ibériques contemporaines. Mais reconnaître cet enracinement péninsulaire ne signifie pas effacer les dimensions islamiques, méditerranéennes, maghrébines, africaines et orientales d'Al-Andalus. L'Espagne moderne ne préexistait pas à la conquête de \(711\), pas davantage qu'elle ne constitue le seul sujet historique légitime de ce passé. L'identité nationale espagnole s'est formée par étapes, à travers l'union dynastique des couronnes, la centralisation monarchique, l'expansion impériale, les conflits religieux et politiques, puis les constructions nationales des XIXe et XXe siècles. Réduire Al-Andalus à une simple préhistoire de l'Espagne contemporaine revient à intégrer de force une expérience historique plurielle dans un récit national ultérieur. Le mythe des \(781\) années marocaines L'affirmation selon laquelle « les Marocains ont gouverné Al-Andalus pendant \(781\) ans » agrège artificiellement des réalités séparées par les siècles. Entre \(711\) et \(1492\), Al-Andalus connut des formes de pouvoir très différentes : gouvernorat lié au califat omeyyade de Damas, émirat puis califat omeyyade de Cordoue, royaumes de taïfas, dominations almoravide et almohade, nouveaux royaumes de taïfas, puis émirat nasride de Grenade. Les territoires contrôlés varièrent sans cesse ; certaines périodes virent l'existence de pouvoirs andalous indépendants, d'autres l'intervention ou la domination de dynasties maghrébines, et d'autres encore une avancée progressive des royaumes chrétiens du nord. Parler d'une souveraineté marocaine continue pendant \(781\) ans efface donc : - La diversité des dynasties et des régimes politiques.- Les ruptures entre les périodes omeyyade, taïfa, almoravide, almohade et nasride.- Le fait que les entités politiques du Maghreb médiéval ne se confondent pas avec le Maroc contemporain.- L'autonomie relative ou réelle de nombreuses formations andalouses.- La diversité sociale et culturelle des populations qui ont vécu en Al-Andalus. Les Almoravides et les Almohades ont exercé une influence et une autorité majeures sur de vastes parties d'Al-Andalus. Le Maroc peut donc légitimement reconnaître leur rôle dans son histoire et dans l'histoire andalouse. Mais cette reconnaissance ne justifie pas la fiction d'une continuité politique nationale ininterrompue. Quant à la dynastie alaouite, elle ne peut être assimilée aux dynasties ayant régné dans l'Occident islamique médiéval. Apparue au XVIIe siècle, soit près d'un siècle et demi après la chute de Grenade en \(1492\), elle appartient à l'histoire moderne du Maroc. Elle ne succède ni aux Omeyyades de Cordoue, ni aux Almoravides, ni aux Almohades, ni aux Nasrides de Grenade. La généalogie ne possède pas l'histoire L'histoire ne se transmet ni par le sang ni comme un patrimoine politique transmissible par succession. Qu'une dynastie revendique une ascendance prestigieuse ne lui confère pas la propriété morale ou politique des États disparus. Qu'un peuple habite aujourd'hui un territoire où se trouvait jadis une formation politique ancienne ne lui donne pas un monopole sur sa mémoire. Et qu'une communauté contemporaine se reconnaisse culturellement dans une période historique ne l'autorise pas à exclure les autres composantes de cette histoire. Youssef Ibn Tachfine n'appartient pas aux seuls Marocains contemporains ; Abd al-Mu'min n'est pas la propriété symbolique d'un nationalisme particulier ; Ibn Rushd, Ibn Hazm, Ziryab, Wallada, Ibn Arabi ou Ibn al-Khatib ne peuvent être enfermés dans une seule identité politique ultérieure. De même, la mosquée de Cordoue, l'Alhambra de Grenade, les savoirs agronomiques, les traditions musicales, les formes poétiques et les échanges intellectuels d'Al-Andalus ne relèvent pas d'une propriété nationale exclusive. Ce patrimoine appartient à l'histoire humaine, avec une intensité particulière pour les sociétés qui en portent encore les traces, mais sans que cette proximité puisse devenir un instrument d'exclusion. Dépasser les récits identitaires Le réductionnisme nationaliste — marocain, espagnol, arabe ou berbère — fonctionne toujours de la même manière : il sélectionne une part réelle du passé, puis la transforme abusivement en totalité. Le récit marocain peut retenir l'importance des dynasties almoravide et almohade. Le récit arabe peut rappeler la langue arabe, les Omeyyades de Cordoue, les réseaux intellectuels orientaux et la place de l'islam. Le récit berbère peut souligner le rôle militaire, démographique et dynastique des populations amazighes. Le récit espagnol peut invoquer l'ancrage géographique péninsulaire et la permanence des monuments, des villes et des héritages culturels. Chacun de ces éléments possède une part de vérité. Aucun ne peut, à lui seul, épuiser Al-Andalus. Al-Andalus fut un espace de conflits autant que de coexistences ; de domination autant que de création ; de fractures religieuses autant que de circulations savantes, artistiques et linguistiques. Il faut éviter de la transformer soit en paradis perdu de la tolérance, soit en simple scène de guerre entre civilisations. Sa grandeur historique réside précisément dans sa complexité, dans ses contradictions et dans la densité de ses rencontres. Une fierté sans falsification Il est parfaitement légitime qu'un Marocain dise : « Je suis fier du rôle des Almoravides et des Almohades dans l'histoire d'Al-Andalus. » Il est tout aussi légitime qu'un Espagnol voie dans Cordoue ou Grenade une dimension essentielle de l'histoire péninsulaire ; qu'un Amazigh rappelle la place des Berbères ; qu'un Arabe ou un musulman reconnaisse dans Al-Andalus un foyer intellectuel et spirituel majeur ; qu'un juif séfarade y retrouve une partie importante de sa mémoire culturelle. La fierté historique devient problématique lorsqu'elle exige la confiscation du passé. Elle se falsifie lorsqu'elle transforme une pluralité de trajectoires en propriété exclusive, une influence réelle en souveraineté continue, ou une proximité symbolique en droit de possession. Al-Andalus n'est ni un legs alaouite, ni une propriété marocaine, ni un monopole arabe ou berbère, ni un simple chapitre de l'histoire nationale espagnole. Elle est une histoire ibérique, islamique, méditerranéenne, maghrébine, africaine et humaine ; une histoire faite de conquêtes, de migrations, de résistances, de conversions, de conflits, de savoirs, de métissages et de créations. La question juste n'est donc pas : « À qui appartenait Al-Andalus ? » Mais plutôt : « Comment Al-Andalus s'est-elle constituée ? Quelles populations y ont vécu ? Quels pouvoirs s'y sont succédé ? Quels échanges, quelles violences et quelles créations ont produit ce monde historique singulier ? » Dès lors que l'on pose le problème en ces termes, les mythologies nationales perdent leur évidence. Les conquêtes ne sont pas la civilisation ; les empires ne sont pas des États-nations ; les dynasties ne sont pas des peuples éternels ; la généalogie n'est pas un titre de propriété ; et l'histoire n'est pas un actif politique transmissible par voie successorale. Al-Andalus appartient à tous ceux qui l'étudient, l'interrogent et la respectent mais elle ne possède personne, et personne ne peut légitimement la posséder. Yahya Yachaoui Ce blog est personnel, la rédaction n'est pas à l'origine de ses contenus.Bienvenue dans Le Club de Mediapart Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d'un blog et peut exercer sa liberté d'expression dans le respect de notre charte de participation. Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication. Voir notre charte #FREEGLEIZES Depuis le 29 juin 2025, notre confrère Christophe Gleizes, journaliste pour Society et So Foot, est emprisonné en Algérie. Nous ne l'oublions pas et réclamons sa libération. 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