Quand on lui demande s'il regrette son choix, Martin, 20 ans, l'admet sans aucune difficulté : l'achat de sa petite maison à Saint-Martin-de-Lamps, commune de Levroux, était une erreur. Pourtant, quand il s'est lancé dans cette aventure, le jeune adulte, bûcheron de profession, était enthousiaste. Il n'est propriétaire de cette masure que depuis huit mois. « J'étais content, c'était une petite maison sympa pour commencer, avec quelques travaux bien sûr, mais rien de très important. J'aurais mieux fait de me tourner vers la location. » Devant cette masure de 90 m2, en plein cœur de la commune, il observe d'un œil amer la quinzaine de fissures qui troublent la tranquillité du jeune homme aujourd'hui.
Épaulé par ses parents, le propriétaire a découvert l'importance du phénomène du retrait-gonflement des argiles (RGA) sur le territoire quand, dès les premières chaleurs du printemps, il a vu d'énormes fissures apparaître à la fois sur la façade de sa maison mais aussi à l'intérieur de celle-ci. Achetée en janvier 2026, il se souvient avoir remarqué en mai de la même année les premiers symptômes du problème. « Depuis, ça s'est pas mal aggravé, explique-t-il, en pointant depuis son jardin les plus grosses lézardes. Ça se voit bien sur les bords des fenêtres, ou à l'intérieur, il y a des portes qui ne ferment plus. Le carrelage, lui aussi, est fissuré par endroits… C'est un peu un cauchemar. »
La famille pointe un « défaut de communication » lors du processus d'achat. « Il était bien indiqué qu'il y avait des petites fissures, on savait qu'il fallait les surveiller, explique Sophie, sa mère. Mais on ne se doutait pas de l'ampleur que pouvait prendre le problème. » En effet, il aura fallu simplement quatre mois pour que les quelques lézardes sur la façade de la maison se transforment en vraies fissures, laissant apparaître un jour pour certaines d'entre elles. La faute à un été rigoureusement sec, en lien avec le bouleversement climatique.
Portes qui ne ferment plus, fissures dans le carrelage… L'intérieur de la petite maison subit, lui aussi, le phénomène de retrait-gonflement des sols argileux.
© Photo NR, Melrine Atzeni
« L'acquéreur est devenu plus méfiant »
Pour le moment, le jeune homme en est au début des démarches qui lui permettraient d'abord de savoir si son habitation ne présente aucun danger, mais aussi quels types de réparations il va devoir envisager. Sophie rit jaune face à l'ampleur du problème, et anticipe déjà l'arrivée des pluies de l'automne. « On se dit surtout qu'on se retrouve un peu sans solutions, souffle-t-elle. Si rien n'est fait on se dit que ça va continuer de bouger… Comment pouvez-vous espérer revendre une maison comme ça ? »
En contact avec les élus de la commune, Martin admet ne voir qu'une seule solution à son problème, celui de voir la commune obtenir la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle (lire ci-dessous) et donc espérer pouvoir faire intervenir son assurance. Si tant est qu'il ne se retrouve pas à être le seul dossier sur le bureau du maire. « Ce qu'on aimerait, c'est que les autres habitants de la commune concernés fassent la démarche de se signaler à la mairie. Ce serait déjà une avancée. Même si, on le sait, il va falloir attendre plusieurs mois avant d'avoir une réponse. »
On peut imaginer la création d'un diagnostic, à la manière d'un DPE
Ludovic Dagois, vice-président de la Fédération nationale de l'immobilier
À 20 ans, Martin admet sans détour regretter être devenu propriétaire.
© Photo NR, Melrine Atzeni
« Ne pas tomber dans la psychose »
Martin lui, est allé au bout des démarches d'achat, malgré ce premier symptôme. Mais il arrive que d'autres primo-accédants fassent le choix de mettre un terme à leurs recherches de la maison parfaite, refroidis par la découverte du RGA. Pour Ludovic Dagois, vice-président de la Fédération nationale de l'immobilier, il est important de ne pas tomber dans une « psychose ». « Aujourd'hui, l'acquéreur est devenu beaucoup plus méfiant sur cette question, décrit-il. C'est un sujet qui peut revenir souvent lors des visites. En revanche, et on a connu le même genre de phénomène avec les termites, ou la mérule (1), si les fissures doivent bien sûr rester un point de vigilance, elles ne doivent pas empêcher les recherches immobilières. »
Aujourd'hui, il n'y a pas diagnostic préalable au risque de fissures liées au RGA avant l'achat d'une maison. Seuls les projets de constructions neuves sont soumis à l'obligation de procéder à une étude de sol avant le lancement du chantier. Ce qui, pour les primo-accédants, « n'est pas tout à fait le même budget », ironise Ludovic Dagois. « C'est quelque chose qu'on peut espérer voir naître à l'échelle nationale, à la manière d'un DPE par exemple, estime-t-il. Le RGA commence à toucher tellement de monde en France, il serait temps de le prendre en compte. »
« Plus les années passent, plus les sinistres sont nombreux »
Pour le monde du bâtiment aussi, les sols argileux constituent un nouveau sujet de réflexion, à mesure que les artisans interviennent sur des chantiers de réparation, parfois en urgence. « Les techniques doivent s'adapter, c'est certain. Soit pour faire de la prévention, soit pour la construction de neuf, expose Pascal Ducrot, de la Fédération française du bâtiment dans l'Indre. D'une manière générale, il faut absolument pouvoir faire une étude de sol, une vraie, avec un passage en laboratoire. C'est comme ça qu'on pourra le mieux adapter les mesures à mettre en place. » Pour le président, « plus les années passent, plus les sinistres sont nombreux. C'est devenu une nouvelle réalité pour les habitants et il va falloir qu'on s'adapte. »
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