Un numéro inconnu qui s'affiche, une voix pressée qui se présente comme votre conseiller bancaire et vous alerte d'une « opération frauduleuse » en cours sur votre compte. En quelques minutes, sous la pression, certaines victimes valident elles‑mêmes les transactions qui vont les dépouiller. Ces scénarios, encore marginaux il y a quelques années, pèsent désormais lourd dans la fraude financière.
Selon l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) de la Banque de France, ces fraudes par manipulation ont bondi de 34 % en 2025 pour atteindre 516 millions d'euros de préjudice. Elles représentent désormais 41,6 % du montant total des arnaques aux moyens de paiement, contre 32,1 % en 2024 et 21,6 % en 2021. Un basculement rapide, porté par la montée en puissance du faux conseiller bancaire et des virements validés à distance par les clients eux‑mêmes. Fraudes par manipulation : des chiffres qui s'envolent en 2025
Concrètement, ces arnaques consistent à amener une victime à réaliser elle‑même des opérations à distance ou à livrer des informations confidentielles (identifiants, codes, mots de passe) à un escroc se faisant passer pour un interlocuteur légitime. D'après les derniers chiffres de l'OSMP, le préjudice lié à ces fraudes atteint 516 millions d'euros en 2025, soit une progression de 34 % en un an, pour un poids de 41,6 % dans la fraude totale aux moyens de paiement. Indicateur 2024 2025 Évolution / précision Préjudice total (fraudes par manipulation) n.d. 516 M€ +34 % sur un an Part dans la fraude totale 32,1 % 41,6 % Hausse marquée Préjudice sur virements n.d. 376 M€ Canal principal Préjudice sur paiements par carte Stable 140 M€ Montant stable
Dans son dernier communiqué, l'Observatoire résume la situation en indiquant que ces fraudes concernent « principalement le virement (376 millions d'euros), tandis que le préjudice sur les paiements par carte bancaire est stable (140 millions d'euros) », l'essentiel du butin passant donc par des ordres de virement validés par les clients. Pour expliquer cette montée en puissance, Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France et président de l'Observatoire des moyens de paiement, a rappelé lors d'une conférence de presse citée par Merci pour l'info que « Les fuites de données, que l'on a connues ces derniers temps, favorisent les techniques de fraude par manipulation ». Et la menace ne vise pas une catégorie bien précise, puisque « Les jeunes, les personnes âgées, les catégories socio-professionnelles supérieures,…. tout le monde peut (y) être confronté », a prévenu Julien Lasalle, secrétaire de l'OSMP, lors de la même conférence. Faux conseiller bancaire : les bons réflexes et la riposte des autorités
Le scénario le plus courant reste celui du faux conseiller bancaire, parfois précédé d'un faux SMS de livraison ou d'une prétendue mise à jour de carte Vitale qui renvoie vers un site piégé. L'appel joue sur l'urgence et la peur de perdre son argent pour pousser la victime à donner ses codes ou à valider une opération sous prétexte de « sécuriser » son compte. Face à cette recrudescence, l'Observatoire appelle à « renforcer la mobilisation de l'ensemble de l'écosystème français afin de prévenir ce risque de fraude le plus en amont possible ». L'institution demande aussi aux banques de « poursuivre les actions de sensibilisation des utilisateurs, tant sur le risque de divulgation de données sensibles lors de tentatives d'hameçonnage que sur les réflexes à adopter face à un appel téléphonique frauduleux ». Dans le même esprit, la Fédération bancaire française rappelle dans un communiqué que « aucun conseiller bancaire, aucune autorité publique et aucun service antifraude ne demandera jamais à un client de communiquer ses codes, mots de passe ou identifiants bancaires, ni de valider ou d'annuler une opération à distance ». Un rappel simple, mais encore trop souvent ignoré parmis les victimes.
Au‑delà des conseils individuels, l'OSMP souhaite approfondir la coopération avec le secteur des télécoms, en étudiant par exemple la mise en place d'un numéro unique anti‑fraude pour joindre rapidement sa banque en cas de doute, et renforcer le travail avec les géants du numérique comme Google, Meta ou TikTok pour traquer les comptes et contenus frauduleux. Sur le terrain pénal, l'escroquerie est passible de 5 ans de prison et de 375 000 € d'amende ; ces peines maximales peuvent passer à 7 ans de prison et 750 000 € d'amende lorsque l'auteur usurpe l'identité d'un agent public, organise une fausse collecte caritative, vise une victime vulnérable, agit en tant qu'agent public ou s'en prend à un organisme versant des aides. Si l'escroquerie est commise en bande organisée, la sanction peut atteindre 10 ans de prison et 1 000 000 € d'amende, avec des peines complémentaires possibles (confiscation du matériel utilisé, interdiction d'exercer, interdiction de séjour). La tentative d'escroquerie est punie des mêmes peines, même si l'escroc n'a pas réussi à obtenir d'argent de ses victimes. En France, le dernier rapport 2025 de l'OSMP (Banque de France) révèle une explosion des fraudes par manipulation ciblant les moyens de paiement.
Avec 516 M€ de préjudice et une hausse de 34 % en un an, ces arnaques de faux conseillers bancaires exploitent le virement validé à distance par les clients.
Entre réflexes à adopter, coopération renforcée entre banques, télécoms et plateformes et lourdes peines pénales encourues, les lignes sont en train de bouger.
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