l'essentiel Les résultats de l'enquête PISA 2025 révèlent une baisse inquiétante des performances des élèves français de 15 ans en sciences, mathématiques et compréhension de l'écrit. La France enregistre sa pire performance depuis 2015, avec des scores inférieurs à la moyenne de l'OCDE. Les inégalités sociales persistent. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, pointe l'impact des usages numériques et la nécessité de réformes au collège.
On s'attendait à ce que les résultats de l'enquête PISA (Programme for International Student Assessment) 2025, qui évalue, tous les trois ans, les connaissances des élèves de 15 ans en sciences, mathématiques et compréhension de l'écrit, soient mauvais. Mais l'enquête de l'OCDE dans 91 pays, dévoilée hier, montre que la France réalise sa pire performance avec des résultats certes dans la moyenne mais parmi les plus faibles jamais obtenus dans l'ensemble des trois domaines d'évaluation, et en tout cas très nettement inférieurs à ceux obtenus dix ans auparavant, lors du Pisa 2015.
Compréhension de l'écrit : chute de 18 points
En compréhension de l'écrit, le score français tombe ainsi à 456 points, contre 461 pour la moyenne des pays de l'OCDE, soit une chute de 18 points depuis 2022. En mathématiques, il recule de 16 points, à 458, contre 463 dans l'OCDE. Seules les sciences résistent davantage : avec 483 points, la France se situe pratiquement au niveau de la moyenne de l'OCDE, à 482, et le recul de quatre points depuis 2022 n'est pas statistiquement significatif. L'enquête, menée auprès de 6 501 élèves dans 289 établissements français, dessine donc une dégradation inscrite dans la durée.
La comparaison avec 2015, en effet, est particulièrement sévère. En dix ans, la part des élèves ne maîtrisant pas les compétences de base a progressé de 12 points en mathématiques, de 11 points en lecture et de quatre points en sciences. En mathématiques, seuls 64 % des jeunes Français atteignent désormais le niveau minimal attendu et 5 % seulement appartiennent aux élèves très performants, contre 8 % en moyenne dans l'OCDE. Tous domaines confondus, 9,8 % des élèves français excellent dans au moins une matière, contre 11,9 % dans l'OCDE. La difficulté française est donc double : trop d'élèves fragiles et trop peu d'élèves au sommet.
Le poids de l'origine sociale
L'enquête PISA confirme surtout l'une des faiblesses anciennes de l'école française : le poids de l'origine sociale. En sciences, 100 points séparent le quart des élèves les plus favorisés du quart des plus défavorisés, contre 85 points en moyenne dans l'OCDE. Le statut économique, social et culturel explique 14 % des écarts de performances. Et si les inégalités se sont légèrement resserrées depuis 2015, ce n'est pas parce que les élèves défavorisés ont rattrapé leur retard : leurs résultats sont restés globalement stables tandis que ceux des plus favorisés ont, eux, diminué.
Des parents moins impliqués
Le rapport décrit également un environnement d'apprentissage fragilisé. Les élèves français se disent curieux et 81 % estiment que l'intelligence peut se développer par l'effort, mais seuls 54 % déclarent redoubler d'efforts lorsqu'un travail devient difficile et 33 % planifient régulièrement leur travail. Le lien avec l'école lui-même s'érode : 26 % considèrent qu'elle est une perte de temps. Le soutien familial recule aussi fortement. La proportion d'élèves dont les parents demandent chaque semaine comment s'est passée leur journée est tombée de 74 % en 2022 à 63 % en 2025 ; seuls 34 % discutent régulièrement avec eux de leurs difficultés scolaires, contre 48 % trois ans auparavant.
Dans les classes, les conditions d'apprentissage restent elles aussi préoccupantes. 45 % des élèves sont scolarisés dans un établissement dont le chef estime que le manque de professeurs affecte l'enseignement. Et 47 % disent que le bruit et l'agitation perturbent la plupart ou la totalité des cours de sciences, contre 31 % dans l'OCDE. Le soutien des enseignants est également moins souvent perçu : 54 % des élèves estiment que leur professeur de sciences s'intéresse aux progrès de chacun, contre 69 % en moyenne dans l'Organisation.
Le ministre pointe les écrans
Le numérique ajoute une nouvelle difficulté. Les élèves français l'utilisent moins à l'école que leurs homologues de l'OCDE, mais ses effets perturbateurs apparaissent plus marqués : ceux qui signalent des distractions numériques fréquentes en sciences obtiennent 24 points de moins que les autres. L'intelligence artificielle est déjà entrée dans les usages scolaires : 37 % utilisent au moins chaque semaine un chatbot pour apprendre. Pourtant, 47 % seulement disent apprendre à évaluer la qualité des informations produites par l'IA, contre 63 % dans l'OCDE.
Pour le ministre de l'Éducation nationale, Edouard Geffray, ces résultats révèlent un « phénomène de fond ». Dans Le Monde, il met notamment en cause l'évolution des usages numériques, la place croissante des réseaux sociaux et la baisse de l'investissement parental. Il reconnaît aussi les faiblesses propres à l'institution, particulièrement au collège, où il juge les objectifs d'apprentissage trop flous. "On aurait dû s'interroger plus tôt sur les mesures à prendre pour le collège", estime-t-il. Le ministre veut mieux expliciter aux familles ce que les élèves doivent apprendre et relancer la réflexion sur la formation continue des enseignants.
Son ambition affichée est de permettre à la France de retrouver, à l'horizon 2033, la tête du classement. C'est peu dire que PISA 2025 montre surtout l'ampleur du chemin à parcourir car au final, la France reste une école moyenne à l'échelle de l'OCDE, qui réussit toujours difficilement à transformer le potentiel de tous ses élèves en apprentissages durables.
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