Le sauna protège-t-il vraiment le cœur et le cerveau ? Ce que montrent les études finlandaises

Le sauna protège-t-il vraiment le cœur et le cerveau ? Ce que montrent les études finlandaises
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Category: Health
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Photo: Mr. Tempter/Shutterstock Le sauna a quitté depuis longtemps les seules rives des lacs finlandais. Des centres de bien-être et des salles de sport en proposent désormais bien au-delà de la Scandinavie, accompagnés de promesses parfois ambitieuses : récupération, réduction du stress, protection cardiovasculaire, prévention du déclin cognitif, voire « détoxification ». Certaines de ces affirmations vont plus loin que ce que montrent réellement les données. D'autres reposent sur des observations accumulées depuis des décennies en Finlande, où le sauna fait partie du quotidien ; le pays compterait environ 3 millions de saunas pour 5,5 millions d'habitants. La référence la plus citée est la Kuopio Ischaemic Heart Disease Risk Factor Study , ou KIHD, publiée en 2015 dans le JAMA Internal Medicine . Les chercheurs ont suivi 2 315 hommes finlandais âgés de 42 à 60 ans, recrutés entre 1984 et 1989, en répartissant leur fréquentation habituelle du sauna en trois catégories : une fois, deux à trois fois, ou quatre à sept fois par semaine. Après vingt et un ans de suivi en moyenne, les hommes déclarant quatre à sept séances hebdomadaires présentaient, comparés à ceux n'y allant qu'une fois par semaine et après ajustement pour les facteurs de risque cardiovasculaires classiques, un risque de mort cardiaque subite inférieur de 63%. Des associations inverses similaires ont aussi été observées pour les maladies coronariennes mortelles et la mortalité toutes causes confondues. La durée des séances jouait également un rôle, les séances de plus de 19 minutes étant associées à un risque plus faible que celles de moins de 11 minutes, sans que cela permette d'établir une durée « optimale » à recommander à chacun. D'autres analyses de cette cohorte ont exploré des problèmes de santé plus spécifiques. Une étude publiée en 2017 dans l' American Journal of Hypertension , menée sur 1 621 hommes sans hypertension au départ, montre un risque moindre de développer une hypertension chez les utilisateurs réguliers du sauna, l'association étant plus marquée chez les plus assidus. Une autre étude, parue en 2018 dans Neurology , rapporte une réduction du risque d'accident vasculaire cérébral atteignant environ 61% chez les participants les plus fréquents. Une étude de 2017 parue dans Respiratory Medicine relève, elle, un risque de pneumonie inférieur d'environ 28% à 37% selon la fréquence des séances, même après prise en compte du tabagisme, du diabète ou du niveau socio-économique. Ces résultats sont cohérents entre eux, mais ils reposent largement sur la même population finlandaise d'hommes d'âge moyen : ce ne sont pas des confirmations totalement indépendantes les unes des autres. Les effets immédiats de la chaleur, en revanche, sont mesurables indépendamment de ces grandes cohortes : une étude publiée en 2018 dans l' European Journal of Preventive Cardiology , menée sur 102 personnes présentant au moins un facteur de risque cardiovasculaire, a suivi les effets d'une séance unique de 30 minutes à 73 °C. Les chercheurs ont observé une diminution temporaire de la rigidité artérielle ainsi que des baisses de tension artérielle, avec un mécanisme qui rappelle, par certains aspects, la réponse à un effort physique modéré, sans pour autant reproduire les nombreux bénéfices propres à l'activité physique régulière. Photo: New Africa/Shutterstock C'est la partie la plus spectaculaire des travaux finlandais. Une étude de la cohorte KIHD publiée dans Age and Ageing a suivi les mêmes 2 315 hommes pendant une vingtaine d'années : ceux qui déclaraient quatre à sept séances hebdomadaires présentaient un risque de démence inférieur de 66% et un risque de maladie d'Alzheimer inférieur de 65%, comparés à ceux qui n'y allaient qu'une fois par semaine. Une autre étude finlandaise, publiée en 2020 dans Preventive Medicine Reports par une équipe distincte, a apporté un élément de corroboration important dans une population différente : 13 994 hommes et femmes âgés de 30 à 69 ans, suivis jusqu'à 39 ans, chez qui une fréquence modérée de sauna était également associée à un risque de démence plus faible. Les auteurs eux-mêmes concluent que de nouvelles études sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse. Cette seconde cohorte est importante : elle montre que l'observation ne se limite pas aux seuls hommes de KIHD, mais elle ne transforme pas pour autant l'association en preuve de causalité. Les chercheurs tentent aussi de comprendre comment une exposition répétée à la chaleur pourrait, en théorie, agir sur le cerveau. En 2022, une équipe travaillant avec le professeur Emmanuel Planel à l'Université Laval a publié dans Neurobiology of Aging une étude consacrée à la protéine tau, dont l'hyperphosphorylation et l'accumulation jouent un rôle central dans la maladie d'Alzheimer. Chez des souris génétiquement modifiées pour produire cette protéine tau humaine altérée et sur des cellules en culture, une hyperthermie légère inspirée des conditions du sauna a réduit temporairement cette hyperphosphorylation, un effet comparable ayant aussi été obtenu avec du menthol, qui déclenche une hausse similaire de la température corporelle par un autre mécanisme. Cette piste biologique est intéressante, mais elle a été démontrée chez l'animal et sur des cellules, pas encore chez l'humain, et l'effet observé reste transitoire. Elle ne permet donc pas d'affirmer qu'aller au sauna réduit la protéine tau dans un cerveau humain ni qu'il prévient la maladie d'Alzheimer : un mécanisme qui reste, pour l'instant, une hypothèse à confirmer, un peu comme certains marqueurs encore mal compris du vieillissement de l'équilibre . Les chiffres issus de KIHD sont remarquables, mais plusieurs limites empêchent d'en tirer une relation simple de cause à effet. Les études principales sont observationnelles : les chercheurs n'ont pas réparti au hasard des milliers de personnes entre un groupe allant quotidiennement au sauna et un groupe n'y allant jamais ; la fréquence de sauna faisait déjà partie du mode de vie des participants. Or les hommes fréquentant souvent le sauna peuvent différer des utilisateurs occasionnels sur de nombreux points difficiles à mesurer entièrement : niveau d'activité physique, situation sociale, alimentation, consommation d'alcool ou état de santé initial. Les analyses statistiques corrigent une partie de ces différences, mais ne peuvent pas éliminer totalement ce que les chercheurs appellent des facteurs de confusion. Par ailleurs, plusieurs résultats spectaculaires (mortalité cardiovasculaire, hypertension, AVC, démence) proviennent de la même cohorte de départ, ce qui limite l'indépendance de ces corroborations malgré la variété des revues où elles ont été publiées. Enfin, les habitudes finlandaises ne se transposent pas nécessairement telles quelles à une personne découvrant le sauna occasionnellement ailleurs dans le monde. Pour la plupart des adultes en bonne santé, une utilisation raisonnable du sauna est généralement bien tolérée. Certaines situations demandent en revanche davantage de prudence : l'angor instable, un infarctus récent ou une sténose aortique sévère figurent parmi les contre-indications les plus souvent citées par les revues médicales sur la thermothérapie , de même que l'hypotension ou certains traitements en cours. La consommation d'alcool associée à la chaleur et à la déshydratation est également identifiée comme un facteur de risque à part entière, pouvant favoriser hypotension et troubles du rythme. Concernant la grossesse, mieux vaut éviter de présenter le sauna comme automatiquement contre-indiqué : les données disponibles sont plus nuancées, et une personne enceinte non habituée à la chaleur ou présentant un risque particulier devrait avant tout demander conseil à un professionnel de santé. Ne pas transformer les chiffres finlandais en ordonnance. Le fait que les associations les plus fortes concernent des hommes allant au sauna quatre à sept fois par semaine ne signifie pas que ce rythme doive devenir un objectif à atteindre pour tout le monde. Commencer progressivement. Une personne peu habituée à la chaleur a intérêt à débuter par des expositions courtes et à sortir dès les premiers signes de vertige, malaise ou nausée. S'hydrater et éviter l'alcool. La sudation augmente la perte de liquide, et l'alcool majore certains risques liés à la chaleur, notamment sur la tension artérielle. Ne pas remplacer l'activité physique par le sauna. Certaines réponses cardiovasculaires se ressemblent, mais les preuves en faveur de l'exercice régulier restent bien plus solides, et ses bénéfices dépassent largement ceux d'une exposition passive à la chaleur. Demander un avis médical lorsque la situation l'exige. Une maladie cardiovasculaire instable, un infarctus récent, des malaises liés à la tension ou certains traitements justifient d'en parler à un professionnel de santé avant d'adopter une pratique intensive. Après plus de vingt ans de travaux finlandais, il serait excessif de balayer ces résultats d'un revers de main : plusieurs études convergent vers la même observation, à savoir que, dans certaines cohortes, les personnes qui fréquentent régulièrement le sauna présentent moins d'événements cardiovasculaires et moins de démences que les utilisateurs occasionnels. Il serait tout aussi excessif d'en faire une recette prouvée de longévité, comme pour les zones bleues , où l'espérance de vie s'explique par un ensemble d'habitudes plutôt que par un geste unique. La science ne dit pas encore que le sauna fait vivre plus longtemps. Elle montre quelque chose de plus modeste, et néanmoins intéressant : dans certaines populations finlandaises, ceux qui le pratiquent régulièrement semblent vivre en meilleure santé. Mentions légales Copyright ©2000 - 2026 Epoch Times France

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