Sa vie a inspiré la série « Dix pour cent » : cette agente d'acteurs nous raconte les joies du métier… et les coups bas
Par Philippe Lemoine
D'abord attachée de presse du cinéma puis agente d'acteurs, Danielle Gain connaît tout du métier, les coulisses, les coups bas et les joies immenses. Elle le fréquente depuis plus de cinquante ans. Sa vie a inspiré le personnage d'Arlette dans la série « Dix pour cent ». Entretien.
À 81 ans, Danielle Gain (*) n'a toujours pas raccroché. Elle bosse encore au sein de l'agence Cinéart basée à Paris (Île-de-France), s'occupe de comédiens, fréquente ce milieu de lumière tout en restant dans l'ombre. Avec sa voix éraillée à la clope et au champagne, elle évoque sa carrière, ses joies et ses peines, car pour Danielle, ce qui l'intéresse dans le cinéma, ce sont les rencontres et l'humain. À l'occasion de la sortie du film Dix pour cent, jeudi 10 septembre 2026 sur la plateforme Netflix, qui dépeint les aventures d'agents d'acteurs, elle se confie sur les coulisses de son métier.
Danielle Gain, agente d'acteurs. (Photo : collection Danielle Gain)
Est-il vrai que votre vie d'agente a inspiré les auteurs de la série ?
À l'origine, le personnage d'Arlette (N.D.L.R. : campé par l'excellente Liliane Rovère) était inspiré par Josette Arigoni, qui était une ancienne de l'agence Artmédia. Puis Cédric Klapisch et Dominique Besnehard se sont davantage inspirés de moi. Mais quand je vois la série, je ne m'en rends pas vraiment compte.
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Mais c'est quoi ce métier d'agent ?
C'est toujours un peu compliqué à définir parce que cela change au fil des années et des personnalités de chacun. Dans la tête des gens, c'est surtout un métier de négociation. On est là pour obtenir le meilleur cachet pour un comédien.
La bande de « Dix pour cent, le film », autour d'Andréa Martel (Camille Cottin), devenue réalisatrice. (Photo : Netflix)
C'est vrai cette histoire de 10 % ?
Oui, c'est dans le droit du travail, un agent touche 10 % du cachet d'un acteur. Ça ne peut pas être plus, mais ça peut être moins (elle rit). Je prends souvent moins. Mais le métier d'agent est beaucoup plus vaste et compliqué que juste cette question financière, notamment pour moi qui suis assez souvent dans l'affect. Le milieu me connaît ! Quand on décide de s'occuper de quelqu'un, il y a un lien qui se crée, un dialogue. On parle de sa carrière, de ses envies. On le conseille, on l'oriente. On peut devenir la confidente… Tu peux prendre dans tes bras une comédienne qui pleure parce qu'elle n'a pas eu un rôle ou trinquer avec une autre qui vient d'avoir un prix.
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Vous cherchez à placer les comédiens, à leur obtenir des rôles et ensuite vous négociez le cachet ?
Exactement. C'est tout cela à la fois. On est là pour suivre et promouvoir la carrière de quelqu'un. Cela finit par créer des liens forts. C'était le cas pour moi avec Émilie Dequenne… C'était une très jolie rencontre et j'ai adoré l'accompagner et la voir progresser après son rôle dans Rosetta.
Vous avez d'abord été attachée de presse du cinéma ?
Oui pendant vingt ans ! Je me suis notamment occupée de Christophe Lambert dans les années 1980, à l'époque où il était devenu une super star avec le film Highlander. Mais j'ai vu le métier changer. J'ai connu de grands critiques de cinéma dont l'avis était vraiment reconnu. J'ai le sentiment qu'aujourd'hui les médias s'intéressent beaucoup plus à l'aspect people du cinéma… Alors quand Bernard Giraudeau, qui était un ami, est venu me demander d'être son agent, j'ai accepté. À l'époque, je n'y connaissais rien à la gestion des contrats, mais il avait envie d'aller vers une autre voie dans sa carrière. Je l'ai accompagné et beaucoup d'autres ont suivi.
Et vous travaillez toujours !
J'ai la chance d'être entourée de gens que j'aime bien. Je n'ai pas vu l'intégralité de la série Dix pour cent mais je ne me reconnais pas forcément dans tout ce qui est raconté. On y montre beaucoup de compétition et de gens qui se tirent dans les pattes. Bien sûr, cela doit exister, mais c'est très exagéré pour plaire au public. Ce qui est dur dans ce métier c'est de contribuer à la renommée de quelqu'un et de le voir partir chez un autre agent.
Danielle Gain a publié ses mémoires : « La môme cinéma ». (Photo : éditions JCLattès)
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