« Après un été comme cela, on se demande si on va arriver à s'adapter. Certains agriculteurs vont rester sur le carreau. » À l'instar de leurs collègues, Benoît Latour et Ludovic Dalençon, agriculteurs à Dolus-le-Sec et Athée-sur-Cher, ont connu un été très compliqué. Cinq vagues de canicule, avec des journées à 40 °C à l'ombre et pas une goutte de pluie à l'horizon. Résultat, si la récolte de blé limite la casse, pour le tournesol, le rendement est « divisé par deux ».
Le modèle des méga-bassines n'est « pas pertinent ici »
D'après eux, le « maintien de la production agricole » ne peut passer que par la disponibilité de la ressource en eau. Ils ont créé en juin 2026 l'Association départementale des agriculteurs utilisateurs de la ressource en eau d'Indre-et-Loire (Adaure 37). Une structure pour se fédérer et avoir des représentants dans les différentes instances du suivi de l'eau, comme les commissions locales de l'eau, chargées du suivi local du schéma d'aménagement et de gestion des eaux (Sage).
L'Adaure regroupe toute la palette des professionnels : des céréaliers, des éleveurs (« ils ne se considéraient pas comme des irrigants, mais l'abreuvage devient une vraie question pour eux »), des viticulteurs (pour l'aspersion antigel), mais aussi des partenaires comme des laiteries (pour le nettoyage). « On est 70, on espère être rapidement 140 sur les 600 agriculteurs irrigants », explique Benoît Latour, président de l'Adaure 37.
Pour eux, l'avenir de l'agriculture ne peut que passer par des retenues d'eau pluviale. « En Indre-et-Loire, l'irrigation représente 0,4 % de la pluviométrie. Ce n'est pas possible, dans d'autres départements ils sont à 10 ou 15 %, voire 100 % en Espagne et au Maroc. »
Les agriculteurs en ont conscience, le sujet est sensible et soulève en règle générale une forte opposition. Les responsables de l'Adaure l'assurent, il ne s'agit pas de creuser des méga-bassines comme en Vendée ou dans les Deux-Sèvres qui pompent dans la nappe phréatique.
Ces aménagements cristallisent la critique de l'accaparement de la ressource commune au profit de quelques-uns. « Le modèle n'est pas pertinent ici, assure Benoît Latour. On veut faire des retenues collinaires, pour stocker l'eau pluviale, comme cela se faisait dans les années 70. De 3 à 5 ha pour servir à deux trois agriculteurs. »
Les promoteurs des retenues collinaires louent l'intérêt pour la biodiversité. « Il y a une trentaine d'espèces à nicher ici, explique Benoît Latour devant sa retenue à Dolus-le-Sec. La LPO (Ligue de protection des oiseaux) fait un suivi sur place : la guifette moustac, menacée, a été observée sur place en 2019. »
Lourd et long financement
Reste le financement. L'investissement est conséquent entre 200.000 et 300.000 € selon la surface et la topographie des lieux. « Notre principal frein c'est que nos filières ne sont pas rémunératrices pour porter ces investissements. »
Un investissement lourd et long. « Entre les études, les autorisations, les travaux, il faut compter cinq ans, sans compter les recours, exposent les deux agriculteurs. C'est difficile pour les agriculteurs de se projeter à cinq ans, surtout avec des années difficiles qui s'enchaînent. »
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