"En l'absence de nouveau concessionnaire désigné pour le 1er janvier 2027, la Ville de Bruxelles pourrait perdre la recette, évaluée entre 4,7 millions aujourd'hui et 10 millions dans le futur", a rappelé Benoît Hellings.
Il est surtout revenu sur l'un des éléments les plus sensibles pointés par le Conseil d'État : la prise en compte, dans l'analyse de l'offre de Napoleon, de la perspective d'un transfert à Bruxelles de serveurs liés aux jeux en ligne, comme nous vous l'expliquions dans nos colonnes récemment.
"Le cahier des charges portait uniquement sur l'exploitation d'un casino physique à Bruxelles", a-t-il rappelé. Or, selon lui, cet élément extérieur à l'objet de la concession a été valorisé au bénéfice de Napoleon.
Pour Hellings, le cœur du problème est là : "Les candidats soumissionnaires ne pouvaient donc pas prévoir qu'il serait valorisé. C'est une violation, selon le Conseil d'État, des principes de transparence et d'égalité de traitement."
Puis il a directement visé Philippe Close, également administrateur du Sporting d'Anderlecht, dont Napoleon Games est un partenaire commercial important.
"Pourquoi Monsieur le Bourgmestre n'a-t-il pas déclaré le conflit d'intérêts dès que le sponsor principal du RSCA est apparu comme candidat ?"
Et surtout : "Pourquoi Monsieur le Bourgmestre […] et les membres de son cabinet ne se sont-ils pas simplement déportés de toutes les étapes préalables, formelles et informelles ?"
Le conseiller communal Bruno Bauwens (PTB) a embrayé dans le même sens.
"Vous n'êtes pas uniquement le Bourgmestre de Bruxelles, mais aussi administrateur du Sporting d'Anderlecht, où Napoleon Games est un partenaire important. Et, en même temps, vous avez présidé le Collège qui a attribué la concession à ce même Napoleon."
Le conseiller PTB a insisté sur la proximité entre les différents acteurs : "Vous connaissez sans doute très bien des gens qui remportent un marché pendant une réunion qui est présidée par vous."
Mourad Maimouni, conseiller TFA-BXL +, a, lui, dégainé une autre formule, en misant sur la répétion, l'anaphore "à la François Hollande" : "M. le Bourgmestre : faites vos jeux, rien ne va plus."
"Rien ne va plus quand il s'agit de rédiger un cahier des charges et un appel d'offres sérieux pour un marché de trois quarts de milliard", a-t-il lancé, avant de dénoncer des recettes mises en péril et "une transparence sur ce dossier qui est la même que celle d'une éclipse solaire totale".
Philippe Close rejette tout conflit d'intérêts
Philippe Close a d'abord répondu sur la transparence. Les offres, a-t-il rappelé, sont confidentielles mais accessibles aux conseillers communaux dans le cadre de leurs prérogatives.
Il a ensuite contesté l'idée d'une procédure improvisée : "Le travail de préparation de l'appel d'offres a été entamé par l'administration au début de l'année 2025", pour une attribution à partir de 2027.
Sur la question des serveurs, sa réponse a été nette : "Ni le Collège ni un de ses membres n'a eu de contact formel ou informel avec les membres du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale au sujet du transfert des serveurs avant l'attribution du marché."
Le bourgmestre a détaillé l'analyse d'environ 250 documents, avec l'appui de la Régie foncière, du service juridique, d'avocats, dont le cabinet Janson, et d'experts de finance & invest.brussels, dont Pierre Hermant, le CEO.
"Ce groupe de travail a soumis son analyse au Collège. C'est ensuite le Collège qui a désigné le soumissionnaire retenu", a-t-il calmement rappelé.
Sur la suite, deux pistes restent sur la table : "la relance du marché ou une nouvelle décision d'attribution", avec l'objectif d'éviter une nouvelle suspension tout en assurant la continuité de l'activité.
Sur les soupçons de conflit d'intérêts, Philippe Close a été catégorique : "Il n'existait dans mon chef aucun conflit d'intérêts au sens de la loi ou des règles déontologiques applicables."
Il rappelle que son mandat au RSCA est exercé gratuitement et qu'il ne détient aucune participation dans Napoleon Games.
"Je me concerterai avec nos avocats quant à mon éventuelle participation aux prochaines décisions sur ce dossier", a-t-il encore précisé. (!!!)
"Vous avez joué à la roulette russe avec les finances communales"
"La meilleure façon de ne plus être en conflit d'intérêts pour des décisions futures, c'est d'arrêter de cumuler avec ce mandat privé", a pour sa part réagi Benoit Hellings.
"La procédure d'octroi de ce marché public a violé les principes de transparence et d'égalité de traitement. C'est lourd", a-t-il insisté lourdement.
"Napoleon a donc été favorisé par le processus décisionnel. Qui a pipé les dés ?", a-t-il encore lancé.
Le conseiller Ecolo annonce qu'il demandera dès mardi l'accès aux offres et aux documents du dossier. Il veut notamment identifier ce qu'il appelle le "fameux jury fantôme" chargé de l'évaluation (dont finance.brussels) et comprendre le poids donné à certaines lettres de recommandation.
"Vous avez joué à la roulette russe avec les finances communales", a-t-il encore lancé.
"On ne va quand même pas m'expliquer que […] vous n'avez pas de contact informel avec des joueurs de Napoleon Games. Ce n'est juste pas crédible", a pour sa part réagit Bruno Bauwens. "Le conflit d'intérêts, il est là", a-t-il regretté.
"J'ai l'intime conviction que ça a été une énorme maladresse de votre part […] Vous avez vraiment manqué de vigilance", a pour sa part ajouté Mourad Maimouni.
La Ville doit désormais choisir entre une nouvelle décision sur la base de la procédure actuelle ou une relance complète du marché. Mais le calendrier presse : la concession actuelle de Viage expire le 31 décembre et Bruxelles n'a toujours pas de nouveau concessionnaire définitivement désigné pour le 1er janvier 2027. En jeu, les recettes liées à la concession, dès le mois de janvier, ainsi que les recettes indirectes pour la ville et la Région. Pendant ce temps, Viage, l'actuel gestionnaire du casino, fourbit ses armes…
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