ENTRETIEN. Gaspard Chauvelot, l'humoriste qui fait carton avec sa revue de presse à Toulouse

ENTRETIEN. Gaspard Chauvelot, l'humoriste qui fait carton avec sa revue de presse à Toulouse
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Category: Entertainment
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Le spectacle jouera à guichet fermé jusqu'au printemps 2027. À peine mises en vente par la Cave Poésie Renée Gouzenne à Toulouse (Haute-Garonne), les places pour la 8ᵉ saison de la revue de presse humoristique de Gaspard Chauvelot se sont écoulées à une telle vitesse que des représentations supplémentaires ont déjà été programmées jusqu'au 23 mai prochain. Soit trois semaines après le second tour des élections présidentielles. Or, s'il pourrait apparaître tentant pour un comédien spécialisé dans l'actualité de couvrir les premiers moments du quinquennat, ce n'est pas de l'actualité immédiate dont traite le spectacle de Gaspard Chauvelot. Et c'est bien ici l'une des raisons de son succès. Avec une revue de presse tous les trois mois, cette Tentative d'épuisement de l'actualité propose une lecture des événements à rebours du flot d'informations continu. Le tout en prenant le parti de commenter l'actualité comme s'il s'agissait d'une fiction pour s'assurer la plus grande liberté de ton. "J'écris dans une forme d'urgence" "Le concept du spectacle est né à l'origine d'une commande du directeur de la Cave Poésie à Toulouse, Yann Valade", déclare Gaspard Chauvelot, contacté par L'Opinion Indépendante. "Au sein de mon collectif de théâtre "Hortense", j'incarnais de manière récurrente un personnage de conférencier un peu décalé que Yann appréciait particulièrement." Le directeur de l'espace culturel propose alors à Gaspard Chauvelot de développer ce protagoniste autour d'un concept de revue de presse mensuelle. Un costume que le comédien endosse avec plaisir. "Je suis un obsessionnel", explique l'interprète de Tentative d'épuisement. "Je passe ma vie sous perfusion avec les réseaux sociaux, notamment Bluesky [le réseau social co-créé par l'ancien co-fondateur de Twitter, NDLR]. Je m'informe également avec les médias, de Mediapart à Libération en passant par Cnews : c'est facile de faire un spectacle avec un personnage comme Pascal Praud [l'animateur de l'empire médiatique du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, NLDR]..." De son propre aveu, le comédien écrit "dans une forme d'urgence". "Je commence la rédaction trois semaines avant la représentation avant d'ordonner toute cette matière et de la retravailler en fonction des retours de ma compagne", poursuit Gaspard Chauvelot. "Puis je passe au plateau pour dire le texte à voix haute et l'élaguer. Je montre alors ce second jet à des camarades de mon collectif, "Hortense", avant de retourner au plateau pour lui donner une tournure humoristique. La comédie vient finalement en dernier." Du recul sur l'actualité Une tâche titanesque en manière de "tentative d'épuisement" du réel, où le comédien prend bien vite des airs de Sisyphe poussant son rocher. Dès les premières représentations, décision est prise d'espacer le rythme, quitte à traiter des événements quatre, huit ou douze semaines après. Soit tout le contraire de la cadence tenue par les médias. "Traiter de l'actualité a posteriori ne la rend pas obsolète pour autant", analyse le comédien. "Cela permet au contraire de gagner en perspective sur les événements. C'est pour cette raison par exemple que je propose un épisode consacré au premier quinquennat d'Emmanuel Macron entre 2017 et 2022..." Pourrait-on alors parler plutôt de tentative de contre-épuisement face à la profusion de l'actualité ? C'est certes le bénéfice du spectacle pour une partie du public. "Dans mon audience, il y a des personnes qui m'ont déclaré ne plus suivre les informations parce qu'elles se sentent saturées et venir voir le spectacle pour se mettre à jour...", explique Gaspard Chauvelot. La catharsis dans le rire L'un des principaux attraits de cette revue de presse étant son caractère humoristique. "Assez rapidement, l'idée m'est venue de commenter l'actualité comme une œuvre de fiction. Je commente le travail des scénaristes, des techniciens, des actrices, j'analyse les effets spéciaux et les décors", expose Gaspard Chauvelot. Une posture qui n'a rien de gratuit. "Mon but n'est pas de produire du divertissement à partir de tragédies. L'intérêt de la comédie est de provoquer un décalage, qui nous oblige à poser un regard nouveau sur le monde qui nous entoure. C'est tout le procédé des Lettres Persanes, où Montesquieu nous donne à voir le Paris du début du XVIIIᵉ siècle à travers les yeux d'un Persan pour mieux en faire la critique..." À la manière d'Usbek, le protagoniste de Montesquieu, ou bien du Candide de Voltaire, Gaspard Chauvelot adopte la posture d'un étranger naïf face au monde qu'il décrit. "Mon personnage ne porte pas de regard moral sur ce qu'il voit. Partant de là, je peux lui faire dire tout ce que je veux. Sur le plan purement dramaturgique, par exemple, il est passionné par les personnages de Jordan Bardella [le président du Rassemblement National, NDLR] et Benjamin Netanyahu [le premier ministre israélien, NDLR]." Là encore, cette posture n'a rien de gratuit. Selon le comédien, le rire peut avoir des vertus cathartiques. "L'un des épisodes les plus délicats à écrire a été celui qui faisait suite au 7 octobre 2023 [date de l'attaque du Hamas contre Israël, NDLR]. Après la représentation, des membres du public sont venus me voir en me disant que ça leur avait fait du bien et qu'ils se sentaient un peu moins seuls et démunis face à l'actualité." Pour autant, réussir à marier actualité et humour relève du travail d'équilibriste. "Je n'ai pas la prétention d'y arriver toujours correctement, mais mon but n'est jamais de rire des personnes en situation de faiblesse", précise le comédien. "Il est nécessaire que des artistes prennent position" Alors que Gaspard Chauvelot entre dans la 8ᵉ saison de cette "Tentative d'épuisement", il admet parfois "tirer la langue" face à l'ampleur de la tâche. D'autant que le comédien, également professeur de théâtre, a plus d'un projet à son actif. "Avec mes camarades du collectif "Hortense", nous jouons depuis 2023 le spectacle Yodel, Chronique d'un putsch involontaire. Pour ma part, je travaille également sur un spectacle dérivé des Tentatives, qui se concentrera sur Nicolas Sarkozy et devrait être finalisé d'ici 2028." Le comédien admet toutefois n'avoir pas encore épuisé ses tentatives dramaturgiques face à l'actualité. "Chaque fois que j'écris un nouvel épisode, je tente de trouver un élément qui me permette de me renouveler. Du reste, je crois que cette forme de spectacle peut avoir son utilité par les temps qui courent. Plus la situation politique se dégrade, plus il est nécessaire que des artistes soient là pour prendre position." Quant à cette 8ᵉ saison, elle promet une fois encore de prendre à bras le corps l'actualité en désamorçant sa nature parfois anxiogène avec l'aide de l'humour, soulevant des questions telles que le fait de savoir si "le retour du fascisme" a "une fonction dramaturgique" ou encore "comment travaille l'actrice qui interprète Mathilde Panot [la cheffe de file des députés de La France Insoumise, NDLR] ?" Vaste programme, pour un spectacle qui promet de faire salle comble : à cette heure-ci, il ne reste que quelques places pour janvier et mai 2027... >> À LIRE AUSSI : Toulouse : pour sa 47ᵉ édition, le festival "Piano aux Jacobins" flirte avec le jazz cubain

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