Alors que la Syrie poursuit sa transition après la chute de Bachar al-Assad, l'avenir des chrétiens reste incertain. Leur situation était au cœur d'une conférence organisée ce mardi au Parlement européen, à Bruxelles.
Ce mardi 8 septembre, décideurs politiques européens, chefs religieux et représentants des communautés chrétiennes se sont réunis au Parlement européen à Bruxelles (Belgique) pour évoquer l'avenir des chrétiens en Syrie.
Parmi les participants figuraient notamment l'eurodéputé (RN) français Fabrice Leggeri et plusieurs responsables religieux syriens.
Les participants ont demandé des garanties concrètes en matière de liberté religieuse et une vraie représentation politique, alors que la Syrie connaît une normalisation diplomatique rapide depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024.
«Une citoyenneté égale, pas une protection spéciale»
Pour Thibault Van den Bossche, juriste et chargé de plaidoyer pour la liberté religieuse auprès du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), la réintégration diplomatique de la Syrie ne peut pas se faire «sans conditions». «Ce n'est pas le tout de lever les sanctions économiques, car il faut permettre de redresser la Syrie. Mais il faut à tout prix accompagner cela du respect des droits de l'homme», a-t-il expliqué à CNEWS.
Et pour cause, en Syrie, les chrétiens constituent une communauté particulièrement vulnérable, fragilisée par l'exode et les violences. Pour l'expert, il ne faut pas «se tromper de combat» : «C'est une illusion de demander une protection spécifique. Ce que l'on veut, c'est une citoyenneté égale pour les chrétiens comme pour tous les Syriens, car les chrétiens sont Syriens avant tout.» Cette égalité doit concerner la liberté religieuse, la protection des personnes et des lieux de culte, mais aussi une participation réelle aux institutions politiques nationales.
La question de la confiance envers les nouvelles autorités syriennes reste toutefois ouverte. «On ne se pose pas vraiment la question de savoir si c'était mieux sous Bachar al-Assad ou sous Ahmed al-Charaa. La question est plutôt de savoir ce qu'on peut faire ensemble», estime Thibault Van den Bossche. «Bien sûr, on se méfie, mais je crois qu'il faut être constructif.» «Il est clair que le chef d'État actuel est un ancien terroriste. Il peut donner des gages pour attirer la confiance du monde occidental, mais la question est de savoir ce qui tient dans le temps : combien de temps cela va-t-il durer ?», décrypte-t-il.
Un contexte sécuritaire toujours fragile
Avant le début de la guerre en 2011, les chrétiens représentaient environ 10% de la population syrienne. Il n'existe aujourd'hui aucune statistique officielle, mais les estimations font état de plusieurs centaines de milliers de chrétiens encore présents dans le pays (2% de la population).
«Il existe une volonté, chez les chrétiens de la diaspora, de revenir, mais il faut pour cela qu'il y ait des conditions d'accueil à la hauteur», relève le chargé de plaidoyer. Pour l'heure, «la dynamique est plutôt à l'émigration».
Cette inquiétude s'inscrit dans un contexte sécuritaire toujours fragile. En juin 2025, un attentat contre l'église grecque-orthodoxe Mar Elias, à Damas, a fait au moins 25 morts. Entre novembre 2024 et août 2025, douze églises ont également été attaquées en Syrie, selon les données citées par la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale.
Les violences confessionnelles ne visent toutefois pas seulement les chrétiens : Alaouites, Druzes, chiites et autres minorités ont également été touchées. La question posée à la transition syrienne est donc celle de la capacité des nouvelles autorités à assurer durablement la sécurité de toutes les communautés.
L'Europe appelée à agir
«Le Parlement européen agit et adopte des résolutions. Il existe déjà des résolutions sur la situation en Syrie, mais on voudrait en voir davantage de la part de la Commission européenne et du Service européen pour l'action extérieure, notamment à travers plus de déclarations», plaide Thibault Van den Bossche.
Pour lui, les États membres disposent également de «réels pouvoirs» pour peser sur la transition syrienne. «Après, ce sont aussi aux États membres d'avoir des actions politiques», souligne-t-il.
La présence de responsables européens à la conférence est, selon lui, un signe de l'attention portée à la situation. «Le fait que, par exemple, Mairead McGuinness, envoyée spéciale de l'Union européenne pour la promotion de la liberté de religion ou de conviction en dehors de l'UE, ouvre les interventions, montre le soutien de la Commission européenne.»
La représentation politique, un enjeu central
Au-delà de la liberté religieuse et de la sécurité, la place des chrétiens dans les institutions syriennes apparaît comme l'un des enjeux majeurs de la transition. Pour l'ECLJ, leur avenir ne peut pas reposer uniquement sur des garanties de protection : ils doivent pouvoir participer pleinement à la vie politique du pays.
Pour l'heure, l'incertitude demeure. Si certains chrétiens de la diaspora souhaitent revenir en Syrie, les conditions de leur retour restent déterminantes. Et sans garanties durables, le risque est celui d'un nouvel exode. Interrogé sur les risques à court terme, Thibault Van den Bossche ne cache pas son inquiétude : «On essaye de se donner confiance, mais vu comment les choses sont parties, c'est surtout l'émigration qui risque de se poursuivre pour le moment».
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