Panacée, Petit collège Saint-Pierre : Kinshasa face à la défaillance de son système de prévention des incendies

Panacée, Petit collège Saint-Pierre : Kinshasa face à la défaillance de son système de prévention des incendies
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À peine Kinshasa commençait-elle à mesurer l'ampleur du drame de Panacée qu'un nouvel incendie est venu raviver les inquiétudes sur les capacités de prévention et d'intervention de la capitale. Ce lundi 7 septembre, un incendie s'est déclaré au Petit collège Saint-Pierre, qui abrite les écoles primaires 1 et 4 Kinshasa, dans la commune de Kinshasa. Le feu, signalé dans l'après-midi, a touché des bâtiments et du matériel scolaire. Aucune perte en vies humaines n'a été rapportée dans les premières informations disponibles. Pris isolément, le sinistre pourrait apparaître comme un nouvel incendie parmi ceux régulièrement enregistrés dans la capitale. Mais il survient seulement quelques jours après celui de la salle de fêtes Panacée, à Lingwala, où plusieurs personnes ont perdu la vie pendant une cérémonie de mariage. Ce rapprochement dans le temps fait émerger une interrogation qui dépasse désormais les deux établissements : comment Kinshasa prévient-elle réellement les incendies ? À Panacée, les premières informations recueillies après le drame ont notamment mis en cause les conditions d'évacuation de la salle. Le bourgmestre de Lingwala avait évoqué une sortie étroite, devenue particulièrement problématique lorsque les occupants ont tenté d'échapper au feu. Les autorités ont également fait état de difficultés liées à l'intervention des secours. Le bilan humain communiqué après le sinistre a d'ailleurs varié selon les sources officielles. Alors que l'autorité municipale avait initialement fait état de 22 morts, le gouvernement central a ensuite communiqué un bilan provisoire de 12 décès, cinq personnes hospitalisées et 21 autres stabilisées puis libérées. Deux jours plus tard, le Petit collège Saint-Pierre pose à son tour la question de la réponse opérationnelle. Selon les premières informations communiquées après le sinistre, le bourgmestre de la commune de Kinshasa a notamment déploré le délai d'arrivée des services anti-incendie. Les secours seraient arrivés plus d'une heure après le déclenchement du feu. Ce délai constitue peut-être l'élément le plus préoccupant de ce deuxième incendie. Car un dispositif de lutte contre le feu ne repose pas uniquement sur la présence de camions anti-incendie. Il dépend aussi de leur nombre, de leur répartition géographique, de leur état opérationnel, de la disponibilité permanente des équipes, de l'accès à l'eau et de leur capacité à atteindre rapidement le lieu du sinistre. Dans une ville de l'ampleur de Kinshasa, où les embouteillages peuvent considérablement ralentir les déplacements, chaque minute perdue peut permettre à un départ de feu de devenir incontrôlable. Après le drame de Panacée, le gouvernement a rapidement choisi de renforcer les contrôles. Le vice-Premier ministre de l'Intérieur, Jacquemain Shabani, a ordonné aux gouverneurs le contrôle systématique des salles de fêtes et autres établissements accueillant des manifestations publiques ou des activités de loisirs. La Direction générale de la Protection civile et les services de sécurité doivent participer à cette opération. La mesure va relativement loin : les établissements qui ne respectent pas les normes de sécurité doivent être fermés. À Kinshasa, les autorités disposent de quinze jours pour transmettre un rapportsur l'exécution de l'opération. Mais l'incendie du Petit collège Saint-Pierre élargit désormais le problème. Contrôler les salles de fêtes est une première réponse. Encore faut-il déterminer si les écoles, marchés, restaurants, hôtels, immeubles commerciaux, églises et autres établissements recevant quotidiennement du public disposent eux aussi des dispositifs nécessaires : extincteurs opérationnels, sorties de secours, installations électriques conformes, signalisation d'évacuation et accès dégagé pour les secours. Surtout, contrôler les bâtiments ne répond qu'à une partie de l'équation. L'autre concerne directement la capacité de la ville à combattre un incendie lorsqu'il se déclare. Combien de casernes anti-incendie sont aujourd'hui réellement opérationnelles à Kinshasa ? Combien de camions peuvent intervenir simultanément ? Comment sont-ils répartis dans les 24 communes ? Quel est leur délai moyen d'intervention ? Existe-t-il suffisamment de points d'approvisionnement en eau accessibles aux équipes ? Ces questions deviennent centrales après Panacée et Saint-Pierre. La succession des deux incendies place ainsi les autorités devant une responsabilité plus large que l'inspection ponctuelle des établissements. Kinshasa a besoin d'un système permanent de prévention, associant contrôle des bâtiments, normes d'exploitation, inspections régulières, sensibilisation des responsables d'établissements et capacités d'intervention adaptées à une mégapole. Le rapport attendu dans quinze jours pourrait fournir une première photographie de la conformité des établissements. Mais il ne suffira pas, à lui seul, à répondre à la question révélée par les deux sinistres. Panacée a montré ce qui peut arriver lorsque l'évacuation devient difficile. Le Petit collège Saint-Pierre remet en cause la rapidité de la réponse lorsque le feu est déjà déclaré. Ensemble, les deux incendies révèlent les deux faces d'une même faiblesse : prévenir suffisamment tôt et intervenir suffisamment vite. C'est désormais sur ces deux fronts que Kinshasa devra démontrer qu'elle peut transformer l'émotion provoquée par les incendies en véritable politique de sécurité urbaine. Odon Bakumba Recevez la newsletter Société S'inscrire B Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›

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