Internet n'oublie jamais

Internet n'oublie jamais
View on original source
Category: Entertainment
Share
Archive
Like
J'ai toujours eu besoin d'effacer chaque trace de pas que je laissais sur Internet. Dès que j'en avais terminé avec une URL de blog qui ne me représentait plus, je supprimais mon compte pour ne plus jamais être associée avec cette partie de moi. Plus récemment, j'ai effectué une purge de mon compte Facebook : j'ai demandé à retirer toutes les identifications à des photos de soirée, j'ai cliqué sur la corbeille pour chaque statut fossilisé dans mon feed. Cet autodafé de ma vie en ligne a duré de longues heures, avec à la clé un soulagement : personne ne pourrait plus connaître monpersonadu passé. L'histoire s'est répétée sur Instagram et sur toutes sortes de plateformes différentes. Je n'exclus pas le fait de disparaître un jour de Substack et d'emporter dans la tombe de mon disque dur tous mes écrits. Seront-ils perdus à jamais ? Je ne pense pas. C'est dansl'article de Juliaque j'ai découvert avec surprise et horreur… que la WayBack Machine fait bien son boulot. Alors que j'utilise régulièrement cet outil d'archivage de pages web, je ne me suis jamais interrogée sur la possibilité que ses robots aient un jour atterri chez moi. Dans des commentaires échangés avecau sujet des blogs des années 2000, j'ai eu de sérieux flashbacks, un peu dans le style de ceux que les personnages de séries ont à la TV. Éclairs lumineux, fondus de transition, plans saccadés, visages floutés et sons étouffés me ramenaient peu à peu vers l'endroit qui a hébergé mon tout premier blog. Ados.fr était un site qui regorgeait de ressources pour les jeunes, notamment un forum et un chat très populaires. Je me souviens avec malaise de la catégoriesexooù certain·e·s se confiaient sur leurs premières expériences, mais qui devait sans doute être peuplé d'adultes pas du tout bienveillants. Ce site proposait également la création de blogs. Au moment où toutes mes copines affichaient fièrement leur adresse dans leur bio MSN, je me suis dit qu'il était temps de me lancer à mon tour. J'avais 14 ans et mon cerveau était loin d'avoir terminé de se former, c'est montrigger warningsur ce qui va suivre. Allez on finit sur une bonne ambiance : en troisième j'ai été assez bien harcelée au collège (comme beaucoup), et mes notes ainsi que ma santé mentale ont dégringolé durant l'année. J'en ai un souvenir net, mais retrouver cette détresse gravée dans le marbre numérique est assez émouvant. Points bonus pour l'écriture arc-en-ciel qui décolle la rétine mais insuffle un peu de gaieté 🌈 Je suis rapidement tombée en désamour de myblog.fr car toutes mes copines étaient réunies sur Skyrock. Les fonctions de cette plateforme étaient bien plus évoluées, avec la possibilité d'ajouter des ami·e·s et d'avoir un profil. Facebook était né mais ce blog-réseau-social nous paraissait encore beaucoup plus fun, et surtout personnalisable. Je ne compte pas les heures passées à changer de couleurs, de fond ou à composer les plus beaux gifs Blingee. Lorsque j'étais en vacances à la montagne, j'utilisais les trente minutes quotidiennes allouées par ma carte de médiathèque pour consulter mes notifications sur une rangée de postes fixes disposés contre une large baie vitrée. Et si par malheur aucun ordinateur n'était disponible, je gigotais jusqu'au lendemain. Mes amies continuaient de poster des photos et d'écrire des commentaires, et moi je moisissais dans le trou du cul du monde sans un iota d'Internet. L'enfer. Sur mes premiers Skyblogs qui n'ont pas été immortalisés par la Wayback Machine, je vivais une sorte de lune de miel avec le web. Presque tous les mois je créais un nouveau blog avec un nouveau thème, où je postais des photos prises avec mes amies, où je parlais de mes personnages de pop culture préférés comme Super Mario ou la famille Simpson. Ces blogs m'ont même permis de reconnecter avec mes cousines éloignées, avec lesquelles nous avions d'abord échangé nos pseudos MSN et nos adresses de blogs par courrier. Et puis lorsque je suis rentrée en seconde, je ne sais pas si le harcèlement scolaire a diminué ou bien s'il est devenu constant, mais j'ai commencé à vivre uniquement en ligne. Mon existence débutait chaque jour à 17h30 et finissait lorsque ma mère avait décidé qu'il était l'heure d'éteindre les écrans. Les couleurs ont disparu de ma charte graphique, et je me suis rapidement mise à écrire des textes très sombres. Je vous laisse apprécier ma poésie lycéenne dans ma période baudelairienne, une carrière manquée si vous voulez mon avis. Mais les textes bien d4Rk' ne se sont pas arrêtés là : J'aurais aimé vous dire qu'entre mon premier et mon dernier blog, tout avait changé, mais au fond pas tellement. Au début, le mélange de couleurs c'était l'espoir que tout s'arrange. Quelques années plus tard je m'étais laissée dévorer par mateenage angst. J'ai continué les textes sombres sur Tumblr, mais impossible de retrouver mon adresse de l'époque, et croyez-moi j'ai fouillé tous les endroits possibles (notamment des dizaines de conversations Messenger très malaisantes). Je pourrais continuer à m'humilier en ligne en vous postant un des nombreux autres textes restés coincés dans mon ordinateur, mais je crois que ça suffit pour aujourd'hui. D'ailleurs, pour moi, Substack et OnlyFan sont très similaires. D'une façon ou d'une autre, je me mets à poils sur Internet sans que cela me promette un revenu fixe, et il y a moyen que je le regrette un jour. Pour terminer, voici une citation de mon journal intime de 2007 : S'abonner maintenant Articles sur un sujet similaire :

(0)Comments

 

A note on cookies

Newshunt uses essential cookies to keep you signed in and to remember your language and country, so the site works the way you expect. With your permission, we'd also like to use analytics cookies to understand how people use Newshunt and improve it over time.

Accepting only affects analytics. To learn more, view our Privacy Policy or Terms & Conditions.