L'Armée libanaise à l'épreuve de Paris : entre espoir et réalités

L'Armée libanaise à l'épreuve de Paris : entre espoir et réalités
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Category: Politics
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Le 17 septembre, Paris accueille une réunion préparatoire à la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure. À l'initiative de la France, avec un engagement marqué de la Jordanie, partenaires arabes et occidentaux doivent tenter de coordonner leur soutien à une institution appelée à jouer un rôle central dans le rétablissement de l'autorité de l'État libanais. L'enjeu dépasse désormais le seul sud du Litani. L'armée doit poursuivre son déploiement, consolider le contrôle des zones passées sous son autorité et préparer les étapes suivantes du plan visant à établir le monopole de l'État sur les armes. Un défi considérable dont les contours militaires et politiques se heurtent à la dure réalité des équilibres régionaux. Une armée sous perfusion, un besoin colossal L'armée libanaise reste profondément fragilisée par les années de crise économique. L'effondrement de la monnaie a considérablement réduit le pouvoir d'achat des militaires, pesant sur le moral des troupes et sur les capacités opérationnelles de l'institution. Pour mener à bien les missions qui lui sont confiées, elle doit désormais considérablement renforcer ses capacités opérationnelles et territoriales. Selon les estimations présentées par l'armée libanaise, ses besoins à long terme dépasseraient 9 milliards de dollars, dont plus de 3 milliards correspondant à des besoins jugés immédiats. Concrètement, l'armée manque de moyens de transport et de surveillance, de systèmes de communication modernes, de capacités de reconnaissance, de drones, d'équipements du génie et de moyens permettant de détecter et de neutraliser tunnels et munitions non explosées. À ces besoins matériels s'ajoute une question plus élémentaire : celle des conditions de vie et de rémunération des soldats, indispensables pour préserver les effectifs et la cohésion de l'institution. Mais la question de l'équipement militaire reste particulièrement sensible. Les États-Unis demeurent l'un des principaux soutiens de l'armée libanaise, tandis que les capacités qui lui seront accordées sont observées avec attention par Israël. Le 3 septembre, l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka, a lui-même estimé que le renforcement des forces armées libanaises allait « dans le bon sens », à condition qu'il permette effectivement à l'État libanais d'imposer son autorité et d'empêcher le Hezbollah de reconstituer ses capacités. L'enjeu est donc double : donner à l'armée les moyens d'accomplir sa mission sans transformer l'aide internationale en nouveau sujet de confrontation régionale. Une conférence sous tension diplomatique En janvier, l'armée libanaise a annoncé avoir atteint les objectifs de la première phase de son plan au sud du Litani. Elle précisait toutefois que les opérations devaient se poursuivre pour neutraliser les munitions non explosées et les tunnels, ainsi que dans certaines zones auxquelles elle ne peut accéder. Le commandement libanais souligne également que les attaques israéliennes, l'occupation persistante de plusieurs positions et l'existence de zones auxquelles ses unités ne peuvent accéder entravent l'extension complète de l'autorité de l'État. Le désarmement ne dépend donc pas uniquement des moyens dont dispose l'armée : il se déroule dans un territoire où les tensions militaires restent fortes. La phase suivante doit étendre progressivement le contrôle de l'État au-delà du sud du Litani, notamment vers la zone comprise entre le Litani et l'Awali. C'est là que l'équation devient encore plus délicate. Le Hezbollah s'oppose au désarmement de son arsenal au nord du Litani, tandis que l'armée est sommée d'appliquer les décisions du pouvoir politique sans provoquer une confrontation intérieure dont personne ne peut mesurer les conséquences. À Paris, la France joue aussi une partie de sa crédibilité. Emmanuel Macron a plusieurs fois affirmé sa volonté de mobiliser la communauté internationale pour renforcer les forces armées libanaises et accompagner le rétablissement de la souveraineté du Liban. La Jordanie s'est également fortement engagée dans la préparation de la conférence. Le roi Abdallah II a réaffirmé fin août son soutien au Liban et à son armée lors d'une rencontre avec le commandant en chef, le général Rodolphe Haykal. Les États-Unis et l'Arabie saoudite devraient également participer à la réunion préparatoire du 17 septembre. L'Union européenne, de son côté, a déjà engagé un soutien de 100 millions d'euros destiné au renforcement des capacités de l'armée libanaise. Plus d'une dizaine d'États européens se sont par ailleurs déclarés disposés à contribuer à une mission européenne de conseil et de formation. L'objectif est d'éviter la dispersion des aides au moment où l'armée libanaise devra assumer des responsabilités croissantes, notamment avec la transformation du dispositif international au Liban-Sud. Deux scénarios pour une institution fragile Deux scénarios se dessinent pour cette réunion préparatoire. Le premier verrait les partenaires du Liban débloquer une aide financière et logistique d'urgence suffisante pour « oxygéner » l'armée et lui permettre de tenir ses positions. Une enveloppe qui pourrait contribuer aux rémunérations, aux pièces détachées, aux moyens de transport, aux communications et aux équipements indispensables aux opérations sur le terrain. Le second serait celui d'un soutien beaucoup plus conditionnel. Washington et certains donateurs pourraient demander à Beyrouth des résultats précis dans la mise en œuvre du monopole de l'État sur les armes avant d'engager de nouveaux moyens importants. Le soutien international deviendrait alors aussi un levier de pression politique sur les autorités libanaises. Dans ce jeu d'équilibriste, l'armée libanaise ne peut pas tout obtenir. Elle doit renforcer ses capacités alors même qu'on lui demande d'accomplir une mission politiquement et militairement extrêmement sensible : étendre l'autorité de l'État, limiter la présence des armes échappant à son contrôle et éviter, dans le même temps, une confrontation intérieure. Le véritable enjeu du 17 septembre réside donc moins dans une liste d'armements que dans la capacité des donateurs à apporter à l'institution militaire les moyens de durer et d'assumer progressivement les responsabilités qui lui sont confiées. Le Liban attend beaucoup de Paris. Mais une armée ne se reconstruit pas en une seule conférence. Et l'aide internationale ne suffira pas à résoudre une équation qui dépend aussi du Hezbollah, d'Israël et des rapports de force régionaux. Le 17 septembre ne sera qu'une étape : une promesse de survie plus qu'une victoire.

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