Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ La pièce Hemingway retrace les grandes étapes de la carrière d'un géant de la littérature mondiale, tiraillé entre notoriété et souffrance de vivre.
Ernest Hemingway (1999-1961), journaliste, écrivain, citoyen des Etats-Unis né dans l'Illinois et mort dans l'Idaho. Voici pour l'identité. Quant à l'œuvre : quel lecteur n'a pas lu Le Vieil homme et la mer ? ; concernant les cinéphiles, qui n'a pas assisté à une projection de Pour qui sonne le glas ? ; enfin il n'est pas un aficionado qui ignorerait que « Papa » (son surnom), est allé en Espagne pour voir toréer ses amis Dominguin et Ordoñez, et d'autres maestros, comme il l'a écrit dans Un été dangereux ou Mort dans l'après-midi (ce dernier volet de l'œuvre a suscité la création, par les éditions Au Diable Vauvert, du Prix Hemingway de la nouvelle). Hemingway de Pascale Moine-Frémy apporte à ceux ne connaissant l'auteur et l'homme, une belle entrée dans l'œuvre ; pour les autres, elle complète la connaissance d'un des géants de la littérature mondiale, que le prix Nobel couronna en 1954.
Fan de pêche et de corrida
La pièce démarre à l'annonce de la prestigieuse récompense. Hemingway écrit, comme il le fait depuis trois décennies. Les souvenirs affleurent, des premiers pas hésitants en littérature d'un élève que ne ménage pas la papesse Gertrude Stein jusqu'à la consécration. Rien est omis des joies, des peines, de l'alcoolisme, des problèmes psychiatriques d'un être boulimique, amoureux des femmes (il en épousa quatre), des animaux (il posséda une centaine de chats), un amateur de pêche, de chasse et de corrida. Et fidèle en amitié ; citons Scott Fitzgerald, Miro, Capa. On sait tout des conflits (Première et Seconde guerre mondiale, Guerre civile espagnole, Corée) auxquels il fut mêlé comme soldat ou reporter. Il en tira des reportages, des romans et nouvelles dont les notables : L'Adieu aux armes , Pour qui sonne le glas ?
Beuveries et safaris
Grand jouisseur, quelque peu mythomane, comme se doit de l'être un grand auteur, il fréquente les lieux interlopes, comme celui où il croise Al Capone, se lance dans des safaris ( Les vertes collines d'Afrique ), s'épuise en fêtes et beuveries, situations décrites dans Paris est une fête , roman mettant en scène cette « Génération perdue » comme qualifiait Gertrude Stein les auteurs cabossés par la Première guerre mondiale. Son roman culte Le Vieil homme et la mer, est tout entier empreint de l'esprit de Cuba, sa seconde demeure, le pays de la musique et du daïquiri, cocktail dont il abusait et qui lui inspira une recette personnelle. De son écriture tout a été dit : économie, précision, vérité dans sa description des personnages. Son style a inspiré bien des écrivains et charmé un large public.
Hésitations et doutes
Alors, une pièce sur Hemingway , quand tout a été dit et est connu. Tout ? Non, car l'écrivain cachait de nombreuses fêlures, une grande fragilité, une paranoïa aggravée par la surveillance du FBI, sous des dehors souvent bravaches. Le texte de Pascale Moine-Frémy, la mise en scène d'Elie Rapp, l'interprétation tout de nuances, balançant entre truculence et fragilité de Jérôme Paquatte éclairent les zones d'ombres pesant sur la famille d'Hemingway, ses rapports conflictuels avec la mère, ses hésitations et doutes dans ses engagements. Cette parfaite réussite, dans un décor et une lumière isolant les séquences d'une vie pleine et trépidante, marquée, cependant, par la solitude de l'écrivain bâtissant son œuvre, ouvre un horizon nouveau dans l'approche du personnage. On se prend à l'envie de lire ou relire les livres d'un auteur qui choisit, comme nombre de membres de sa famille, frappés de la « malédiction Hemingway », de se suicider, affaibli par la maladie ou simplement par le mal de vivre.
Hemingway Texte : Pascale Moine-FrémyMise en scène : Elie RappAvec Jérome PaquatteFabrication décor : Pascale DuchaussoyLumière : Dan Imbert
Dates et lieux des représentations:
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