Un week-end, trois festivals : étape 3, pourquoi le Pukkelpop est un géant passionnant

Un week-end, trois festivals : étape 3, pourquoi le Pukkelpop est un géant passionnant
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Category: Entertainment
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Pour nous, Nordistes, il est moins connu que Rock Werchter ou Dour. Il n'est pourtant ni moins important ni moins intéressant. Né en 1985, le Pukkelpop est, avec Werchter, l'un des grands festivals historiques de Belgique. Nirvana, Daft Punk, Eminem, Rihanna ou Radiohead s'y sont notamment produits. Cette année, les têtes d'affiche s'appelaient Florence + The Machine, Deftones et Tyler, The Creator. Nous y étions le dimanche, le soir où le rappeur américain devait mettre un point final à quatre jours de festival.Le site du Pukkelpop peut accueillir 65 000 spectateurs - Photo JokkoEt la première chose qui frappe, c'est l'échelle. Nous avons croisé plus de monde en deux minutes sur la plaine de Kiewit qu'en toute une soirée à La Carrière, ce micro-festival près de Namur où nous étions la veille. Le contraste était presque caricatural. D'un côté, quelques centaines de personnes ; de l'autre, une foule qui semble ne jamais finir. Mais le gigantisme du Pukkelpop n'est pas seulement une question de chiffres. Sa véritable force est ailleurs : dans sa programmation. Près de deux cents artistes se succèdent sur trois jours, avec un mélange assez remarquable de têtes d'affiche qui sillonnent l'Europe au mois d'août, de valeurs sûres et d'artistes émergents. Le festival regarde à la fois dans le rétroviseur et devant lui : il rassemble ce qui a marqué l'année écoulée et ceux qui pourraient faire parler d'eux dans les mois à venir. Et surtout, il ne choisit pas vraiment entre les genres. Électro, hip-hop, pop, rock, metal ou découvertes indie cohabitent sur un site suffisamment vaste pour que chacun puisse construire son propre festival. C'est peut-être là le paradoxe du Pukkelpop : malgré sa taille, on peut y vivre une journée très personnelle. On y croise ainsi de jeunes fêtards flamands pour qui le Pukkelpop semble être un rituel estival presque obligatoire, mais aussi des mélomanes venus chercher un groupe dont personne ou presque ne connaît encore le nom. Les deux publics peuvent se retrouver devant une même scène, mais n'ont pas nécessairement les mêmes raisons d'être là. Nous n'avons malheureusement pas réussi à arriver à temps pour Shaking Hand, ce trio indie-rock mancunien que plusieurs oreilles averties avaient repéré. Ceux qui l'ont vu en parlent comme d'un groupe prometteur. Il faudra donc se rattraper, notamment au Supersonic à Paris le 23 novembre. Nous étions en revanche à l'heure pour Sprints. Et le concert des Irlandais, emmenés par Karla Chubb, a immédiatement fait monter la température. La chanteuse s'est notamment retrouvée portée par le public, téléphone d'un spectateur à la main, pendant qu'elle se photographiait au milieu de la foule. Le genre de scène qui rappelle qu'un festival, même gigantesque, peut encore produire des moments complètement imprévus. Nous avions aussi beaucoup d'attentes pour Tyler Ballgame, auteur de notre disque préféré de ce début d'année 2026, For The First Time Again. Il nous avait subjugué en septembre 2025 au très recommandable festival Leffingeleuren. Au Pukkelpop, l'expérience a malheureusement été moins convaincante. Sous l'un des chapiteaux, le son était approximatif, et desservait une voix pourtant exceptionnelle. Cela n'a pas empêché Tyler Ballgame de faire chavirer une partie du public, notamment sur la fin du concert. En hommage à Harry Nilsson, il a même repris Without You, ce classique que Mariah Carey contribuera à faire entrer dans la culture pop moderne quelques décennies plus tard. À peine le temps de souffler et il fallait déjà courir pour attraper la fin du concert de Denzel Curry. Le rappeur américain a livré un set furieux, dans la lignée de ce que Kneecap avait provoqué ici l'an dernier. Dantesque.Zara Larsson - Photo JokkoSur la grande scène, Zara Larsson attirait quant à elle une foule considérable. Il y avait des spectateurs jusque dans les toilettes. La chanteuse, aux faux airs de Margot Robbie dans Barbie, a ri, nous aussi, lorsque des dizaines de personnes se sont mises à adopter une improbable position du dauphin, portées par la foule. On a aussi découvert et souffert devant Bazart, les Coldplay flamands. On a pu voir les deux premiers morceaux de l'une des nouvelles stars de la pop, Sombr. Et on a trouvé ça plutôt glam. Enfin des lattes du chapiteau ont sauté sous le poids des spectateurs déchaînés lorsque Baxter Dury a joué Allborone. Décidément une folie en concert ce morceau.Sombr, aussi grande scène. - Photo Julie RommelaereEnfin la star de la soirée s'appelait Tyler The Creator qu'un confrère a rebaptisé « Tyler The Casse Maker ». Le rappeur américain se donne. Il arpente la scène, transpire, rappe vraiment. Mais il n'y a pas de scénographie en dehors de quelques flammes, pas d'invités donc Tyler est accompagné des voix d'une bande-son. Les morceaux sont efficaces, certains sont d'immenses tubes. C'est très agréable mais digne d'un concert de clôture d'un festival qui a atteint les 250 000 entrées sur quatre jours ? Voir.Tyler The Creator. - Photo : Daria MsdvCela n'enlève pas grand-chose au Pukkelpop. Car ce que nous retiendrons de cette journée n'est finalement pas uniquement la performance de Tyler The Creator ou celle de telle ou telle tête d'affiche. C'est cette impression de pouvoir passer, en quelques minutes, d'un concert de rap incendiaire à une découverte indie, d'une pop star internationale à un groupe de rock dont on reparlera peut-être dans quelques mois. C'est aussi ce qui explique pourquoi le Pukkelpop reste incontournable malgré son prix. La soirée coûte 134 euros, soit presque le double d'une soirée au Cabaret Vert vendue 69 euros en « early bird » (prévente), sans compter le reste des dépenses ni le parking payant. Cela n'a visiblement pas découragé le public : le festival, qui a atteint 250 000 entrées sur quatre jours, affichait complet des mois à l'avance. Les pass sont partis en 36 minutes et l'intégralité des billets était vendue dès le 8 mars. Le Pukkelpop est donc cher, immense, parfois étourdissant et forcément un peu industriel dans son fonctionnement. Mais il a conservé quelque chose de précieux : la possibilité de venir pour les grosses affiches et de repartir en ayant découvert des artistes que l'on n'était pas venu chercher. Après trois festivals en un week-end, c'est peut-être la principale leçon que nous en tirons. Le petit festival séduit par sa proximité, le festival intermédiaire par son équilibre. Le géant, lui, peut séduire par son abondance. Et à ce jeu-là, le Pukkelpop reste décidément passionnant. On surveillera donc avec attention sa programmation 2027.

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