Jean-François Créachcadec, dirigeant du Vannes OC, a publié une lettre ouverte dans laquelle il décrit les montages financiers qu'il dit avoir découverts et refusés.
Il annonce son départ et il en profite pour parler. Dans une lettre ouverte diffusée sur les réseaux professionnels après le repêchage de son club en National 2, le trésorier du Vannes Olympique Club décrit ce qu'il présente comme le fonctionnement ordinaire du football amateur français : des rémunérations déguisées, des dispositifs publics détournés, et un marché faussé pour les clubs qui refusent d'y prendre part. Il s'exprime à titre strictement personnel, précise-t-il, et non au nom du club.
Ce qu'il dit avoir trouvé dans les tiroirs
Arrivé à la direction du club en juin 2024, il affirme avoir hérité de 141 000 euros de déficit et de plus de 350 000 euros de dettes : un prêt garanti par l'État à rembourser, des loyers de stade impayés, des factures d'électricité en souffrance et un contrôle URSSAF en cours.
Dix-huit mois plus tard, il annonce des dettes divisées par quatre et des comptes redevenus excédentaires. Le club, relégué sportivement en Régional 1 à l'issue de la saison, a finalement été repêché à la mi-juillet à la faveur de rétrogradations administratives prononcées ailleurs.
Les cinq montages qu'il décrit
Le cœur de sa lettre porte sur des pratiques qu'il affirme observer à tous les échelons du football français. Ces éléments relèvent de son témoignage et n'ont été établis par aucune autorité judiciaire.
Les indemnités kilométriques gonflées, avec des distances déclarées sans rapport avec les trajets réellement effectués
Le bénévolat de façade, quand un éducateur est engagé sans contrat de travail alors que ses obligations relèvent d'un emploi à temps plein
Les avantages en nature jamais déclarés, logement ou véhicule mis à disposition en dehors de toute fiche de paie
Les contrats d'apprentissage de complaisance, censés former un joueur qui ne suit ni cours ni examens
Le mécénat aux contreparties non honorées, alors que l'État en rembourse une large part aux entreprises donatrices
Il cite un exemple tiré du contrôle subi par son propre club : trois joueurs auraient déclaré chacun 822 kilomètres pour superviser un même match, alors qu'ils étaient pointés présents à l'entraînement le même jour. Sa conclusion est économique : sur ce marché, dit-il, un club qui paie tout légalement doit proposer une fois et demie plus qu'un concurrent pour recruter à niveau égal.
Six demandes adressées aux institutions
Il réclame notamment un croisement systématique des données entre fédérations, URSSAF et administration fiscale, des contrôles plus fréquents, une information obligatoire des joueurs sur les risques personnels qu'ils encourent, et des sanctions sportives en cas de fraude avérée.
Il dit tenir les pièces documentant ses affirmations à disposition de toute autorité qui les demanderait, et envisage de solliciter un parlementaire. Le débat sur la régulation du football amateur revient régulièrement, comme lors de la rétrogradation administrative du RC Grasse, tandis que les clubs vivent aussi des histoires plus légères, à l'image de l'ES Aumale en Coupe de France.
(0)Comments