Alors que nous n'avons même pas encore séché nos larmes à la suite du décès de Koto Almamy mo Alpha Ibrahima Kola, illustre chef de canton du Kébou, mo Mody Kodiougou mo Doulla Bobo, voilà que la faucheuse vient de nous prendre Koto Kolon Sylla, décédé la semaine dernière à Philadelphie, aux États-Unis d'Amérique.
La douleur est immense au regard de ce qu'il représentait pour Télimélé et pour toute la communauté guinéenne, mais aussi pour l'UFDG, dont il était le premier responsable au pays de l'Oncle Sam.
Koto Kolon était le sixième, dans l'ordre des naissances, des trente-trois enfants (26 garçons et 7 filles) d'Elhadj Garanké Sylla, cet infirmier des Grandes Endémies qui ne se voit coiffé au poteau, par le nombre d'enfants, que par le Timbonké Elhadj Madiou Diallo de Sarékaly, avec une cinquantaine d'enfants, m'a-t-on dit. Ce qui lui aurait valu d'être exempté du paiement des impôts sous la Première République.
Mais on peut dire, sans risque de se tromper, qu'Elhadj Garanké Sylla est en tête du peloton de ceux qui ont bâti de véritables familles intellectuelles à Télimélé.
Tenez, il a scolarisé trente et un de ses trente-trois enfants. Les deux autres étaient décédés avant d'avoir atteint l'âge d'aller à l'école, avant d'aller apprendre à « souder le bois au bois », comme le disait l'écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane dans son roman L'Aventure ambiguë.
Seize d'entre eux ne sont plus de ce monde.
Parmi les enfants scolarisés, on retrouve des ingénieurs, des enseignants, des médecins, mais aussi des financiers-comptables et des diplomates, tous unis par une fraternité agissante parce qu'abreuvés à la même source : celle de ce père si rigoureux dans le respect des valeurs et des principes qui fondent une famille, une société, une nation, l'humanité, pour tout dire.
Et il est absolument vrai que c'est Koto Kolon qui a le plus porté et incarné le nom de la famille d'Elhadj Garanké Sylla, par ses contacts faciles, son dialogue permanent et cette capacité à s'intégrer et à se faire admettre dans tous les milieux, au sein desquels il prenait, en peu de temps, le leadership.
Koto Kolon, vous faisiez sa connaissance une fois et c'était pour toujours, car il se collait désormais à vous comme de la latérite sur la peau.
Sa maison était toujours grandement ouverte, sa table toujours bien garnie et sa femme toujours à votre service pour vous faire comprendre, par des gestes d'amitié empreints de civilité, que vous étiez bien chez vous. Dans cette ville de Philadelphie, le premier nom et la première adresse des Guinéens et de nombreux Africains, même à la mosquée, étaient ceux de Koto Kolon. Il jouissait d'une très grande popularité partout aux États-Unis, notamment à New York, la grande métropole.
Selon ses proches, Koto Kolon avait déjà mis de côté dix mille dollars qui devaient couvrir les frais de son pèlerinage aux Lieux saints l'année prochaine. Mais Dieu, le Maître de l'Univers, en a décidé autrement.
Parfois, il est bien de naître sur des terres labourées par la charrue de l'histoire.
Koto Kolon était originaire du village de Ballaya, dans la sous-préfecture de Sinta, autrefois rattaché au canton de Monôma, à la famille régnante hélayanké de Timbi-Touni, dans l'actuelle préfecture de Pita.
C'est ici et dans le Kébou voisin que l'Almamy Bocar Biro Barry, mo Almamy Oumar, mo Almamy Abdoul Gadiri, mo Almamy Sory Mawdho ibn Maliki, chassé de Timbo par ses frères, vint trouver refuge et assistance.
Ce sont bien le Monôma et le Kébou qui constituèrent les troupes placées sous le commandement du Hélayanké Alpha Amadou Kidiré Bah et qui ramenèrent l'Almamy en fuite à Timbo pour reprendre son trône, à l'issue de la sanglante bataille de Pétel Djiga du 2 février 1896.
Dix mois plus tard, soit le samedi 14 novembre de la même année, l'Almamy Bocar Biro tomba, les armes à la main, face aux colons français lors de la mémorable bataille de Porédaka, village de la femme de Koto Kolon Sylla, la Timbonké Bintou Diallo, benjamine du grand capitaine Diallo Thierno et de l'ancien ministre de l'Éthique et de la Transparence, Elhadj Saïdou Diallo.
L'histoire aime souvent tricoter la géographie, qui est sa première composante.
Cette fois-ci, elle l'a fait, et bien fait, de Télimélé à Porédaka, à travers une union que seule la mort pouvait briser : celle de Koto Kolon Sylla et de sœur Bintou Diallo, laissant leur fille unique dans d'abondantes larmes.
Repose en paix. Amen !
Par Amadou Diouldé Diallo, journaliste et historien
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