Grève des pompiers en Haute-Garonne : "On arrive à point de rupture"

Grève des pompiers en Haute-Garonne : "On arrive à point de rupture"
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Category: Politics
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Les sapeurs-pompiers ont entamé ce mardi 8 septembre un mouvement de grève national de plus de six semaines. En Haute-Garonne, le Syndicat autonome dénonce le manque de moyens, les difficultés de recrutement, la hausse des interventions et une reconnaissance jugée insuffisante de leurs conditions de travail. Les sapeurs-pompiers de la Haute-Garonne sont entrés en grève ce mardi 8 septembre, comme leurs collègues dans plusieurs départements français. Le préavis doit courir jusqu'au 20 octobre, avec une manifestation nationale prévue à Paris le 29 septembre. Pour Damien Galtier, pompier depuis 33 ans et président du Syndicat autonome des sapeurs-pompiers de Haute-Garonne, cette mobilisation n'est pas un évènement isolé, mais répond à une situation qui se dégrade depuis plusieurs années. "L'élément déclencheur, il ne date pas d'aujourd'hui : ça fait plus de 20 ans qu'on dit que ça ne va pas", affirme-t-il. Le représentant syndical évoque plutôt un "point de rupture", alors que la dernière loi sur la sécurité civile remonte à 2004 et que les risques et les missions des pompiers ont largement évolué. "Plus de délais, moins de moyens" Les incendies qui ont marqué l'été 2026 constituent l'un des exemples cités par Damien Galtier. Malgré la multiplication des feux de forêt, les pompiers doivent continuer à assurer les interventions courantes tout en mobilisant des spécialités très différentes entre risque chimique, plongées, maîtres-chiens, ou gestion du risque animalier. "Nous faisons de tout dans notre métier. Mais au bout d'un moment, si l'on a pas les moyens, ça ne peut pas fonctionner", résume-t-il. Derrière la question des moyens se trouvent plusieurs revendications : le financement des services départementaux d'incendie et de secours, les effectifs, les équipements, mais aussi la reconnaissance des maladies professionnelles. Pour les syndicats, ces difficultés finissent par poser la question de la capacité des secours à répondre aux besoins de la population "avec plus de délais, moins de moyens". "Peut-être qu'un jour, on ne pourra pas venir aider les gens", alerte Damien Galtier. Malgré le mouvement de grève, les sapeurs-pompiers restent mobilisés pour les interventions. Ils signifient leur participation à la mobilisation par un brassard ou un message sur leur camion. © Damien Galtier En Haute-Garonne, des délais d'intervention sous tension Si les soldats du feu de nombreux départements dénoncent ces conditions de travail, Damien Galtier décrit une situation particulière en Haute-Garonne. D'une part, le département concentre une grande partie de sa population autour de Toulouse et de la métropole, tandis que les interventions doivent également être assurées en milieu rural. La hausse de la population dans l'agglomération toulousaine augmente donc la demande adressée aux secours, alors que, dans le même temps, le sud du département se trouve en difficulté. En janvier dernier, les sapeurs-pompiers de Saint-Gaudens alertaient déjà sur des délais d'intervention "pouvant atteindre 45 minutes" dans le Comminges. Mobilisation des sapeurs-pompiers de Saint-Gaudens en janvier 2026. © Julie Bégué (Facebook) En 2025, les sapeurs-pompiers ont réalisé 61.104 interventions, soit 167 quotidiennement, en hausse de 7,7 % par rapport à 2024. Le SDIS 31 a également enregistré près de 383.000 appels représentant plus de 1.150 sollicitations quotidiennes (+7,8 % sur un an). Parmi ces opérations, Damien Galtier évoque des interventions réalisées par "carence", pouvant mobiliser des pompiers alors qu'ils pourraient être nécessaires ailleurs. La santé et les agressions au cœur des revendications Les conditions de travail des soldats du feu ne se résume pas aux effectifs ni aux budgets. Les pompiers dénoncent également les risques auxquels ils sont exposés et le manque de reconnaissance de certaines pathologies liées à leur métier. Le représentant haut-garonnais regrette ainsi l'absence d'une médecine préventive adaptée, et que seulement quatre types de cancers ne soient reconnus et associés aux risques de leur métier. Aux États-Unis et au Canada, ce sont jusqu'à 28 types de cancers qui sont répertoriés comme maladies professionnelles chez les pompiers (selon certaines juridictions). L'autre point soulevé par le pompier professionnel concerne les agressions et incivilités. Il indique que depuis un mois à Toulouse, les soldats du feu sont dotés de caméras piétons et de gilets pare-lame pour protéger les agents lors de certaines interventions. "Il ne se passe pas une semaine sans qu'il y ait un dépôt de plainte du centre de traitement d'alerte pour des insultes au téléphone", déplore-t-il. Encore vendredi dernier, le SDIS 31 rapportait des menaces de mort proférées contre un pompier lors d'un accident de la circulation survenu à La Magdelaine-sur-Tarn. "Un modèle à refonder" Au niveau national, les neuf syndicats représentatifs, dont huit réunis en intersyndicale, réclament donc des moyens financiers, matériels et humains supplémentaires ainsi qu'un recentrage des missions. Leur mobilisation intervient alors qu'était présenté ce matin un projet de loi de modernisation de la sécurité civile. Celui-ci doit notamment renforcer le pilotage des secours d'urgence et prévoit un contrat territorial organisant la coordination entre le Samu, les ambulanciers privés, les SDIS et les associations agréées. Le texte prévoit également la possibilité de plateformes communes de gestion des appels, tandis que d'autres mesures restent en attente de validation interministérielle. Mais à la suite de cette première rencontre avec Laurent Nuñez, l'intersyndicale s'est dite "déçue", décrivant un texte qui "évite les sujets essentiels", selon des propos rapportés par nos confrères de France Info. Le financement constitue l'un des principaux points de tension. Les services départementaux d'incendie et de secours disposent de plus de six milliards d'euros de budget, dont plus de cinq milliards sont financés par les collectivités territoriales, avec 59 % provenant des départements. Cette organisation contribue à des différences de moyens entre les territoires. Les organisations représentatives mettent également en avant l'évolution des risques et l'augmentation du nombre d'interventions. Depuis 2002, leur nombre a progressé de plus de 30 %, tandis que la part du secours d'urgence aux personnes est passée de 59 % à 87 % des missions. Pour Damien Galtier, une nouvelle organisation est désormais nécessaire. Alors que plus d'un an s'est écoulé depuis les derniers travaux sur le Beauvau de la sécurité civile, le syndicaliste déplore l'absence de concrétisation politique à ce stade. "Il y a tout un modèle à refonder. Il y a un service public à maintenir", insiste-t-il. Pour les pompiers haut-garonnais, dont 80 % s'étaient déclarés grévistes ce jour, la mobilisation doit donc servir à alerter sur les limites du modèle actuel. "Si les pompiers sont en colère, c'est pour vous", conclut Damien Galtier. >> À LIRE AUSSI : "On a fini en pleurs" : à Toulouse, les AESH de l'école Ada-Lovelace en grève pour alerter sur le manque d'effectifs

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