Il est 8h ce mardi matin, journée internationale de la physiothérapie, lorsque Sébastien Mathys arrive chez son premier patient. Avec lui, il va travailler son genou, qui vient d'être opéré. Au programme: entraînement à la marche pour qu'elle soit la plus fluide possible, massage de la zone touchée et exercices de mobilité.
Ce genre de consultation, il en fait entre 8 et 10 par jour. Il se déplace à domicile, dans la région de Rue, entre les cantons de Fribourg et de Vaud. Cela représente entre 80 et 100 kilomètres par jour.
Tous ces déplacements servent à simplifier la vie des patients, dont la majorité ne peut pas se déplacer seule et qui n'a pas forcément accès aux transports publics. "La plupart du temps, les gens ne peuvent pas conduire parce qu'ils sont fraîchement opérés et ils n'ont pas non plus accès à un cabinet à proximité", explique le physiothérapeute glânois. Profession en danger
Une demi-heure plus tard, Sébastien reprend la route. Direction sa prochaine séance, dans le canton de Vaud cette fois, chez Anouk, une patiente habituelle dont il soigne les problèmes de dos.
Mais dès janvier 2027, tout pourrait changer pour le physiothérapeute d'Ecublens (FR) et ses patients. Les visites à domicile pourraient disparaître. Une nouvelle tarification de la profession va entrer en vigueur et elle pénalise fortement les physios à domicile.
Avec le défraiement au kilomètre, on gagnera beaucoup moins en se rendant chez des patients proches.
L'un des aspects de ces mesures fédérales concerne la rémunération des déplacements des professionnels. Aujourd'hui, ils reçoivent un forfait de 30 francs par déplacement. À l'avenir, ils seront payés au nombre de kilomètres parcourus. Sébastien Mathys précise: "Le système forfaitaire actuel est équitable et permet à tout le monde de recevoir des soins. Avec le défraiement au kilomètre, on gagnera beaucoup moins en se rendant chez des patients proches."
Or, la plupart des physiothérapeutes à domicile exercent dans un rayon restreint autour de leur domicile. Avec ces nouvelles conditions, ils devraient donc revoir toute leur manière d'exercer. Et la peine est double, puisque les patients qui ne peuvent pas se déplacer en cabinet seraient aussi touchés si les consultations à domicile cessaient, comme en témoigne Anouk Page. "Je suis proche aidante pour ma maman et, comme je dois m'occuper d'elle, je ne peux pas me déplacer. Ce serait beaucoup trop d'organisation."
La Vaudoise relève que ces séances ont beaucoup d'importance pour elle. Elles lui apportent une "bouffée d'oxygène dans sa semaine" et elle ne peut pas imaginer que cela s'arrête. Changer sa manière de travailler
Pour Sébastien Mathys, il sera nécessaire de trouver des solutions s'il veut continuer à être rémunéré correctement. S'il ne veut pas arrêter les consultations à domicile, les alternatives qui s'offrent à lui sont les suivantes: soit voir beaucoup plus de patients en une journée, soit se rendre chez des patients à plus de 15 kilomètres de chez lui.
Une situation qui va à l'encontre de sa manière de travailler, basée sur une physiothérapie de proximité. Face à cette nouvelle tarification, une pétition, ouverte jusqu'à la fin septembre, a été lancée dans le canton.
La Télé - Maeva Carrel
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