Au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, à Genève, le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en Afghanistan a dressé mardi le portrait d'un pays où la « doctrine talibane » s'immisce jusque dans l'intimité. Le pouvoir intervient dans les mariages, encadre la pratique religieuse, dicte les vêtements autorisés et réduit sans cesse l'espace dans lequel chacun peut s'exprimer.
Derrière cette accumulation d'interdits, Richard Bennett voit une mécanique plus vaste : un système de discrimination et de domination fondé sur le genre, devenu l'un des piliers du pouvoir des Talibans. Ce « régime institutionnalisé et systématique de discrimination, d'oppression et de domination » entraîne des conséquences « profondément intergénérationnelles ».
Dans cet « apartheid du genre », les jeunes générations risquent d'en subir durablement les conséquences. « Les politiques des Talibans ont donc de l'importance non seulement en raison du mal qu'elles causent aujourd'hui, mais aussi en raison de la société qu'elles créent pour demain », a averti M. Bennett.
UNICEF/Dragaj
« La peur, les larmes et le désespoir »
Une jeune fille de Balkh a résumé son quotidien en trois mots : « la peur, les larmes et le désespoir ». Une formule que le Rapporteur spécial dit avoir retrouvée, sous différentes formes, dans les témoignages d'enfants et d'adolescents à travers le pays.
Ces témoignages donnent un visage à une génération particulièrement exposée aux conséquences de cette politique discriminatoire. Or, 46 % des Afghans ont moins de 15 ans et les deux tiers de la population moins de 25 ans. Pourtant, les autorités de facto refusent toujours de reconnaître la définition internationale selon laquelle est enfant toute personne âgée de moins de 18 ans. Dans le même temps, elles démantèlent les lois et les institutions censées les protéger.
Jour après jour, décrets et directives réduisent un peu plus leurs droits. En mai 2026, un décret sur la séparation conjugale semble ainsi légitimer le mariage de filles ayant atteint la puberté. Plus troublant encore, leur silence peut être interprété comme un consentement.
Pour les filles et les femmes mariées, sortir d'une relation abusive relève désormais presque de l'impossible. Parallèlement, les soi-disant « règles applicables aux tribunaux » ne sanctionnent les violences envers les femmes et les jeunes filles qu'en cas de fractures ou d'ecchymoses visibles. Et même dans ces cas-là, les peines restent largement insuffisantes. L'inaction comme feu vert
Cette violence ne s'arrête pas aux portes du foyer : elle façonne aussi, dès l'enfance, les destins et les rapports entre les sexes. Les filles sont exclues de l'enseignement secondaire et, souvent, poussées vers le mariage.
Les garçons, eux, continuent d'aller à l'école, mais reçoivent une éducation chaque jour plus imprégnée d'idéologie talibane. En entendant que l'exclusion de leurs sœurs est légitime, ils risquent d'emporter cette vision jusqu'à l'âge adulte et de contribuer ainsi à perpétuer l'ordre social imposé par le régime, déplore l'expert indépendant.
Pourtant, les jeunes Afghans ne se résignent pas. Des filles étudient clandestinement et s'instruisent les unes les autres. D'autres jeunes témoignent, s'organisent et cherchent déjà à prendre part à l'avenir de leur pays.
À cette pression idéologique s'ajoute une urgence sociale. Le travail des enfants, pourtant interdit, progresse. Certains sont vendus ou confiés par des familles réduites au dénuement. Quelque neuf millions d'enfants affrontent une faim sévère, tandis que 3,7 millions d'enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë. Richard Bennett dit aussi recevoir « des informations faisant état de tentatives de suicide chez les filles ».
Face aux déclarations « de plus en plus extrêmes et déshumanisantes des dirigeants talibans », qui vont jusqu'à nier aux femmes leur pleine humanité, Richard Bennett appelle le Conseil des droits de l'homme à transformer les condamnations en actes. Selon lui, les Talibans ont appris à repousser les limites sans véritablement en payer le prix. « Chaque fois que nous protestons par des mots mais que nous continuons à agir comme avant, nous envoyons le même message : cela est acceptable », a conclu l'expert indépendant de l'ONU.
© UNICEF/Sayed Bidel
Le manque de financement freine la réponse humanitaire
La réponse internationale se heurte aussi à une autre urgence : les financements destinés à l'aide humanitaire diminuent, alors que les besoins restent considérables. Les conséquences se font déjà sentir : des services ferment, des distributions sont suspendues et les organisations humanitaires réduisent leur présence là où les besoins sont les plus criants.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) décrit une situation financière « très tendue ». Sur les 1,71 milliard de dollars nécessaires au Plan de réponse humanitaire, seuls 518 millions avaient été reçus, soit 30 % des fonds requis.
Au premier semestre, les partenaires humanitaires ont signalé la fermeture de sites et de points de service, une réduction de leur couverture géographique ainsi que des perturbations des chaînes d'approvisionnement. Pourtant, l'aide reste indispensable pour de nombreux ménages, notamment pour plus de 555.000 personnes vivant dans des districts classés au niveau de gravité intersectoriel 4, sur une échelle de 5.
La situation est d'autant plus préoccupante que l'Afghanistan cumule insécurité alimentaire, malnutrition, retours massifs depuis les pays voisins, chocs climatiques et insuffisance des services essentiels. Les restrictions visant les femmes et les filles compliquent encore l'accès à l'aide.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
To submit your press release: (https://www.globaldiasporanews.com/pr).
To advertise on Global Diaspora News: (www.globaldiasporanews.com/ads).
Sign up to Global Diaspora News newsletter (https://www.globaldiasporanews.com/newsletter/) to start receiving updates and opportunities directly in your email inbox for free.
(0)Comments