Une victoire écrasante mais encore insuffisante pour arriver aux manettes. Après avoir recueilli 44% des voix dimanche en Saxe-Anhalt, le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) recherche une majorité pour gouverner ce Land (État) de l'est du pays.
Malgré un score historique, plaçant l'extrême droite en position diriger un exécutif régional pour la première fois depuis 1945, l'AfD est à trois sièges du seuil de la majorité absolue, très difficile à obtenir dans le système proportionnel allemand.
Ulrich Siegmund, candidat de l'AfD en Saxe-Anhalt, a annoncé avoir amorcé des négociations pour former un gouvernement régional. "Nous allons bien entendu engager des discussions et voir s'il y aura soit (...) des groupes parlementaires, soit des députés qui voudront assumer avec nous cette tâche historique", a-t-il dit devant la presse lundi.
"Demain, chaque parti représenté au parlement régional recevra de notre part une lettre d'invitation à des discussions exploratoires", a confirmé le parti ce mardi 8 septembre.
Pour l'AfD, les possibilités d'alliance sont limitées. Le parti est suivi dans les urnes par la CDU du chancelier Friedrich Merz (17,2%), les sociaux-démocrates (9,3%), les Verts (8,9%) et le parti de gauche Die Linke (8,5%). Autant de formations qui forment un "pare-feu" - équivalent allemand du "cordon sanitaire - empêchant toute alliance avec l'extrême droite.
Tous les regards se tournent donc vers le dernier parti de cette élection, la BSW, un parti de gauche souvent qualifié d'inclassable. En obtenant 5,3% des voix, il a franchi de justesse le seuil des 5% nécessaires pour entrer au Parlement régional.
Depuis dimanche, le parti est à l'écoute des propositions du vainqueur. "Pour nous, il n'y a pas de barrière. Nous dialoguerons avec tous les partis", a déclaré Thomas Schulze, le nouveau chef du groupe parlementaire BSW, cité par l'agence de presse allemande dpa.
Le BSW pourrait-il jouer les faiseurs de roi? Ses responsables balaient en tout cas toute coalition avec l'AfD. "Honnêtement, je ne pense pas que beaucoup de nos propositions seraient mises en œuvre, car nous avons très peu de points communs", a-t-elle déclaré à la radio WDR5 la coprésidente de la BSW, Amira Mohamed Ali.
"Nous avons toujours dit que nous ne formerions pas de coalition. Nous voulons gouverner avec des majorités fluctuantes", a ajouté Claudia Wittig, tête de liste de la BSW en Saxe-Anhalt.
Toutefois, le parti ne ferme pas complètement la porte à des collaborations ponctuelles avec l'extrême droite. "Nous ne voulons pas prendre part à cette absurdité qu'est le 'mur pare-feu' et souhaitons utiliser les majorités au Parlement régional de Saxe-Anhalt pour mettre en œuvre des projets pertinents visant à améliorer la vie des gens", a déclaré Sahra Wagenknecht sur le plateau de la ZDF.
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La leader de la BSW a également réitéré à la télévision son appel à élire un ministre-président régional "apolitique", une idée catégoriquement rejetée par l'AfD.
"Et nous ne reviendrons pas sur cette position. Pourquoi devrions-nous maintenant accepter de quelque manière que ce soit un changement de personne ou nous rallier à un parti qui frôle les 6%?", a-t-il interrogé.
Gouvernement de l'AfD "toléré" par la BSW, blocage institutionnel menant à de nouvelles élections? Tous les scénarios sont désormais sur la table.
Si l'AfD est encore loin de gouverner main dans la main avec la BSW, leurs échanges montrent la spécificité de ce petit parti dans le paysage politique allemand. "C'est un ovni", explique à BFM Hélène Miard-Delacroix, spécialiste de l'Allemagne. La professeure d'histoire à Sorbonne Université, évoque une ligne à la fois "populiste" et "nationaliste", qui reprend aussi "des éléments marxistes".
Fondée en 2024, l'Alliance Sahra Wagenknecht (Bündnis Sahra Wagenknecht, BSW) porte le nom de sa fondatrice, figure controversée de la gauche allemande et ancienne vice-présidente de Die Linke. À l'époque, elle claque la porte du parti de gauche après des désaccords sur l'immigration, la gestion du Covid-19 ou encore l'invasion russe de l'Ukraine.
Le BSW s'illustre rapidement aux élections européennes de 2024, obtenant 6,2% des voix et devançant les Libéraux du FDP (5,2%). Le parti réalise ensuite son score historique en Thuringe, avec 15,8% des voix, et confirme en Saxe (11,8%) et en Brandebourg (13,5%) où elle devance à chaque fois Die Linke.
À gauche sur les questions économiques, la BSW se pense comme une alternative à l'AfD pour des classes populaires qui ne se reconnaîtraient plus dans les partis de gouvernement.
Si elle rejette les outrances du parti d'extrême droite, la BSW partage plusieurs points communs avec lui: hostilité à l'immigration (jugée néfaste pour les salaires des travailleurs), lutte contre le "wokisme", opposition à l'aide à l'Ukraine et soutien à une reprise du dialogue avec Moscou.
Le parti de Sahra Wagenknecht ressemble aussi beaucoup à l'AfD dans son implantation électorale, puisque le parti réalise ses meilleurs scores dans l'ancienne Allemagne de l'Est.
Plus pauvre que le reste du pays, l'ex-RDA est un terreau fertile pour les partis populistes. "Le niveau de satisfaction à l'égard de la démocratie est plus faible en Allemagne de l'Est qu'en Allemagne de l'Ouest, ce qui correspond naturellement au caractère contestataire de la BSW", souligne auprès de Tageschau Aiko Wagner, chercheur en sciences politiques à l'université libre de Berlin.
Les électeurs de la BSW "ont des réserves quant au fonctionnement de la démocratie et affichent une mentalité tendant vers le populisme. Ils sont très sceptiques quant à l'intégrité des élites politiques, économiques, médiatiques et autres, et croient que le bon sens permettrait de mettre en œuvre efficacement les souhaits de la population", poursuit-il.
Si de nombreux points programmatiques et idéologiques les poussent vers l'AfD, tous les membres de la BSW ne goûtent pas le rapprochement de leur leader avec l'extrême droite. Ces derniers jours, une dizaine de députés de la BSW du parlement régional de Thuringe ont ainsi claqué la porte de leur parti, dénonçant le "flirt" de Sahra Wagenknecht avec l'extrême droite.
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