La situation météorologique en Tunisie pourrait connaître une évolution notable à partir de jeudi, avec le déplacement de l'anticyclone vers l'est et l'arrivée potentielle d'air froid en provenance des hautes latitudes. La confrontation entre cet air froid et les masses d'air chaud et humide présentes au-dessus de la Méditerranée pourrait favoriser la formation de fortes cellules orageuses et entraîner des précipitations localement intenses sur de courtes périodes, selon le chercheur en climatologie Jamil Hajri.
Intervenant mardi 8 septembre 2026 sur les ondes d'Express Fm, le spécialiste a expliqué que la situation climatique actuelle n'est pas nouvelle pour les climatologues, rappelant avoir alerté depuis plusieurs années sur la multiplication des épisodes météorologiques extrêmes.
Une configuration propice aux fortes précipitations
Selon Jamil Hajri, la situation actuelle est influencée par plusieurs facteurs atmosphériques et océaniques. Le phénomène El Niño, souvent cité pour expliquer les anomalies de température, n'est pas le seul élément à prendre en compte.
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Le chercheur évoque notamment les oscillations atmosphériques dans l'Atlantique Nord, liées au courant-jet dans les hautes couches de l'atmosphère, ainsi que l'influence du Gulf Stream, qui transporte d'importantes quantités d'énergie thermique vers l'Europe occidentale.
En Tunisie, les conditions actuelles sont notamment liées à des flux de sud et de sud-est provenant du Sahara. La présence de hautes pressions dans les couches supérieures de l'atmosphère favorise le déplacement de masses d'air chaud vers le pays, contribuant à la hausse des températures.
Au niveau du sol, les hautes pressions qui s'étendent sur la Tunisie et une partie de la Méditerranée favorisent la subsidence et la stabilité de l'air, à l'origine des conditions chaudes et étouffantes observées ces derniers jours.
La situation devrait toutefois évoluer à partir de jeudi. Le déplacement de l'anticyclone vers l'est et la formation d'un talweg dans les couches supérieures de l'atmosphère pourraient ouvrir la voie à une arrivée d'air plus froid depuis les hautes latitudes.
Une Méditerranée encore très chaude
Cette masse d'air froid pourrait rencontrer l'air chaud et particulièrement humide présent au-dessus de la Méditerranée. La mer ayant accumulé d'importantes quantités de chaleur durant l'été, les taux d'évaporation et d'humidité restent élevés.
La rencontre entre les deux masses d'air pourrait alors favoriser de puissants mouvements ascendants et la formation de nuages convectifs susceptibles de produire des précipitations intenses, voire violentes, en peu de temps.
Dans nos archivesCoupe du Monde des Clubs : Voici combien l'Espérance de Tunis gagnera par victoire et match nulLa température élevée de la mer cette année pourrait contribuer à renforcer ces phénomènes, notamment dans les zones de golfes, parmi lesquelles le golfe de Gabès, le golfe de Tunis et le golfe de Hammamet, qui présentent généralement des températures plus élevées que d'autres secteurs de la Méditerranée.
L'intensité et la répartition des précipitations dépendront également du relief. Les zones montagneuses peuvent accentuer les mouvements ascendants de l'air et renforcer ainsi les précipitations.
Le Centre-Ouest, le Nord-Ouest et les zones montagneuses pourraient, dans ce contexte, être davantage exposés aux fortes pluies. Des phénomènes associés, notamment la grêle, ne sont pas à exclure lorsque les contrastes thermiques entre les masses d'air sont importants.
Le spécialiste appelle toutefois à la prudence concernant les quantités de pluie qui pourraient être enregistrées. Les différents modèles météorologiques présentent encore des résultats divergents et la trajectoire exacte de la perturbation demeure incertaine.
Jamil Hajri a expliqué que les modèles météorologiques traitent d'importants volumes de données et que la moindre modification des conditions initiales peut entraîner des changements dans les résultats.
Les modèles ne permettent pas non plus de reproduire avec une précision absolue les particularités géographiques et topographiques de chaque région. Or, ces facteurs jouent un rôle déterminant dans la répartition des précipitations.
Les prévisions concernant les prochains jours doivent donc être considérées comme des projections susceptibles d'évoluer, et non comme des résultats définitifs.
"Le temps fou" pourrait devenir plus fréquent
Au-delà de l'épisode météorologique attendu dans les prochains jours, Jamil Hajri estime que la Tunisie pourrait entrer dans une période marquée par une multiplication des fluctuations et des phénomènes extrêmes, qu'il qualifie de "temps fou".
Le chercheur insiste toutefois sur la nécessité de ne pas céder à la panique. Pour lui, l'enjeu est avant tout de développer les capacités d'anticipation et de préparation face à des phénomènes dont la fréquence et l'intensité pourraient évoluer.
Il distingue par ailleurs les fluctuations météorologiques naturelles du changement climatique. Une forte chaleur estivale ou une variation des précipitations d'une année à l'autre relèvent de la variabilité naturelle du climat. Le changement climatique désigne, lui, une évolution durable des régimes climatiques.
Pour Jamil Hajri, cette question dépasse désormais le seul cadre environnemental. Le changement climatique constitue également un enjeu de sécurité nationale, notamment en raison de ses conséquences potentielles sur l'eau, l'agriculture, les déplacements et la stabilité sociale.
Le spécialiste appelle ainsi à la vigilance et à la prévention, sans dramatisation. Il recommande notamment aux citoyens de tenir compte de l'évolution des conditions météorologiques, d'adapter leurs déplacements et de prendre les précautions nécessaires face aux éventuels épisodes de fortes précipitations.
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