Le système de sécurité sociale tunisien ne peut plus se contenter de réformes ponctuelles. Le spécialiste de la protection sociale Hédi Dahman a appelé, mardi 8 septembre 2026, à engager une réforme structurelle et urgente des caisses sociales, estimant que les mesures adoptées au cours des dernières années n'ont pas permis de traiter les causes profondes de leur déficit financier.
Intervenant ce mardi 08 septembre 2026 sur les ondes d'Express FM, Hédi Dahman a souligné que le déficit structurel des caisses sociales remonte à plus de 15 ans. Les différentes mesures prises jusqu'ici n'auraient, selon lui, fait que reporter les difficultés sans apporter de réponse durable à la crise financière du système.
"La situation est particulièrement préoccupante au regard du poids des pensions de retraite. Les engagements des caisses au titre des pensions dépassent actuellement 1,2 milliard de dinars par mois, alors que leurs recettes restent nettement inférieures à ce niveau", a-t-il indiqué.
Une réforme de 2017 aux effets limités
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Hédi Dahman a rappelé que la dernière réforme importante, intervenue en 2017, avait permis de donner un répit aux caisses pendant environ deux ans et deux mois. Une fois cet effet dissipé, celles-ci ont toutefois retrouvé les mêmes difficultés financières, ce qui témoigne, selon lui, des limites d'une approche fondée sur des ajustements ponctuels.
Cette situation s'explique notamment par l'évolution du rapport entre actifs et retraités. L'augmentation du nombre de bénéficiaires de pensions intervient alors que le rythme des recrutements diminue, réduisant mécaniquement les ressources provenant des cotisations.
À cela s'ajoute l'ampleur de l'économie parallèle. Selon Hédi Dahman, près des deux tiers des actifs seraient aujourd'hui en dehors du système de sécurité sociale, ce qui prive les caisses d'une partie importante des cotisations potentielles.
Repenser le financement au-delà de l'âge de la retraite
Pour le spécialiste, une réforme durable ne saurait se limiter à des solutions classiques, telles que le relèvement de l'âge de départ à la retraite ou l'augmentation des taux de cotisation.
"Le marché du travail connaît en effet de profondes transformations, avec le développement du travail immatériel, des activités exercées via les plateformes numériques, du travail à domicile et du télétravail. Ces nouvelles formes d'emploi s'ajoutent aux activités relevant de l'économie parallèle et posent de nouveaux défis au système de protection sociale", a-t-il encore expliqué.
Ces catégories de travailleurs restent souvent en dehors des dispositifs fiscaux et sociaux, a-t-il relevé. D'où la nécessité, selon lui, d'adapter le cadre juridique aux nouvelles réalités du marché du travail et de concevoir des mécanismes permettant d'intégrer progressivement ces activités au système de protection sociale.
Dans nos archivesReport de la grève des agents et cadres de la Société du Sud des ServicesTrois niveaux de réforme
Hédi Dahman propose ainsi de structurer la réforme autour de trois niveaux complémentaires.
Le premier serait consacré à l'urgence et viserait à "stopper l'hémorragie" des caisses sociales. Cette étape devrait notamment reposer sur une plus grande transparence concernant les indicateurs financiers et les données comptables, afin de disposer d'une vision claire de la situation réelle des caisses.
Le deuxième niveau, à moyen terme, concernerait les réformes à mettre en oeuvre à l'horizon 2030.
Le troisième serait de nature stratégique et devrait s'inscrire dans une perspective beaucoup plus longue, de l'ordre d'une génération, soit environ 30 ans. L'objectif serait de construire un système financièrement équilibré et capable de prévenir la répétition des crises plutôt que d'intervenir uniquement lorsqu'elles surviennent.
Le spécialiste estime, par ailleurs, que cette réforme doit être élaborée sur la base d'une concertation avec l'ensemble des parties concernées, notamment les experts, les représentants des employeurs et des travailleurs ainsi que les structures spécialisées.
La CNAM confrontée à une problématique différente
La situation de la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) présente, selon Hédi Dahman, des spécificités par rapport aux deux autres caisses sociales.
Sur le plan comptable, la CNAM disposerait encore de marges sous forme d'excédents. Toutefois, les liquidités effectivement disponibles ne reflètent pas nécessairement cette situation comptable, notamment parce que la caisse ne maîtrise pas directement le processus de recouvrement de ses créances.
Celui-ci est assuré par les autres caisses sociales en fonction de la nature des activités concernées. Parallèlement, la CNAM doit faire face à des engagements financiers importants et à des difficultés avec plusieurs catégories de prestataires de soins, notamment les médecins, les pharmaciens, les centres de kinésithérapie et les centres de dialyse.
Des structures professionnelles ont d'ailleurs évoqué la possibilité de suspendre le recours au système du tiers payant en raison du retard dans le règlement des sommes dues.
Recentrer les caisses sur leurs missions
Face à cette situation, Hédi Dahman préconise de revoir l'organisation du recouvrement et de mettre fin à son articulation actuelle entre les différentes caisses.
Chaque caisse devrait, selon lui, être chargée directement du recouvrement de ses propres créances et être recentrée sur ses missions fondamentales. Cette réorganisation permettrait à chaque organisme de mieux maîtriser ses ressources, de suivre ses disponibilités financières et de programmer ses dépenses en fonction des moyens effectivement disponibles.
Pour le spécialiste, l'enjeu n'est donc plus de dresser le constat de la crise, mais de passer à la définition puis à l'exécution de scénarios de réforme. Une première étape urgente devrait être engagée sans délai, avant de mettre en oeuvre les réformes à moyen et long terme dans le cadre d'une stratégie globale.
La réforme du système de sécurité sociale est ainsi devenue, selon Hédi Dahman, une nécessité pour préserver les équilibres actuels des caisses tout en garantissant les droits des générations futures.
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