Une religion basée sur un énorme mensonge, des robots et des machines de toutes les tailles, un guerrier disparu dont le retour menace l'ordre établi et une jeune femme se déplaçant de village en village à bord de son food truck: Ludo Lullabi livre une version très personnelle du classique récit postapocalyptique avec la bande dessinée Ghost Pepper .
La série Ghost Pepper nous transporte dans un futur lointain et postapocalyptique. Durant de longues années, un être titanesque, surnommé le Grand Brasier, a sévi à la surface de la planète, ravageant et détruisant tout sur son passage, jusqu'à ce que Bataar, un membre des Semeurs d'Éclipse, parvienne à exiler l'entité sur la lune, où il croupit toujours aujourd'hui. La civilisation a depuis été reconstruite sur les ruines de l'ancien monde, et la population voue un culte total à ce guerrier légendaire, considéré comme le sauveur ayant permis à l'humanité de survivre.
Dans ce monde où la religion, la technologie et les vestiges du passé se mélangent, Loloï, une cuisinière ambulante, sillonne les routes à bord de son food truck. Son arme secrète: l'essence de piment fantôme, un ingrédient auquel elle doit la renommée de ses plats. Lorsque Ash, un homme mystérieux et taciturne, s'attable à son camion restaurant et attire l'attention des « contrôleurs à ailerons », des robots faisant régner la loi et l'ordre, ce simple repas fera complètement basculer l'existence de la jeune femme, mais aussi celle du régime bâti sur le mythe de Bataar le protecteur. La couverture de l'album
Si Ghost Pepper n'est pas la première bande dessinée à dépeindre un futur dystopique rempli de ruines, de poussière et de personnages abîmés, l'originalité de la série se trouve dans son improbable héroïne, une jeune femme opérant un food truck. Plus qu'un simple clin d'œil, la cuisine devient ici un véritable moteur narratif qui, à l'image de l'essence de piment fantôme que manie Loloï, donne une saveur unique au récit. On apprécie aussi la façon dont le scénariste Ludo Lullabi intègre l'humour à son aventure, une formule empêchant son univers de sombrer dans le postapocalyptique traditionnel.
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Ghost Pepper imagine de nombreuses déclinaisons de la fusion entre l'homme et la machine. Le Sélénite par exemple, un petit robot perché sur l'épaule d'Ash, agit comme sa conscience. Il s'appelle d'ailleurs Jiminy, un clin d'œil au célèbre criquet de Disney. Le contraste marqué entre les deux personnages principaux est aussi très intéressant. Tandis que Loloï ne vit que pour le moment présent, Ash est sans cesse accablé par les fantômes de son passé. Bien qu'il dépeigne les abus d'une religion s'engraissant aux dépens d'une population affamée, l'album pose une question beaucoup plus universelle : pourquoi les individus ont-ils besoin de croire? Une planche de l'album
C'est sur le plan graphique que Ghost Pepper impressionne le plus. Les dessins de Ludo Lullabi s'inscrivent à la croisée du comics , du manga et de la bande dessinée franco-belge, ce qui donne à ses planches un style unique et immédiatement reconnaissable. Ses personnages ont des silhouettes très travaillées, des visages expressifs et des designs immédiatement lisibles. Les robots et créatures présentent une combinaison efficace entre formes mécaniques et éléments organiques. L'artiste tire aussi profit de son expérience dans le monde du jeu vidéo pour croquer des scènes de combat étonnamment dynamiques, et ses paysages ont des dimensions démesurées, où les humains, écrasés par les décors, paraissent insignifiants en comparaison.
Ce premier tome de Ghost Pepper regroupe les cinq premiers numéros de la série dans une belle édition à la couverture rigide. Il s'agit donc essentiellement d'une introduction à l'univers futuriste imaginé par l'auteur, où beaucoup de personnages, de concepts et d'intrigues sont présentés, bien que certains restent malheureusement à l'état d'ébauche. En plus d'une postface signée Ludo Lullabi, l'album se termine sur un carnet de croquis, ainsi qu'une galerie de couvertures alternatives réalisées par une quinzaine d'artistes réputés, parmi lesquels Joe Madureira, Chris O'Halloran ou Humberto Ramos.
Avec Ghost Pepper , Ludo Lullabi réussit à transformer une recette de prime abord convenue en un objet plus retors qu'il n'y paraît, porté par une idée aussi incongrue que payante, soit la cuisine de rue comme moteur du récit. Ce premier tome prometteur donne vraiment envie de voir où l'auteur compte emmener ses deux héros.
Ghost Pepper – Tome 01 , de Ludo Lullabi et Adriano Lucas. Publié aux éditions Delcourt, 160 pages. Abonnez-vous à notre infolettre tentaculaire Encouragez-nous pour le prix d'un café
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