Moins de place pour la période nazie, davantage pour les grandes figures nationales, comme Bismarck… Le parti d'extrême droite allemand AfD, à deux doigts d'accéder au pouvoir en Saxe-Anhalt, veut revoir les programmes scolaires de la région. L'objectif de la formation est clair : "en finir avec la culture de la culpabilité". De quoi inquiéter les enseignants.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Depuis quelques semaines, l'inquiétude plane au-dessus des lycées, collèges et écoles de Saxe-Anhalt, en Allemagne. Car l'AfD veut y imposer ses mesures radicales d'exclusion. Le parti d'extrême droite le dit clairement avec son candidat dans ses clips de campagne : "Pas de drapeau arc-en-ciel à l'école, mais un drapeau allemand. Et bien sûr, il faut être plus positif avec notre histoire, notre culture" , clame Ulrich Siegmund, candidat et chef de l'AfD.
Selon ce programme, aux mats du lycée, il sera interdit d'accrocher le drapeau arc-en-ciel pour les minorités, comme le fait un proviseur, deux fois par an. "Si on me l'interdit, cela me mettra très en colère, car nous avons une communauté LGBT qui veut être reconnue et acceptée. Pour moi, ce drapeau représente la tolérance et aussi la solidarité" , commente Marco Ladewig, proviseur du lycée Friedrich Förster à Haldensleben.
Autre exemple, à l'étage, avec un cours d'histoire. Le manuel scolaire de terminale consacre l'essentiel de ses pages à la période nazie. Si l'AfD arrive au pouvoir, il sera réduit drastiquement, a répété à maintes reprises le parti. Dans son programme, il écrit par ailleurs : "Les enfants doivent être élevés dans un esprit d'amour pour leur patrie et pour le peuple allemand." Le parti veut lutter, dit-il, contre le "complexe de culpabilité" .
"Oui, je m'inquiète beaucoup. Je crains que les programmes ne changent complètement, que des contenus d'enseignement réellement importants soient supprimés" , confie Jana Leitiger, professeure d'histoire. Les lycéens, eux aussi, sont atterrés. Parmi eux, Hasan Khalaf : "Ils veulent parler plus de Bismarck et moins d'Hitler, mais je pense que le national-socialisme devrait toujours figurer au premier plan de nos cours d'histoire au lycée" , estime-t-il.
Mais il y a encore plus inquiétant. Dans ses meetings, l'AfD, l'Alternative pour l'Allemagne, c'est son nom, ne s'en cache pas : elle veut en finir avec l'inclusion. Les élèves handicapés et les élèves migrants doivent être mis dans des classes séparées. "J'ai une amie à Dessau. Sa petite fille était la seule Allemande de sa classe quand elle est rentrée à l'école. Et c'est un gros problème, elle ne peut pas réussir" , estime une mère, partisane de la mesure. "Un élève qui a un grave handicap fait baisser le niveau des autres, car il ne sait pas calculer correctement, écrire. C'est pourquoi il faut le mettre dans une école spécialisée. C'était comme ça en RDA" , juge un autre.
L'AfD le sait, toutes ces mesures radicales ne pourront pas être appliquées en cas d'accession au pouvoir. La Constitution fédérale, le droit européen, peut en partie s'y opposer. Mais pour l'extrême droite, peu importe, elle veut que ce Land devienne son laboratoire idéologique.
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