Au Kenya, des propos du président sur les étrangers poussent des Burundais à vouloir partir
Des Burundais se rassemblent devant leur ambassade pour demander des laissez-passer frontaliers pour rentrer dans leur pays, à Nairobi, au Kenya, le 7 septembre 2026
"Ils nous expulsent comme des animaux": comme des centaines de compatriotes, le pasteur burundais Jean-Baptiste Ndayizeye tente lundi à l'ambassade du Burundi à Nairobi de retirer un laisser-passer pour rentrer dans son pays, effrayé par de récents propos du président kényan.
A moins d'un an d'une présidentielle à laquelle sa réélection est loin d'être acquise, le président William Ruto avait donné jusqu'à lundi aux étrangers "tenant des petits commerces" pour les fermer. Sans préciser la taille des commerces concernés ni si les commerces légalement enregistrés étaient concernés.
"Nous n'avons pas bâti la confiance des investisseurs pour que des vendeurs à la sauvette viennent au Kenya", avait-il expliqué à des entrepreneurs kényans le 2 septembre.
Une rhétorique rappelant celle entendue ces derniers mois en Afrique du Sud, où des milliers d'Africains ont fui des manifestations antimigrants parfois meurtrières et un durcissement des contrôles visant les étrangers.
"Ce que les Sud-Africains ont fait aux étrangers et ce que font les Kényans est la même chose", s'indigne le pasteur Ndayizeye, même si M. Ruto n'a pas parlé d'expulsions.
Lundi, des centaines de Burundais, enveloppes kraft à la main, ont fait la queue des heures durant sous le soleil dans la petite ambassade burundaise pour demander un laisser-passer leur permettant de rentrer chez eux, faute de passeport ou de documents d'identité.
"Tristes"
Des Burundais sont rassemblés devant leur ambassade à Nairobi, au Kenya, pour demander des laissez-passer frontaliers pour rentrer dans leur pays, le 7 septembre 2026
AFP
Certains avaient déjà emballé leurs affaires dans des valises et des sacs en plastique.
"Ils sont tellement tristes" de quitter le Kenya, "ce n'est pas juste", remarque Philemon Jaika Adamba, chauffeur kényan de moto-taxi ayant transporté deux d'entre eux.
Le Burundi, pays d'environ 15 millions d'habitants parmi les plus pauvres du monde, fait partie, comme le Kenya, de la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC), à l'intérieur de laquelle la libre circulation des citoyens est garantie.
Et le Kenya, locomotive économique de l'EAC, est perçu comme une destination de choix, même si les opportunités y restent rares pour une grande partie de la population. Plus de 400.000 Kényans - incités par les autorités kényanes - ont eux-même migré, notamment dans les pays du Golfe, en quête d'un avenir meilleur ces dernières années.
Après des années de chômage au Burundi, Eric Bizimana est lui venu en 2022 "chercher une (meilleure) vie" au Kenya. Il y a toutefois vivoté, gagnant de 100 à 130 euros mensuels environ dans des emplois mal payés. Jamais il n'a demandé un permis de travail, pourtant obligatoire mais, dit-il, financièrement inaccessible.
"Mal compris"
"En Afrique du Sud, c'est la population qui a ordonné aux étrangers de quitter" le pays, "mais ici au Kenya, c'est (...) le président qui (l')a ordonné", observe-t-il.
Mélance Bukuru, 32 ans, qui a aussi multiplié les petits boulots, demande, comme ses concitoyens rencontrés par l'AFP, un délai au gouvernement kényan afin de pouvoir réunir la centaine d'euros nécessaire pour payer son voyage retour.
Quant à Nkunzimana Déo, menuisier, il s'est dépêché tout le weekend de livrer ses clients et a fermé lundi, comme réclamé par William Ruto, son atelier de fabrication de meubles, pourtant enregistré auprès du fisc kényan et qui emploie huit personnes, dont quatre Kényans.
Arrivé en 2015 au Kenya, où il a obtenu le statut de réfugié, il a théoriquement le droit de travailler même "si les documents sont difficiles à obtenir", dit-il. Désormais chez lui, il attend "de voir si le président changera de directive".
Le ministre burundais des Affaires étrangères Edouard Bizimana a dénoncé lundi des "violences envers les étrangers, particulièrement les Burundais", au Kenya, ce que l'AFP n'a pu vérifier.
Des Burundais se rassemblent devant leur ambassade à Nairobi, au Kenya, pour demander des laissez-passer frontaliers pour rentrer dans leur pays, le 7 septembre 2026
AFP
Toujours lundi, le numéro 2 du ministère kényan des Affaires étrangères Korir Sing'Oei s'est rendu à l'ambassade du Burundi et a tenté d'apaiser les inquiétudes: "Récemment, il a été dit que ceux qui avait des petits commerces non enregistrés seraient forcés de quitter le pays", mais "beaucoup ont mal compris".
A cause de cela, "beaucoup (d'entre vous) ont été attaqués par de voisins ou amis. Nous sommes désolés de cela", a-t-il assuré.
Dans un quartier pauvre de Nairobi, surnommé par ses habitants "Burundi State", du fait du grand nombre de Burundais y vivant, une dizaine de personnes rencontrées par l'AFP se disent d'accord avec le président Ruto.
Les Burundais prennent le travail des Kényans car ils acceptent d'être payés moitié moins qu'eux, mais aussi leurs logements, dans lesquels ils s'entassent, affirment ces personnes.
"Les Kényans ne sont pas racistes quand ils parlent comme ça", soutient Ann Kerubo, une commerçante, qui estime que "la vie au Kenya est maintenant tellement difficile", à commencer pour les Kényans.
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