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Philippe Pibarot

Pourquoi l'auscultation de routine reste essentielle

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« La méthode de prédilection pour détecter les maladies valvulaires cardiaques, en particulier la sténose aortique, est l'auscultation d'un souffle cardiaque, le plus souvent par le médecin de famille », explique l'auteur L'expert en santé cardiaque et professeur, Philippe Pibarot, désapprouve la nouvelle pratique chez les médecins de famille de délaisser l'auscultation préventive chez les patients asymptomatiques. Un geste qui augmente inutilement les risques pour la santé de la population, défend-il. Philippe Pibarot Professeur à la Faculté de médecine de l'Université Laval, directeur de la chaire de recherche du Canada sur les maladies valvulaires cardiaques J'ai lu avec intérêt, mais aussi inquiétude l'article « Fini, l'auscultation de routine ? »1. Je conteste vigoureusement l'idée selon laquelle l'auscultation cardiaque et l'examen médical annuel de routine ne seraient plus nécessaires chez les patients ne présentant pas de symptômes. Non seulement l'auscultation de routine doit être maintenue, mais elle doit être repensée et renforcée, notamment grâce aux nouvelles technologies. La méthode de prédilection pour détecter les maladies valvulaires cardiaques, en particulier la sténose aortique, est l'auscultation d'un souffle cardiaque, le plus souvent par le médecin de famille. Or les patients peuvent rester asymptomatiques pendant des années, alors que la maladie progresse. L'idée, véhiculée dans l'article, selon laquelle « le dépistage des maladies valvulaires cardiaques par auscultation n'est nécessaire que lorsque le patient développe des symptômes » est obsolète et contredite par les données récentes. Dans le contexte du cancer, il est bien établi que le dépistage précoce, avant l'apparition des symptômes, améliore la survie. Il en va de même pour les maladies valvulaires cardiaques. Suite à la réalisation de plusieurs essais cliniques randomisés, les sociétés médicales en cardiologie recommandent désormais d'effectuer une procédure de remplacement valvulaire aortique chez les patients avec une sténose aortique sévère avant que les symptômes apparaissent afin de diminuer les hospitalisations et la mortalité. Un traitement précoce avant l'apparition des symptômes implique nécessairement un dépistage systématique lors de l'examen de routine par le médecin de famille. De plus, les patients avec maladie valvulaire sont souvent des personnes âgées qui ont tendance à sous-estimer leurs symptômes qu'ils attribuent au vieillissement et donc à ne pas consulter leur médecin lorsque les symptômes apparaissent. Ainsi l'approche préconisée dans l'article d'attendre les symptômes avant d'examiner et ausculter le patient amène inévitablement à manquer cette fenêtre optimale pour traiter le patient avant que les dommages cardiaques deviennent irréversibles. L'auscultation cardiaque a cependant plusieurs limitations dont : la sensibilité sous-optimale (65-70 %) pour détecter les souffles cardiaques, le temps que cela ajoute à la visite médicale et l'inquiétude que cela peut causer aux patients. Il existe désormais des technologies numériques (stéthoscopes électroniques couplés à des applications d'intelligence artificielle) qui permettent une détection rapide, semi-automatique et plus sensible des souffles cardiaques. Si on suit la recommandation de l'organisme « Choisir avec soins Québec » de supprimer l'examen médical de routine par le médecin de famille, cela ne se traduira pas seulement par un sous‑dépistage des maladies valvulaires, mais aussi de l'hypertension artérielle, du diabète de type 2, et d'autres grandes maladies chroniques fréquentes dont le cancer. Ces pathologies sont, elles aussi, longtemps asymptomatiques, et leur détection repose souvent sur des consultations de routine (auscultation, prise de tension, bilans sanguins, etc.). Réduire ces examens affaiblirait la prévention globale et irait à l'encontre des objectifs de santé publique. D'ailleurs, cette approche contredit explicitement la Stratégie nationale de prévention en santé du Québec 2025‑2035, qui mise sur le dépistage et la prise en charge précoces des maladies chroniques pour améliorer la santé de la population et réduire les coûts à long terme. Les solutions pour maintenir et renforcer l'auscultation de routine Les médecins de famille jouent un rôle crucial dans le dépistage précoce de maladies chroniques, y compris les maladies valvulaires. Malheureusement au Québec, il n'y a pas assez de médecins de famille pour prendre en charge l'ensemble des patients. Il faut donc que les médecins priorisent les patients les plus malades et, de ce fait, n'ont plus de temps pour effectuer des examens médicaux de routine chez des patients asymptomatiques. Cela ne signifie pas pour autant que cet examen n'est pas bénéfique pour les patients, surtout après l'âge de 60 ans où la prévalence de ces maladies augmente de façon importante. Il y a, cependant, des pistes de solutions comme déléguer les actes d'auscultation cardiaque à des infirmières ou d'autres professionnels de la santé dans les unités de soins de première ligne, les CLSC ou les pharmacies. Cette délégation d'acte sera grandement facilitée par les technologies numériques qui permettent une détection automatique et précise des souffles cardiaques. De plus, les chercheurs travaillent actuellement sur d'autres technologies qui pourraient faciliter encore plus le dépistage de ces maladies sans l'intervention d'un professionnel de la santé. Je terminerai avec deux recommandations énoncées dans un rapport pancanadien d'experts (incluant médecins de famille, cardiologues et représentants des patients) sur le parcours de soins et de vie des patients avec maladie valvulaire cardiaque publié en 2023 : 1. Tout Canadien âgé d'au moins 60 ans ou souffrant d'une maladie valvulaire cardiaque préexistante devrait bénéficier d'une auscultation cardiaque annuelle dans le cadre de visites médicales de routine. 2. Les gouvernements provinciaux devraient favoriser et soutenir l'intégration d'outils numériques, tels que les stéthoscopes numériques et les appareils d'échocardiographie portatifs, afin de faciliter le dépistage des maladies valvulaires cardiaques dans les établissements de soins primaires. 1. Lisez l'article de Marie-Eve Cousineau « Fini, l'auscultation de routine ? » Qu'en pensez-vous ? Participez au dialogue
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