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Ce que Gaza nous apprend sur les défaillances du système multilatéral

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Frappe israélienne sur Gaza dans le secteur de Maghazi, dont les résidants ont reçu un ordre d'évacuation, le 23 août 2026 Ce que Gaza nous apprend sur les défaillances du système multilatéral Devant l'incapacité de l'ONU et des tribunaux internationaux à obtenir des résultats sur le terrain, une voie de contournement s'impose, estiment les auteurs. Vincent Pouliot Professeur de science politique et chercheur au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM) Frédéric Mérand Professeur de science politique et chercheur au CERIUM À la veille de l'ouverture de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, prenons un pas de recul pour comprendre pourquoi les mécanismes politiques et légaux qui structurent l'ordre international donnent si peu de résultats sur le terrain. La guerre menée par Israël à Gaza, qui entre dans sa quatrième année, est représentative de plusieurs autres conflits meurtriers sur la planète. Là comme ailleurs, la contradiction est frappante : d'un côté, un ballet diplomatique assez réactif doublé d'une production juridique significative ; de l'autre, une tragédie humaine qui s'éternise et dont la résolution paraît échapper aux acteurs en position d'influence. Bien sûr, la puissance militaire d'Israël et celle de son protecteur américain expliquent en grande partie l'incapacité de mettre un terme au bain de sang. La situation coloniale dans laquelle se trouve le peuple palestinien l'empêche également de représenter ses intérêts dans la diplomatie multilatérale. Mais Gaza fait aussi la preuve que les organisations internationales et le droit international ne sont pas adaptés pour s'attaquer au déséquilibre des forces en présence. Au cours des 10 jours qui ont suivi les attaques du Hamas contre la population civile israélienne, en octobre 2023, le Conseil de sécurité a tenté, en vain, d'adopter pas moins de trois résolutions soumises par le Brésil, les États-Unis et la Russie. Les veto successifs des membres permanents ont vite donné le ton. Si deux résolutions sur l'aide humanitaire ont été approuvées à l'hiver 2024, ce n'est qu'au printemps, après d'autres veto sous la présidence Biden, qu'un premier texte appelant à un cessez-le-feu a pu être adopté (avec abstention américaine). En juin, un premier plan de paix a aussi été voté (Moscou s'abstenant cette fois). C'est finalement sous l'impulsion du président Trump que le Conseil a adopté la résolution la plus opératoire concernant Gaza (2803). C'est aussi la plus dommageable. Le Plan en 20 points entériné en novembre 2025 marginalise l'ONU au profit d'un « Conseil de la paix ». Il consacre de surcroît le contrôle effectif, voire l'occupation à long terme, de Gaza par Israël. Droit international : des tribunaux actifs, mais impuissants Pendant ce temps, les tribunaux internationaux ont été actifs. Saisie par l'Afrique du Sud, la Cour internationale de justice a rendu trois ordonnances provisoires statuant qu'il existe un « risque grave et imminent » de génocide à Gaza perpétré par Israël, auquel elle a ordonné de permettre l'accès à l'aide humanitaire et de prévenir tout acte génocidaire. Dans une procédure parallèle entamée avant octobre 2023, la Cour a également déclaré illégale l'occupation par Israël des territoires occupés, enjoignant Tel-Aviv à cesser la colonisation et à réparer les dommages causés. La Cour oblige également les États tiers à ne pas reconnaître légalement ou appuyer dans les faits l'occupation en cours. Finalement, la Cour pénale internationale a lancé six mandats d'arrêt contre des dirigeants du Hamas et du gouvernement israélien pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité présumés commis pendant la guerre. À ce jour, aucune arrestation n'a eu lieu. En dépit de la fermeté des actions juridiques, ce qui frappe ici est l'absence de résultat sur le terrain. Pendant que des États comme l'Allemagne remettent en question leur volonté d'exécuter les mandats d'arrêt si les prévenus se trouvent sur leur sol, les États-Unis mettent en œuvre des sanctions sans précédent contre les juges internationaux et d'autres membres de la Cour. Des leçons à tirer Il y a plusieurs leçons à tirer de ce décalage entre les actions des instances multilatérales et la poursuite des combats sur le terrain. D'abord, continuer de tout miser sur le Conseil de sécurité est une erreur. Le veto souvent décrié n'est qu'une partie du problème : peut-on vraiment demander à un organe aussi polarisé de protéger des populations vulnérables et sans défense ? Une voie de contournement multilatérale s'impose. Par exemple, il serait souhaitable que le secrétaire général de l'ONU dispose de moyens propres d'intervention, avec l'appui de la majorité de l'Assemblée générale s'il le faut, pour contourner la souveraineté des belligérants de même que les veto des grandes puissances. L'adhésion sélective au droit international dont ont fait preuve plusieurs pays occidentaux, dont le nôtre, contribue aussi au décalage. Les règles internationales ne sont pas des mets sur un menu que l'on choisit en fonction de nos envies du moment. L'édifice juridique ne peut tenir que si chacun tient son bout, même quand une décision particulière semble inconvenante. Finalement, l'ONU semble mal équipée pour gérer une situation coloniale comme celle de la Palestine. Malgré les efforts de l'Assemblée générale pour reconnaître le nouvel État, le veto américain l'empêche toujours de se représenter pleinement. Que les puissances occidentales, dont le Canada, reconnaissent l'État palestinien contribuerait à rééquilibrer un système multilatéral qui en a bien besoin. Qu'en pensez-vous ? Participez au dialogue
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