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OPINION. « Canicule : promouvoir un système économique qui protège le vivant »

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Les événements climatiques extrêmes que nous traversons suscitent de nombreux débats autour de nos logements -mal isolés- de notre travail – parfois devenu impossible- de notre santé -en danger. Ajouter La Tribune à vos sources préférées Les événements climatiques extrêmes que nous traversons suscitent de nombreux débats autour de nos logements -mal isolés- de notre travail – parfois devenu impossible- de notre santé -en danger. En revanche, on n'interroge pas suffisamment la responsabilité de notre système économique, toujours très émetteur de carbone et qui joue un rôle majeur dans la fréquence, l'intensité et de la durée des canicules. Par Caecilia Drujon d'Astros, Marie Boitier, Laurent Bertrandias et Shirah Foy, professeurs à TBS Education Pourquoi continuons-nous donc à investir collectivement dans une économie qui nous met en danger et nous fait tant souffrir ? La réponse tient en partie à la nature même de notre système économique. Le capitalisme contemporain est bâti sur les principes de valorisation financière, d'accumulation, de conquêtes de nouveaux marchés, au mépris des limites physiques de la planète. Il implique l'extraction et le transfert d'une quantité croissante de ressources. Mais son fonctionnement actuel n'a rien d'évident ni d'inéluctable. , organisé à Lyon en avril dernier, les participants l'ont acté de manière unanime : prendre soin du vivant ne relève pas d'un supplément d'âme philanthropique. La santé des humains, des animaux et des écosystèmes est une condition primordiale de la viabilité de l'économie. Et cela suppose de déplacer la finalité des organisations. Les sciences de gestion portent ici une responsabilité particulière. Elles ne sauraient se borner à optimiser l'existant ; il leur revient de penser les conditions de gouvernance et d'essaimage d'organisations alternatives susceptibles de se développer à grande échelle.en offre une illustration concrète. En réunissant des sociétés coopératives d'intérêt collectif engagées dans l'énergie, la finance, les mobilités, le numérique, le réemploi ou les circuits courts, elle démontre que les besoins essentiels peuvent être satisfaits autrement. Mobicoop et Citiz réunissent près de 500 000 adeptes d'une mobilité partagée. Commown et TeleCoop produisent des appareils numériques réparables dont la chaîne de valeur est transparente et éthique. La Nef a levé 1,7 milliards d'euros, et finance en France plusieurs milliers de projets à utilité sociale, écologique ou culturelle. Enercoop génère une énergie renouvelable et locale pour plus de 100 000 clients. Label Emmaüs et CoopCircuits montrent que les circuits courts, le réemploi des produits et la solidarité peuvent se renforcer mutuellement. Ce qui importe ici n'est pas seulement la vertu de chaque organisation prise isolément. C'est leur capacité à faire système. Lesdéplacent l'imaginaire de l'entreprise : elles ne cherchent pas à devenir des « licornes » valorisées par les marchés financiers, mais à construire des communs économiques, gouvernés démocratiquement, ancrés dans les territoires et tournés vers l'intérêt général. Elles rappellent qu'une entreprise peut être commerciale sans être gouvernée par la seule maximisation du profit, innovante sans être extractive, ambitieuse sans renoncer à la démocratie. Il ne s'agit pas d'idéaliser ici le fonctionnement des coopératives ou, plus largement, de l'économie sociale et solidaire. Ces organisations connaissent elles aussi des tensions : grandir en restant fidèles à leurs valeurs, concilier efficacité gestionnaire et délibération démocratique, tenir ensemble impératif écologique et justice sociale. Mais ces tensions ne sont pas des faiblesses : elles sont précisément le lieu du travail politique, organisationnel et managérial dont nous avons besoin. Ce qui manque avant tout à ces organisations, c'est la reconnaissance institutionnelle de leur contribution au bien commun. Pourquoi persistons-nous à les traiter comme périphériques, alors qu'elles répondent à des enjeux centraux, notamment l'habitabilité de nos territoires et la qualité de nos liens sociaux ? En France, les pouvoirs publics sous-estiment fortement leur potentiel et soutiennent davantage les entreprises capitalistes traditionnelles. La Cour des comptes estime ainsi que l'évolution des financements dédiés à ce type d'organisation « ne traduit pas une preference pour ce mode d'entreprendre et ne s'inscrit pas dans une strategie". Il est temps de renverser les priorités, en jouant sur les commandes publiques, en facilitant les investissements, en formant les managers. Passer à une économie du prendre soin ne signifie pas renoncer à l'exigence économique, mais redéfinir ce que nous appelons performance : non plus la capacité à extraire toujours plus de valeur, mais la capacité à préserver, réparer, relier et transmettre. Dans un monde fragilisé, ces modèles alternatifs, qui priorisent la préservation du vivant, des écosystèmes et des collectifs humains, n'ont rien de marginaux. Ils sont l'avant-garde raisonnable de l'économie dont le XXIe siècle a besoin. Shirah Foy est professeure de stratégie, entrepreneuriat et innovation à TBS Education, où ses travaux portent sur les liens entre perceptions, création de valeur et dynamiques sociétales. Marie Boitier est professeure de contrôle de gestion à TBS Education et responsable du centre de recherche sur la RSE et le développement durable. Ses recherches portent sur le pilotage des organisations face aux enjeux sociaux et environnementaux, et sur les modèles économiques alternatifs Caecilia Drujon d'Astros est professeure de contrôle de gestion à TBS Education. Elle conduit des recherches qualitatives qui questionnent les modes de pensée dominants et explorent les formes alternatives d'organisation qui préfigurent des sociétés plus désirables. Laurent Bertrandias est professeur de Marketing à TBS Education. Ses travaux étudient les leviers de transition vers une consommation sobre et l'inscription des pratiques marketing dans les limites planétaires. 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