Publié il y a 11 minutes
Kevin Warsh, président de la Fed (Photo: Alex Brandon / Associated Press)
EXPERT INVITÉ. Le rapport sur l'emploi américain d'août, publié vendredi par le Département du Travail, s'impose comme le premier véritable test de la présidence de Kevin Warsh à la Fed. Depuis son arrivée, il répète que l'évolution des taux dépendra d'abord des données, laissant aux investisseurs le soin d'en tirer les conséquences.
À dix jours de la prochaine réunion de la banque centrale américaine, ce chiffre pèsera donc lourdement sur les anticipations de politique monétaire et sur l'ensemble des marchés.
À surveiller:
de nouvelles destructions d'emplois sont-elles envisageables?
la participation à l'emploi va-t-elle enfin se «réveiller»?
une inflation salariale pourrait-elle pousser la Fed à remonter ses taux?
le taux de chômage pourrait-il passer sous les 4%?
Analyse à chaud.
Les faits
L'économie américaine a créé 162 000 emplois en août 2026, après une hausse révisée à la hausse de 23 000 en juillet, un chiffre bien supérieur aux prévisions du marché, qui tablaient sur 56 000. Le taux de chômage quant à lui, est resté stable à 4,1%.
Les révisions
Pour une fois, les révisions du rapport sur l'emploi américain vont clairement dans le bon sens. Les créations de postes de juin sont relevées de 11 000, passant de 20 000 à 31 000.
Le changement le plus marqué concerne juillet, dont le chiffre passe d'une destruction de 23 000 emplois à une création de 21 000 postes.
Ce renversement modifie sensiblement la lecture du marché du travail au début de l'été.
Au total, les chiffres de juin et juillet ajoutent désormais 55 000 emplois de plus qu'initialement annoncé.
L'économie américaine n'a donc pas connu le trou d'air que suggérait la première estimation de juillet.
Ces révisions confirment que l'emploi ralentit, mais qu'il ne se dégrade pas brutalement.
Elles donnent à la Réserve fédérale un peu plus de temps pour observer l'inflation avant de décider d'un éventuel relèvement de taux.
Le taux de chômage
Le taux de chômage américain est resté stable à 4,1% en août, conformément aux attentes. Derrière cette stabilité apparente, le nombre de personnes sans emploi a néanmoins augmenté de 115 000, à 7,03 millions.
Mais, dans le même temps, l'emploi total a bondi de 569 000 personnes pour atteindre 162,75 millions.
Cette dynamique s'explique aussi par l'arrivée de 683 000 personnes supplémentaires sur le marché du travail.
La population active atteint ainsi 169,78 millions de personnes.
Le taux d'emploi rapporté à la population progresse lui aussi légèrement, à 59,1 %.
Surtout, le taux de sous-emploi élargi, qui inclut notamment les travailleurs découragés et ceux qui subissent du temps partiel, baisse de 7,9 % à 7,7 %.
L'ensemble dessine un marché du travail qui absorbe davantage de main-d'œuvre, tout en restant suffisamment équilibré pour ne pas alimenter une hausse excessive des salaires.
Le taux de chômage des adolescents a légèrement augmenté pour atteindre 14,1 % au cours du mois, compensant ainsi en grande partie la baisse enregistrée le mois précédent.
Les taux de chômage des hommes adultes (4,0 %), des femmes adultes (3,5 %) et des personnes de race blanche (3,7 %), afro-américaine (6,0 %) ou hispanique (4,8 %) n'ont pratiquement pas évolué en août.
Le taux de participation
Le taux de participation au marché du travail américain est remonté à 61,6 % en août, après 61,4 % en juillet. Cette progression signifie qu'un plus grand nombre d'Américains travaillent ou recherchent activement un emploi.
C'est un point important, car elle augmente l'offre de main-d'œuvre sans nécessairement provoquer de tensions salariales supplémentaires.
Elle contribue ainsi à expliquer pourquoi le marché de l'emploi peut rester dynamique tout en voyant la hausse des salaires se modérer. Le niveau actuel reste toutefois inférieur à sa moyenne historique de 62,8%.
Il demeure également loin du pic de 67,3% atteint au début de l'année 2000.
Pour la Réserve fédérale, ce regain de participation est donc un signal plutôt rassurant: l'économie attire davantage de travailleurs, ce qui réduit le risque de surchauffe.
L'évolution des secteurs
En août, le marché du travail américain a été largement porté par les services.
Les restaurants et débits de boissons ont créé 59 000 emplois, effaçant en grande partie le repli du mois précédent.
L'éducation publique locale a également contribué, avec 42 000 postes supplémentaires.
L'industrie manufacturière poursuit pour sa part son redressement, avec 16 000 emplois créés.
Les fabricants de machines et de produits métalliques ont chacun participé à cette progression.
La santé reste un autre moteur solide, grâce notamment aux soins à domicile et aux hôpitaux.
Le secteur a ajouté 13 000 emplois, confirmant une demande structurellement robuste.
À l'inverse, l'information a perdu 23 000 emplois sur le mois.
Le recul touche surtout l'hébergement de données, les services informatiques, l'édition et les médias.
Le salaire horaire
En août, les salaires horaires américains ont progressé de 0,3 %, exactement comme l'anticipait le marché, portant le salaire moyen du secteur privé à 37,75$US.
Cette hausse prolonge celle de juillet, légèrement révisée à la hausse, et confirme que les revenus continuent d'avancer à un rythme encore solide.
Les employés de production et les salariés non-cadres suivent la même trajectoire, avec une progression mensuelle de 0,3% à 32,53$US de l'heure.
Mais le signal le plus important se situe sur un an: la croissance salariale ralentit à 3,1%, contre 3,2% en juillet.
C'est le rythme le plus faible observé depuis mai 2021.
Autrement dit, le marché du travail reste suffisamment robuste pour soutenir la consommation, sans entretenir autant qu'auparavant une spirale de hausse des prix.
Pour la Réserve fédérale, cette décélération réduit donc la pression en faveur d'un resserrement monétaire immédiat.
Plus de données encore!
Voici quelques informations aussi tirées du rapport de l'emploi.
La construction reste globalement stable, même si les sous-traitants spécialisés du non-résidentiel continuent à embaucher.
Le secteur de l'information a perdu 23 000 emplois, une baisse plus marquée que celle observée sur les douze derniers mois.
La santé continue de recruter, avec 13 000 emplois de plus, notamment dans les soins à domicile et les hôpitaux, mais à un rythme inférieur à sa moyenne annuelle.
Les fabricants de machines et les producteurs de biens métalliques ont chacun contribué à cette amélioration avec 6 000 créations de postes.
La restauration et les débits de boissons ont créé 59 000 emplois en août, très au-dessus de leur rythme moyen des douze derniers mois.
Les suppressions concernent principalement les infrastructures informatiques, l'hébergement de données, l'édition et les médias.
L'industrie manufacturière poursuit son redressement avec 16 000 emplois supplémentaires ; elle a récupéré 58 000 postes depuis son point bas de décembre 2025.
L'éducation locale a ajouté 42 000 postes, compensant largement le recul observé le mois précédent, sans changer pour autant sa tendance de fond depuis début 2025.
Réactions
Indices: baisse
Dollar: hausse
Rendement du 10 ans américain: légère hausse
Or: légère baisse
Pétrole: pas de mouvement notoire
Secteur à surveiller: hausse: secteurs défensifs/Baisse: secteurs cycliques
Sur quel chiffre pariait le consensus?
Voici les paris de plusieurs banques sur les NFP :
Pantheon Macro: 125 000 créations d'emplois
Investek Bank : 93 000
Jefferies : 85 000
Wells Fargo 80 000
Fifth Third Bank : -25 000
À retenir
Soyons clairs: les chiffres de l'emploi américain d'août sont explosifs. Ils dessinent une économie encore proche du plein emploi, avec une participation qui progresse et des salaires qui accélèrent sans, à ce stade, rallumer une véritable spirale inflationniste.
Le revers de la médaille est que cette solidité donne à la Réserve fédérale toute latitude pour relever ses taux lors de sa prochaine réunion, dans 10 jours (le marché anticipe maintenant à 68% une hausse de taux le 16 septembre).
Pour les marchés, le message est immédiat: le scénario d'un assouplissement monétaire rapide doit être repoussé, ce qui maintient une pression sur les taux longs et les actifs les plus sensibles aux valorisations.
Le point d'équilibre reste néanmoins fragile: si l'inflation surprend à la hausse, la vigueur de l'emploi cessera d'être une bonne nouvelle et deviendra la justification d'un resserrement supplémentaire. La publication de l'indice des prix à la consommation américain, dans exactement une semaine, sera donc déterminante: elle dira si la Fed peut agir sans hésiter ou si le recul de l'inflation lui permet encore de patienter.
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