Les propositions de mise en valeur de nos forêts et de développement de l'agriculture qui seront formulées par les partis politiques doivent aller au-delà des crises temporaires ; elles doivent avoir des effets structurants pour nos communautés, écrit l'auteur.
Comme d'autres utilisateurs de la forêt, les producteurs de sirop d'érable demandent aux partis politiques de faire part de leur vision pour l'aménagement de notre territoire.
Luc Goulet
Président des Producteurs et productrices acéricoles du Québec
Le territoire québécois est sillonné depuis plus d'une semaine par les rutilants autobus des partis politiques. La campagne électorale est bel et bien entamée ! Avant de se rendre aux urnes le 5 octobre prochain, les Québécois et Québécoises seront attentifs à ce que les chefs auront à leur proposer. Considérant que plus de 40 % d'entre nous sont encore ambivalents sur notre choix, les chefs devront couvrir un maximum d'enjeux pour convaincre l'électorat. Un élément est toutefois écarté de la campagne jusqu'à maintenant, même s'il est au cœur même de notre identité : le territoire québécois, ce qu'on en fait, comment on le travaille et surtout, comment on le met en valeur.
Les chefs politiques n'ont jusqu'à maintenant présenté aucune solution pour assurer le développement et la mise en valeur du territoire forestier et agricole québécois, alors que plusieurs s'affichent comme régionalistes. Le prochain gouvernement devra repenser le développement du territoire pour assurer que les gens qui en vivent, comme les acériculteurs, puissent le faire pour les décennies à venir et générer des retombées au bénéfice de la société québécoise.
Il ne faut pas s'y méprendre : malgré les sérieux défis commerciaux associés aux tarifs imposés par les États-Unis, des opportunités de valorisation du territoire existent et doivent être saisies.
Les propositions de mise en valeur de nos forêts et de développement de l'agriculture qui seront formulées par les partis politiques doivent aller au-delà des crises temporaires ; elles doivent avoir des effets structurants pour nos communautés. Les acériculteurs peuvent d'ailleurs témoigner de la capacité de nos forêts à protéger la biodiversité, soutenir la culture et enrichir le Québec. Nos érablières méritent à ce titre une attention particulière dans le cadre de la présente campagne.
La filière acéricole : des retombées croissantes et pérennes
Le Québec détient un territoire excessivement riche. On en extrait, tous les printemps, le sirop d'érable, notre or blond, qui nous fait rayonner dans plus de 70 pays. Les producteurs et productrices acéricoles du Québec sont responsables de plus de 70 % de la production mondiale et de 92 % de celle du Canada. Sans détour, la sève d'érable coule dans nos veines depuis des siècles ; elle constitue un véhicule de choix pour faire rayonner le savoir-faire et l'identité québécoise à travers le monde.
Pour soutenir la croissance des exportations, en hausse de 5 à 15 % annuellement au cours des dernières années, les producteurs ont besoin de compter sur un gouvernement qui offrira un accès croissant et prévisible au territoire pour notre filière.
Cette prévisibilité, et tous les outils de conciliation et de concertation qui la soutiennent sont aussi nécessaires pour les autres utilisateurs de la forêt.
En 2022, plusieurs partis s'étaient engagés à réserver progressivement plus de 200 000 hectares de forêt publique à l'acériculture pour les 60 prochaines années. Quatre ans plus tard, les producteurs et productrices s'attendent à ce qu'ils respectent leur parole de la précédente campagne.
Venez respirer le grand air en région !
Au-delà de l'accès au territoire, notre or blond fait face à différentes embûches réglementaires pour assurer son développement. Nous invitons donc les chefs des partis politiques à venir prendre l'air en région et goûter ce qui fait rayonner le Québec à l'international.
En rencontrant les producteurs, les transformateurs et les équipementiers, ils comprendront comment notre filière s'est structurée pour valoriser notre or blond et saisiront l'urgence pour le prochain gouvernement de se doter de stratégies claires pour le soutenir.
Parce qu'un territoire ne se traverse pas seulement en autobus : il s'habite, il se bâtit, il se valorise, et, par-dessus tout, il se goûte.
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