À l'entrée de Berrechid, les champs de blé cèdent la place aux entrepôts. À Tamesna, les lotissements rongent les oliveraies. À Tanger, la périphérie s'étire comme une tache d'huile, grignotant sans bruit les terres qui nourrissaient encore hier la région. Scènes banales ? Scènes fatales, plutôt. Et le dernier rapport de l'OCDE sur la densité urbaine en Afrique les éclaire d'un jour nouveau.
Le constat est implacable : d'ici 2050, le scénario d'étalement urbain consommerait 26% de surface en plus que le scénario de densification pour loger exactement la même population. Au Maroc, pays où les terres agricoles irriguées se comptent en précieux hectares littoraux, ce qui semble être une statistique est une sentence. Chaque parcelle perdue est un coup de canif dans la souveraineté alimentaire. Chaque mètre carré artificialisé est une promesse de conflit foncier différé. Et pourtant, nous ne sommes pas condamnés à l'étalement chaotique.
Le rapport le dit noir sur blanc : la densité n'est pas une conséquence mécanique de la démographie. C'est un levier de planification. Un choix de politique publique. Là où le bât blesse, c'est dans l'entre-deux. Les villes moyennes sont les grandes oubliées de cette équation. Sans intervention volontariste, le statu quo les conduira à une dé-densification relative. Elles perdront en compacité sans gagner en qualité urbaine. Elles s'étireront, s'appauvriront, absorberont leurs périphéries sans les intégrer. Et les douars, ces petites entités rurales qui font l'âme du Maroc profond, seront avalés par le monstre urbain sans que personne n'ait vraiment décidé quoi que ce soit. La faute à qui ? À une culture de l'urbanisme qui a trop longtemps traité la densité comme un sous-produit, pas comme un objectif. Les Agences urbaines et les collectivités territoriales planifient en nombre d'habitants, pas en hectares. Elles projettent en flux migratoires, pas en formes physiques. Résultat : on subit l'étalement, on le constate, on le déplore, mais on ne l'anticipe pas.
Ajoutons-y la pluralité des statuts fonciers, qui transforment la gouvernance foncière en champ de mines où l'improvisation coûte cher. Que faire alors ? Choisir quelle densité nous voulons avoir et, surtout, agir, car l'inaction est la pire des postures à adopter. Les prochaines années seront décisives. Si l'urbanisation continue de s'étaler sans planification, ce n'est pas la démographie qu'on pourra accuser. C'est l'absence de courage politique. Densifier ou étaler ? Il faut trancher.
Meriem Allam / Les Inspirations ÉCO L'émission
Chaque semaine, un grand invité décrypte les enjeux de l'économie marocaine.
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