Par Nezha Hami-Eddine Echaïri
Chercheure en intelligence économique
Le 'Portrait de Dorian Gray' est un film inspiré du roman éponyme d'Oscar Wilde. Depuis, le titre est utilisé pour désigner une relation pathologique entre deux entités. Il peut s'agir de deux personnes, deux équipes ou deux nations. En apparence, ces deux entités semblent indépendantes. Mais, en vrai, elles vivent dans une interdépendance où l'une n'existerait pas sans l'autre. Un film à ne pas voir comme une œuvre filmique, mais comme une descente dans les méandres de l'âme humaine.
Action, ça tourne !
En coaching, ce couple renvoie aux rôles intéressés et, assez souvent, inconscients que nous nous jouons, à longueur de journée. Ces rôles sont résumés par le fameux 'Triangle dramatique' où le couple 'Victime / Persécuteur' survit malgré les souffrances et les larmes. Ce sont des relations énergétivores, mais qui résistent à l'usure du temps, car chacun y trouve, généralement inconsciemment et parfois consciemment, son bénéfice.
'Portrait de Dorian Gray' va plus loin
L'histoire se déroule dans le Londres de l'époque victorienne. Le jeune et bel aristocrate, Dorian Gray, est venu récupérer son portrait peint par son ami Basil, chez qui il a rencontré lord Henry. Ce dernier leur a expliqué que la seule vie qui mérite d'être vécue est celle de la luxure, car les dieux se hâtent de reprendre ce qu'ils ont donné. De retour chez lui, Gray admire son portrait et songe à ce que lui a dit le lord. Épris de sa beauté, il a souhaité rester jeune et beau et que son portrait prenne les traces du temps à sa place. Quelques temps après, Gray constate que son portrait commence à prendre de l'âge, alors que lui reste jeune à la beauté implacable.
En fait, son vœu a été exaucé par la petite statuette égyptienne d'un chat, placée derrière lui. Il décide, alors, de cacher son portrait dans son ancienne salle d'étude et congédie tout son personnel pour que personne ne découvre son secret. Gray s'adonne aux plaisirs de la vie et ne se met aucune limite. Au fil du temps, son portrait prend de l'âge et deviens hideux par ses péchés. À chaque pas de Gray dans sa quête d'éternité et de beauté immortelle correspond un pas vers sa décadence morale : péchés et corruption de l'âme. Ce roman, écrit en 1890, est une plongée profonde dans les méandres de la nature humaine, magistralement décrite par Oscar Wilde, esprit brillant du XIXe siècle. Pour garder ce secret, Gray dut assassiner son ami le peintre. Las de porter ce fardeau et de s'ingénier à éluder les questions sur le secret de sa beauté et de sa jeunesse éternelles, Gray décide d'aller se confronter à son portrait…
À sa vérité. Horrifié, il poignarde le portrait en plein cœur dans l'espoir de rompre le vœu. Ses invités entendent un cri. Ils découvrent le corps de Gray vieilli et déformé par son grand âge étendu sur le sol devant son portrait jeune et innocent.
France – Algérie : 'Je t'aime, moi non plus'
Depuis son vœu, Gray a mené deux vies. Une vie publique du beau dandy londonien qui séduit par sa beauté éternelle. Une vie privée où il fait face à son portrait devenu hideux. À sa vérité hideuse qu'il cache. Cette histoire me rappelle, à bien des égards, la relation entre la France et l'Algérie. Derrière chaque acte 'hideux' de l'Algérie se cache la belle France. La France, et je ne vais pas m'attarder à expliquer une vérité connue de tout le monde, a créé l'Algérie pour continuer à 'foutre le bazar' en Afrique du Nord et ailleurs, quand c'est possible. La France n'a pas déguerpi de l'Afrique pour de bon. Elle contrôle le continent par des outils 'démocratiques' comme le franc CFA. Une hérésie.
Comme les accords de Aix-les-Bains. La tutelle économique imposée. Comme les coups d'état en Afrique. Une habitude. Comme d'autres arnaques pour continuer à spolier, 'démocratiquement', l'Afrique. Là où l'Algérie s'illustre par ses basses besognes, ça sent la France. Parfois, celle-ci s'offre le rôle du bon samaritain et tance l'Algérie. Mais personne n'est dupe. La France a trouvé, en cet État fonctionnel, le sicaire prêt à tout pour garder main basse sur le business en Algérie. Et cerise sur le gâteau, c'est l'Algérie qui finance les projets ourdis par la France. Que veut la France ? Un sicaire financeur. C'est du jamais vu ! Les sicaires coûtent cher, normalement. Mais, à la France, rien. En apparence !
Comment finira cette relation ? Les pronostics vont bon train. Certains viennent de l'intérieur de l'establishment français. «Quand l'Algérie s'effondra, entraînera-t-elle la France avec elle ?», se demandait, en 2023, sur les colonnes du Figaro, Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de la France, qui a exercé ses fonctions à Alger à deux reprises, entre 2008 et 2012, puis entre 2017 et 2020. «L'Algérie «nouvelle», selon la formule en vogue à Alger, est en train de s'effondrer sous nos yeux et elle entraîne la France dans sa chute», pronostique-t-il. Dans sa tribune, ainsi que dans ses livre , Driencourt soutient que la crise politique, économique et sociale du système algérien risque de fragiliser la France. Comment ? Sa chute provoquerait une vague migratoire massive vers l'Europe et, plus particulièrement vers la France, en raison des liens historiques et des accords de 1968. Selon lui, l'aveuglement politique français face à la réalité du pouvoir à Alger fragilise directement la France. Sa chute priverait des partis politiques français et d'autres européens de leur tire-lire. Il suffit, juste, de savoir caresser le pouvoir algérien dans le sens du poil pour obtenir des 'sommes sonnantes et trébuchantes'. Comme le fameux «la colonisation est un crime contre l'humanité» lancé, en 2017, par le président français, Emmanuel Macron, alors en campagne électorale. Quid de cette déclaration ? Demande de pardon ? Retour des crânes des résistants algériens? Indépendance véritable? Rien. Oualou… Juste une annonce fracassante qui avait rapporté gros. «Le régime a montré son vrai visage : celui d'un système militaire, brutal, tapi dans l'ombre d'un pouvoir civil, sans doute autant affairiste que celui qu'il a chassé, obsédé par le maintien de ses privilèges et de sa rente, indifférent aux difficultés du peuple algérien», écrit Driencourt.
To be continued.
'L'Algérie 1830-2026. Vérités et légendes' (Éd. Perrin, 2026) – Essai. 'France-Algérie, le double aveuglement' (Éd. Observatoire, 2025) – Livre.
'L'énigme algérienne : Chroniques d'une ambassade à Alger' (Éd. Observatoire, 2022) – Témoignage. L'émission
Chaque semaine, un grand invité décrypte les enjeux de l'économie marocaine.
(0)Comments