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Nicolas Moscovici

ÉDITO. Économie et présidentielle : la règle du jeu

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France, année zéro. À huit mois d'une présidentielle cruciale pour l'avenir du pays, le compte à rebours est lancé. En matière économique, cette rentrée a une vertu : elle nous dit exactement d'où nous partons. Et le tableau ne laisse guère de place aux faux-semblants. Après avoir reculé de 0,2 % au premier trimestre, la croissance a été nulle au deuxième. Le chômage atteint 8,3 %. L'inflation est remontée à 2,4 %, le pouvoir d'achat recule et 23 500 emplois salariés ont encore été détruits au printemps. Quant à la dette publique, elle culmine à 117,5 % du PIB. N'en jetez plus… Emmanuel Macron, dont le silence aura accompagné cet été crépusculaire, transmettra dans quelques mois les clés de l'Élysée. Il laissera aussi l'addition. On débattra de son bilan, des crises traversées et de ses choix. Mais les chiffres ne se discutent pas. Ils constituent même le point de départ de l'élection qui vient. Le Pen, Philippe, Mélenchon et les autres peuvent proposer aux Français des chemins radicalement différents. Taxer davantage ou alléger la fiscalité, travailler plus longtemps ou revenir sur la réforme des retraites, renforcer l'État ou réduire son périmètre : le débat est considérable, profondément politique et potentiellement passionnant. À une condition : que chacun parte de la même réalité. Or, quand Jean-Luc Mélenchon propose de "foutre au feu" près d'un cinquième de la dette française, il s'affranchit surtout du réel, pensant pouvoir supprimer le problème plutôt que de l'affronter. Déficits, chômage ou croissance atone : face aux maux qui nous accablent on peut s'écharper sur les remèdes, pas maquiller le diagnostic. Sur ce sujet comme sur d'autres, il en va de la crédibilité d'une campagne déjà lancée. Comment tenir encore huit mois sans céder à la surenchère ? Marine Le Pen vient de remettre sur la table l'interdiction du voile islamique dans l'espace public, une idée « choc » dont la faisabilité juridique est loin d'être acquise. D'autres suivront, incendiaires, farfelues ou spectaculaires. Toutefois, cette présidentielle ne doit pas se résumer à un concours de coups d'éclat. À l'arrêt depuis la dissolution de 2024, le pays a déjà perdu suffisamment de temps et le prochain président n'aura pas le luxe de consumer ses premiers mois à défaire les illusions de sa campagne. La partie qui s'engage sera longue, rude, sans doute parfois brutale. Mais si chacun est libre d'avancer ses pièces, d'attaquer ou de défendre, encore faut-il que tous les rivaux utilisent le même échiquier. Et qu'ils respectent la même règle du jeu.
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