Le sociologue du sport Nicolas Moreau compare les mérites des Mondiaux cyclistes qu'accueillera Montréal à ceux d'autres évènements et se demande s'ils contribueront à inciter les Québécois à être plus actifs.
Nicolas Moreau
Professeur titulaire, sociologue du sport, faculté des sciences sociales, Université d'Ottawa
Les grandes villes occidentales organisent régulièrement des évènements sportifs d'envergure. Montréal n'y échappe pas. Les gouvernements, et donc les contribuables que nous sommes, en financent une partie. La question que l'on est en droit de se poser est : Pourquoi ? En a-t-on vraiment besoin ? nous demanderait Pierre-Yves McSween. Cette interrogation s'inscrit dans le large contexte de l'acceptabilité sociale des Championnats du monde Route UCI 2026 et de la polémique déclenchée par les propos de la mairesse Soraya Martinez Ferrada : « Ça va être l'enfer. »
Rappelons en premier lieu que le vélo est devenu une pratique populaire au Québec, que ce soit pour se déplacer ou à des fins de loisir. Selon le plus récent rapport de Vélo Québec, en 2025, c'est plus de quatre millions et demi de Québécois et Québécoises qui avaient fait du vélo au moins une fois dans l'année. Durant l'été, c'est le tiers de la population québécoise qui roule chaque semaine pour le loisir ou pour se déplacer. Ainsi, 2,7 millions d'adultes ont utilisé le vélo au Québec à des fins de déplacement en 20251. Je pourrais multiplier les chiffres.
Ce qui est important à retenir est que le vélo est en pleine expansion au Québec, et pas seulement à Montréal. La tenue d'un évènement sportif comme les Championnats du monde de cyclisme sur route s'inscrit dans ce contexte de changement social.
Ensuite, nous avons également besoin d'être actifs. Je ne connais aucun professionnel de la santé au Québec qui aujourd'hui va contredire un message prônant d'être plus actifs, de bouger davantage, d'accroître notre mobilité. Dans ce contexte, la bicyclette permet de réaliser un exercice physique quotidien, gratuit, hormis bien sûr l'achat initial de celle-ci ou son abonnement au vélo en libre-service. Ce qui est intéressant également est que les bénéfices sur la santé mentale et physique du vélo « traditionnel » s'appliquent aussi au vélo électrique.
Pas de nouvelles constructions
Néanmoins, on peut tout de même se questionner sur le besoin de ce type d'évènement pour encourager la pratique sportive et notamment celle du vélo.
Comme sociologue du sport, je peux dire que la littérature sur les coûts élevés des grands évènements sportifs ne s'applique pas vraiment aux Championnats du monde Route UCI 2026 étant donné que ces compétitions ne nécessitent pas de nouvelles constructions. En effet, les coûts associés ont trait principalement à l'entretien du réseau autoroutier et des pistes cyclables, qui, par définition, bénéficie à l'ensemble de la population. C'est donc un bon point de départ.
De plus, et c'est à souligner, l'évènement est gratuit. Vous vous souvenez des prix des billets pour le Canadien en séries ? Des billets pour la Coupe du monde de soccer ? Il est donc possible ici de voir les meilleurs cyclistes de la planète sans se ruiner.
Dès lors, il convient de se demander sereinement si cet évènement suscitera des vocations auprès des jeunes ou contribuera encore davantage au développement actif. C'est la question que je me pose comme sociologue du sport au-delà des éventuelles retombées économiques, des joutes politiques et propos polémiques.
Ce que l'on sait est que plusieurs études mentionnent des retombées sociales positives lors de la tenue de ces évènements comme le sentiment de bien-être, l'amélioration de l'intégration et de la cohésion sociale pour le public, alors que d'autres ne montrent que peu de bénéfices. De plus, si certaines études sont mitigées quant à l'augmentation de l'activité physique, les données les plus récentes des Jeux olympiques de Paris sont encourageantes puisqu'on a assisté à une augmentation de 5 % du nombre de licences annuelles sportives en France à la suite de cet évènement2.
En bref, les études scientifiques sur les grands évènements sportifs ne montrent pas de bénéfices automatiques, mais ils ne sont pas non plus, par le fait même, une dépense d'argent inutile, surtout dans le cas des Championnats du monde Route UCI 2026, qui ont nécessité des routes en meilleur état. L'investissement est donc principalement dans des infrastructures collectives.
Il convient donc pour que ces évènements soient socialement utiles de penser en amont leur legs social et de les évaluer. Nous avons la chance au Québec d'accueillir de nombreux évènements sportifs. Profitons-en pour évaluer sérieusement ces types d'évènements afin de les rendre socialement efficients. Allons profiter des couleurs de Montréal en marchant, courant, roulant, mais surtout en restant actifs.
1. Consultez le plus récent rapport annuel de Vélo Québec
2. Lisez une dépêche de l'Agence France-Presse sur le site de Brut
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