Idées & opinions : 'Mélenchon n'a plus besoin d'être aimé', par le psychanalyste Gianpaolo Furgiuele
Gianpaolo Furgiuele, psychanalyste et auteur de "Jean-Luc Mélenchon sur le divan" analyse le candidat insoumis et sa stratégie qui mise davantage sur "l'intensité" plutôt que la sympathie.à la présidentielle, semble depuis plusieurs années s'appliquer à démontrer le contraire.
Il est l'une des personnalités politiques les plus rejetées du pays et fait l'objet, jusque dans son propre camp, de critiques qui dépassent largement le désaccord politique. Et pourtant, il reste là. Élection après élection, polémique après polémique, annonce après annonce de sa disparition prochaine. Pourquoi faudrait-il qu'un candidat soit aimé ?
La psychanalyse distingue depuis longtemps l'amour de l'identification. Nous pouvons nous identifier à quelqu'un sans éprouver pour lui une sympathie particulière. Nous pouvons même reconnaître quelque chose de nous dans une figure qui nous irrite. En politique, cette distinction est essentielle.
L'électeur ne cherche pas toujours un candidat avec lequel il aimerait dîner. Il peut chercher celui qui donne une forme à sa colère ou désigne clairement ce contre quoi il entend se dresser. L'indifférence est probablement l'une des formes les plus radicales de disparition politique. On ne combat pas celui qui ne compte plus.
Présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon a recueilli un peu plus de 200 promesses de parrainages sur les 500 nécessaires Une partie de la gauche passe un temps considérable à expliquer pourquoi elle ne veut plus de lui. Voici le paradoxe. Depuis plusieurs années, on accumule contre Mélenchon les qualificatifs censés le rendre infréquentable. Excessif, colérique, ambigu, radical, autoritaire.
Mais leur entassement produit aussi une consolidation du personnage. Car, pour une partie de ses électeurs, être rejeté par les institutions, les médias ou les responsables politiques traditionnels. Si celui auquel je m'identifie me dit qu'il affronte un système qui ne veut pas de lui, son récit gagne en cohérence. Ses adversaires risquent de lui fournir gratuitement ce dont toute construction politique a besoin : un adversaire.
Présidentielle : Jean-Luc Mélenchon en position de se qualifier pour le second tour, selon un sondage Si beaucoup travaillent leur image pour diminuer leur taux de rejet, Mélenchon semble avoir compris qu'une hostilité intense peut être politiquement plus productive qu'une sympathie. Cette stratégie comporte évidemment un risque majeur, tant il est difficile de conquérir une majorité lorsque le rejet devient une force de mobilisation chez l'adversaire. Mélenchon joue donc avec une matière dangereuse.
La polarisation qui le maintient au centre peut également constituer son plafond. C'est précisément pour cela que continuer à analyser sa situation à travers sa seule impopularité me semble insuffisant. Une élection présidentielle n'est pas un concours de sympathie. , Donald Trump a montré, dans un autre contexte, jusqu'où peut conduire une stratégie politique fondée sur une polarisation extrême.
Le véritable capital de Mélenchon n'est donc peut-être plus la sympathie, mais l'intensité. Qu'on l'admire ou qu'on le déteste, il continue ainsi d'occuper l'espace psychique de la politique française. Il peut atteindre le second tour en utilisant la force de mobilisation qu'il suscite. Pour l'emporter, il devra ensuite convertir cette intensité en une capacité de rassemblement suffisamment large pour convaincre une majorité.
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