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Stéphane Bussard

Victoire écrasante de l'AfD: un séisme allemand

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ÉDITORIAL. Le parti d'extrême droite a largement remporté les élections régionales dans le land de Saxe-Anhalt sans obtenir pour autant de majorité absolue. Est-ce une tendance lourde outre-Rhin? Les Européens ne cachent pas leur inquiétude Un land de quelque 2 millions d'habitants va-t-il déterminer le destin de l'Allemagne? La cinglante victoire de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) en Saxe-Anhalt dimanche lors des élections pour le Landtag est un séisme outre-Rhin. Le pays s'est reconstruit depuis 1945 pour empêcher l'émergence d'une nouvelle extrême droite. L'AfD obtient un score stratosphérique avec 44,5% des voix contre 18,5% pour la CDU, le parti du chancelier chrétien-démocrate Friedrich Merz. Un sacré désaveu et une mesure des innombrables frustrations des habitants d'ex-RDA. Le programme de l'AfD remet profondément en question les fondements mêmes d'une Allemagne ouverte et multiculturelle telle qu'on l'a connue ces dernières décennies. Une illustration? La guerre que l'extrême droite a déclarée au Bauhaus, qui a incarné tout au long de son existence le modernisme allemand, relève d'un nouveau Kulturkampf. Il faut dorénavant «penser allemand» et chasser du territoire tout ce qui a un lien avec l'étranger. «Notre pays d'abord (Unser Land zuerst)» renvoie à «l'Amérique d'abord» de Donald Trump. L'extrême droite n'ayant pas la majorité absolue, une coalition de type «cordon sanitaire» allant de la gauche radicale Die Linke à la CDU pourrait éventuellement voir le jour. Le slogan entendu dimanche soir est le suivant: «Empêcher la destruction de la démocratie». Mais au-delà des bonnes intentions, un tel ensemble hétéroclite paraît impraticable. Scénario fou: le parti d'extrême gauche de Sahra Wagenknecht ne semble pas exclure de s'associer à l'AfD. Deux partis pro-russes en verve surtout dans l'ex-Allemagne de l'Est. L'ascension fulgurante de l'AfD, qui ambitionne de s'imposer à l'échelle fédérale, a pour cadre une Allemagne politiquement affaiblie et frappée d'une insécurité rampante. L'érosion du modèle économique axé sur les exportations a déstabilisé le pays. L'effondrement de l'industrie automobile, ancrée dans la psyché allemande, interroge sur la capacité de la première économie européenne à rebondir. Si la montée de l'AfD devait se confirmer ailleurs dans le pays, c'est toute la révolution engagée par Olaf Scholz avec sa Zeitenwende («tournant historique») et poursuivie par Friedrich Merz qui pourrait être remise en question. Une politique qui a marqué un revirement total avec la Russie, considérée comme une vraie menace, et qui a pour but de transformer la stratégie de défense et de sécurité de l'Allemagne notamment en faveur de l'Ukraine. La faiblesse du gouvernement Merz et des partis traditionnels risque d'offrir un boulevard à un parti d'extrême droite qui effraie déjà toute l'Europe. Le Spiegel ne décrit-il pas la figure de proue de l'AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, comme «l'homme le plus dangereux d'Allemagne»? Les éditoriaux et commentaires du Temps expriment un avis sur un sujet d'actualité traité par ailleurs sur nos supports. En ce sens, ils se distinguent donc des articles standards et se caractérisent en général par un style plus vif. 📌 Offre de rentrée: l'abonnement digital à CHF 5.-/mois pendant 5 mois!
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