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Pourquoi la machine de propagande de Viktor Orbán a-t-elle cessé de fonctionner ?

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À lire aussi Pourtant, lors de l'élection de cette année, Péter Magyar et son parti Tisza se sont imposés en vainqueurs, obtenant une majorité des deux tiers et le mandat de démanteler une grande partie de l'architecture politique construite par Orbán. Le résultat est saisissant. Pendant des années, la machine politique du Fidesz semblait en mesure de neutraliser toute contestation sérieuse de son pouvoir. Et pourtant, elle a perdu tout en tournant à plein régime. Ce paradoxe dépasse largement le cadre de la Hongrie. Concentration du paysage médiatique Orbán avait édifié ce que l'on peut qualifier d'autocratie informationnelle : un système au sein duquel le pouvoir politique ne se maintient pas par la répression, mais en façonnant la manière dont les citoyens reçoivent et interprètent l'information. Le Fidesz y est parvenu en concentrant le paysage médiatique entre les mains de propriétaires et d'alliés proches du pouvoir. Il est ainsi devenu l'interprète par défaut des événements, convainquant les électeurs que le gouvernement était compétent, protecteur et, surtout, irremplaçable. guillement La machine de propagande a fini par obscurcir la perception de la véritable opinion publique. Pendant près de deux décennies, le système a fonctionné. La stagnation économique, la corruption et le déclin des services publics ont certes pu contribuer à la défaite du Fidesz, mais ces problèmes n'étaient pas nouveaux. En 2014, 2018 et 2022, le gouvernement avait su faire preuve d'habileté pour faire porter la responsabilité à Bruxelles, George Soros, aux migrants ou au président ukrainien Volodymyr Zelensky. Le contexte a changé Ce qui a changé, c'est le contexte dans lequel ces explications ont été reçues. Le sentiment d'inéluctabilité politique – l'un des atouts les plus puissants d'Orbán – a été ébranlé lorsque Magyar, un ancien cadre du Fidesz ayant rompu avec le gouvernement en 2024, est parvenu à séduire à la fois les électeurs désillusionnés du Fidesz et les opposants historiques à Orbán. Dès juin 2025, un sondage de l'institut Medián indiquait que Magyar était perçu comme un Premier ministre potentiel plus compétent qu'Orbán. Une majorité de répondants s'attendait également à une victoire de Tisza. Les messages du gouvernement ne fonctionnaient plus comme une description incontestée de la réalité. À lire aussi Le Fidesz a réagi en employant une stratégie qui avait fait ses preuves par le passé : présenter le scrutin comme un choix entre "la guerre" et "la paix", en dépeignant Orbán comme le garant de la sécurité de la Hongrie et Magyar comme une marionnette de Bruxelles et de l'Ukraine qui entraînerait le pays dans le conflit. Mais la répétition n'a plus suffi à convaincre. La proportion de Hongrois percevant une menace de guerre est tombée de 46 % en 2025 à 29 %. Une étude menée par Political Capital a révélé que 62 % des sondés rejetaient l'affirmation selon laquelle l'Ukraine et les acteurs occidentaux cherchaient à entraîner la Hongrie dans la guerre. Le quotidien des électeurs Si ce message a continué de mobiliser les électeurs loyalistes du Fidesz, il a de plus en plus échoué à persuader le reste de la population. De son côté, Tisza s'est concentré sur le niveau de vie, la corruption, les services publics et le "changement de régime", recentrant le débat électoral sur le quotidien des électeurs plutôt que sur le cadrage géopolitique privilégié par Orbán. À lire aussi Tisza a également devancé la communication du Fidesz avant même qu'elle ne soit diffusée. Magyar a mis en garde ses partisans à plusieurs reprises contre les campagnes de diffamation à venir, s'appuyant parfois sur des informations internes et des fuites. C'est le principe du "pre-bunking" : avertir le public de l'existence d'un récit trompeur ou d'une tactique de manipulation avant qu'elle ne se concrétise. Lorsque les attaques sont survenues, les électeurs ne les ont pas perçues comme des révélations, mais comme des manœuvres auxquelles ils s'attendaient déjà. Des journalistes d'investigation et des experts ont de même mis en garde contre des opérations d'influence russes ciblant TISZA. La rhétorique pro-russe et anti-ukrainienne de longue date du Fidesz s'est alors retournée contre lui. Des révélations sur des contacts et des conversations ayant fuité impliquant des responsables hongrois et russes ont permis à TISZA de recadrer la posture "pro-paix" du Fidesz comme une preuve de dépendance. La véritable opinion publique Ce faisant, Magyar a retourné contre Orbán l'un de ses arguments politiques centraux : la souveraineté. La question s'est de plus en plus posée de savoir si Orbán lui-même ne l'avait pas mise en danger. L'échec le plus révélateur s'est toutefois produit au cœur même du système d'information du Fidesz. Depuis 2010, le parti répétait aux Hongrois qu'Orbán possédait une compétence unique, que l'opposition était intrinsèquement faible et qu'une victoire du pouvoir en place était inévitable. À l'approche du scrutin, une grande partie du camp gouvernemental avait assimilé ces certitudes. Sa propre dominance a renforcé l'idée qu'un nouveau succès était garanti. À lire aussi La machine de propagande a fini par obscurcir la perception de la véritable opinion publique. Le Fidesz est resté efficace pour consolider son socle électoral, mais ce même système a empêché ses dirigeants de mesurer l'attractivité de Tisza et d'adapter leur stratégie en conséquence. Cela offre des enseignements majeurs pour les forces démocratiques d'opposition ailleurs dans le monde, notamment en Italie et aux États-Unis, où des dirigeants populistes sympathisants d'Orbán cherchent à réformer les institutions et à concentrer le pouvoir exécutif. guillement L'asymétrie d'information peut se retourner contre ses auteurs. Premièrement, briser un monopole d'information peut s'avérer plus crucial que de réfuter chaque récit de propagande pris individuellement. TISZA n'a pas eu besoin de contredire la moindre affirmation du Fidesz ; le parti devait établir un récit alternatif crédible sur l'avenir de la Hongrie et, surtout, démontrer qu'une alternance était possible. Deuxièmement, les opposants doivent rejoindre les électeurs là où leur expérience concrète est la plus forte. Le Fidesz pouvait dominer le débat géopolitique, mais il ne pouvait pas effacer le ressenti des citoyens face à la hausse des prix, à l'état des services publics et à la corruption. Tisza a placé ces réalités au cœur de sa campagne. Perte de pouvoir Enfin, l'asymétrie d'information peut se retourner contre ses auteurs. Les gouvernements qui passent des années à bâtir un environnement d'information strictement contrôlé risquent de devenir dépendants des données que cet environnement produit. Les forces démocratiques peuvent alors exploiter le fossé qui se creuse entre le récit du régime et la réalité vécue par les citoyens. La propagande n'a pas besoin de cesser d'atteindre le public pour perdre de son pouvoir ; elle devient vulnérable dès lors que les citoyens disposent d'un cadre alternatif crédible pour interpréter leur quotidien, lorsque les récits officiels divergent de la vie réelle, et lorsque les concepteurs des messages politiques ne parviennent plus à faire la différence entre persuader l'opinion et la comprendre. Le Fidesz a perdu ces trois atouts. Son échec le plus lourd de conséquences réside sans doute dans ce dernier point : il était devenu plus habile à dicter aux Hongrois ce qu'ils devaient croire qu'à découvrir ce qu'ils croyaient réellement. → Ce texte s'appuie sur une étude publiée par le Political Capital Institute dans le cadre du projet "Hungarian Digital Media Observatory". Csaba Molnár, Bulcsú Hunyadi et Adél Tilistyák ont également contribué à ces travaux. Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.
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