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Sophie D Amours

Le Québec doit élever son jeu

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Les universités de recherche devront jouer un rôle central face aux défis qui s'annoncent, écrivent ici la rectrice de l'Université Laval et les recteurs des Universités de Montréal, McGill et de Sherbrooke. Sophie D'Amours, Daniel Jutras, Jean-Pierre Perreault et Deep Saini Respectivement rectrice de l'Université Laval, recteur de l'Université de Montréal, recteur, de l'Université de Sherbrooke et recteur de l'Université McGill Il y a peu de clichés plus usés dans le discours public que d'affirmer que nous sommes à la croisée des chemins. L'expression revient régulièrement, souvent de manière exagérée, pour mousser l'importance d'une élection ou d'une réforme. La période que nous traversons actuellement est toutefois réellement exceptionnelle. La redéfinition de nos liens politiques et économiques avec les États-Unis, combinée à la révolution de l'intelligence artificielle, bouleverse les certitudes tranquilles sur lesquelles le Québec s'est construit depuis des décennies. Bien qu'on ignore quelles seront les conséquences de la guerre commerciale avec les Américains et les impacts que l'IA aura sur notre tissu socioéconomique, tout indique que des défis majeurs nous attendent. Le Québec ne peut pas demeurer passif et attendre que son avenir socioéconomique soit dicté par les caprices de la politique américaine ou l'évolution des technologies de rupture. L'heure est venue d'exploiter pleinement notre potentiel et de faire preuve d'une ambition sans précédent. Les universités de recherche du Québec doivent occuper une place centrale dans les stratégies mises de l'avant. Talents, recherche et innovation L'économie québécoise est appelée à évoluer rapidement et de manière décisive : développement d'industries prometteuses, productivité accrue, diversification des marchés et nouveaux partenariats internationaux. À ce titre, la recherche et l'innovation menées en milieu universitaire – ainsi que le transfert de connaissances vers les milieux pratiques – peuvent agir comme un moteur de transformation en mettant une expertise largement financée par le public au service de l'ensemble de la société. Nous avons des forces reconnues en intelligence artificielle, en quantique, en médecine, en aéronautique, en agriculture, en environnement et dans une foule d'autres secteurs : il n'appartient qu'à nous d'en tirer le maximum. Encore faut-il que ces activités soient adéquatement soutenues et structurées. Bien que les gouvernements soutiennent la recherche universitaire, les modalités de ces investissements sont parfois déficientes. Les formulaires et les redditions de comptes accaparent trop de temps et de ressources. Les collaborations avec l'industrie sont compliquées par des règles de propriété intellectuelle variables et parfois difficiles à concilier. Les partenariats se déploient au cas par cas, sans structure pérenne. Les subventions de recherche elles-mêmes imposent des coûts indirects qui ne sont pas adéquatement compensés – pour chaque dollar obtenu, les universités doivent assumer des dépenses additionnelles à même leur budget de fonctionnement, équivalant à plus de 20 % de la valeur de la subvention, ce qui limite notre capacité à soutenir le transfert de connaissance et l'innovation. En somme, bien que le Québec investisse des sommes importantes dans la recherche, des obstacles demeurent lorsqu'il s'agit de transformer efficacement les découvertes en retombées économiques, industrielles et sociales, et de développer les talents prêts à relever ces défis. Le prochain gouvernement du Québec, quel qu'il soit, devra travailler de concert avec les universités de recherche afin de simplifier les partenariats, d'alléger certains processus administratifs et d'assurer un financement à la hauteur des coûts réels, qui soutienne adéquatement les activités de recherche et d'innovation qu'elles mènent. Internationalisation Les soubresauts des 18 derniers mois ont révélé une chose : notre dépendance excessive envers les États-Unis constitue un risque grave pour le Québec et le Canada. Pour assurer notre résilience et saisir de nouvelles occasions, il est urgent de bâtir et d'alimenter de nouveaux partenariats commerciaux, culturels et scientifiques avec le reste du monde. Le savoir ne progresse pas en vase clos : il se développe par la circulation des personnes, des idées et des découvertes. Pour prospérer dans ce nouveau chapitre de son histoire, le Québec doit ouvrir les portes de ses laboratoires et centres de recherche pour attirer et retenir chez nous les meilleurs talents internationaux, en particulier des 2e et 3e cycles. Les règles de financement et d'immigration doivent favoriser et accélérer le recrutement de ces étudiants diplômés, de chercheurs prometteurs et de leaders établis. Les dirigeants politiques ont raison de dire que le Québec et le Canada ont les ressources dont le reste du monde a besoin. Le corollaire est aussi vrai : le Québec et le Canada ont besoin du monde. Les universités de recherche sont des lieux privilégiés pour bâtir des ponts scientifiques, économiques et culturels vers l'international. Au cours des prochaines années, le gouvernement du Québec devra faire des choix déterminants. Rapidement, et avec des ressources limitées, il devra établir quelques priorités essentielles et s'assurer que ses actions produisent des effets durables et structurants. À ce titre, les universités de recherche ne représentent pas une dépense parmi d'autres : elles sont des leviers essentiels qui permettront au Québec d'élever son jeu et de renforcer sa prospérité, sa résilience et son autonomie. Qu'en pensez-vous ? Participez au dialogue
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